
Le président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, continue de jouer un rôle ambigu dans la crise sécuritaire qui ravage l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Après avoir été accusé en juin 2022 d’avoir permis au mouvement rebelle du M23 d’utiliser le territoire ougandais comme base arrière pour ses offensives contre la RDC, le chef d’État ougandais semble aujourd’hui aller encore plus loin.
Doublement des troupes ougandaises en RDC
Le nombre de soldats ougandais présents en RDC dans le cadre des opérations régionales de sécurité a récemment doublé. On parle désormais de 6.000 hommes, contre 3.000 initialement. Officiellement, leur présence est justifiée par la lutte contre les groupes armés dans l’Est congolais, notamment les ADF (Forces Démocratiques Alliées), d’origine ougandaise.
Mais dans les faits, plusieurs sources locales et internationales s’inquiètent d’un redéploiement militaire stratégique visant à sécuriser indirectement les positions du M23, groupe armé soutenu par le Rwanda selon l’ONU, mais désormais aussi toléré – voire renforcé – par Kampala.
La réouverture controversée de la frontière de Bunagana
La décision de rouvrir la frontière à Bunagana entre l’Ouganda et la RDC, alors que cette zone est entièrement contrôlée par le M23, a suscité une vive polémique. Bunagana, située dans la province du Nord-Kivu, est un point névralgique stratégique et commercial.
La décision de Museveni est interprétée comme une reconnaissance tacite de l’autorité du M23 dans la région. Une déclaration du chef politique du mouvement, Bertrand Bisimwa, ne fait qu’envenimer la situation : ce dernier parle désormais de « Congo-Oriental », une nouvelle appellation inquiétante qui pourrait préparer le terrain à une balkanisation de facto de l’Est de la RDC.
Cette succession d’événements – soutien logistique implicite, présence accrue de troupes ougandaises, normalisation des échanges à Bunagana – donne l’impression d’un plan bien orchestré, visant à déstabiliser durablement la souveraineté congolaise sur cette région.
Des analystes régionaux n’hésitent plus à évoquer un projet géopolitique sournois, impliquant des puissances régionales, avec un objectif clair : morceler la RDC pour mieux en contrôler les ressources naturelles et les flux économiques transfrontaliers.
Silence de Kinshasa et inquiétudes de la population
Du côté du gouvernement congolais, le silence est pesant. Peu de réactions officielles ont été émises face aux dernières décisions de Kampala, suscitant colère et frustration dans l’opinion publique congolaise.
Pendant ce temps, les populations de l’Est vivent dans la peur permanente, entre les incursions des groupes armés, l’occupation des villes clés par des rebelles, et désormais la menace d’un changement de statut territorial de certaines zones.
Alors que les efforts diplomatiques régionaux stagnent, la communauté internationale semble hésitante à prendre position fermement. Museveni, fort de ses alliances stratégiques et de son ancienneté au pouvoir, avance ses pions lentement mais sûrement. La question reste donc posée :
Jusqu’où ira Museveni ? Et surtout, jusqu’où ira l’indifférence internationale face à ce qui pourrait bien être un projet de balkanisation méthodique de l’Est congolais ?
Esaïe vumi objectif DK TV
Nice post! 1754803719