
C’est un véritable cri de détresse qui s’élève du cœur de la capitale congolaise. Les bourgmestres des 24 communes de Kinshasa, censés incarner l’autorité de proximité et impulser le développement local, se retrouvent depuis leur nomination plongés dans une crise sans précédent : ni frais d’installation, ni budget de fonctionnement, ni émoluments versés. Une situation intenable qui menace dangereusement la stabilité administrative et sociale de la capitale.
Nommés par ordonnance présidentielle en novembre 2022, ces autorités communales n’ont jusqu’ici bénéficié d’aucune prise en charge financière. Ni le Trésor public ni les services de la Ville de Kinshasa n’ont jusqu’ici débloqué le moindre franc pour leur permettre d’exercer efficacement leur mandat.
« Depuis notre prise de fonction, nous vivons dans une précarité inédite. Nous sommes obligés de travailler avec nos moyens personnels, alors que nos communes croulent sous les problèmes », confie sous anonymat un bourgmestre d’une commune de l’ouest de Kinshasa.
Face à cette impasse, les bourgmestres ont décidé de briser le silence. Ils ont adressé une correspondance officielle au Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, pour l’interpeller directement sur leur situation et exiger une intervention urgente.
Cette crise n’est pas seulement administrative. Elle a des répercussions immédiates sur le quotidien des millions de Kinois. La lutte contre l’insalubrité est quasiment à l’arrêt, faute de budget. Les ordures s’entassent, les caniveaux débordent, et l’odeur pestilentielle se mêle à la chaleur étouffante des rues. Les infrastructures de base sont laissées à l’abandon, les agents communaux travaillent sans motivation ni moyens, et les bourgmestres se contentent de faire du « service minimum ».
« Comment voulez-vous gérer une commune sans budget ? Comment répondre aux besoins de la population sans véhicules, sans carburant, sans personnel payé ? », s’indigne une autre autorité locale.
Le cas de Kinshasa n’est que la partie visible d’un malaise plus profond. À l’intérieur du pays, certains bourgmestres cumulent plus de 30 mois d’arriérés de salaire. Une anomalie institutionnelle pour un pays qui se veut décentralisé et démocratique.
La Constitution congolaise reconnaît pourtant aux entités territoriales décentralisées — comme les communes — une autonomie financière et administrative. Dans les faits, cette autonomie reste fictive. L’État central continue de concentrer les moyens, alors que les besoins se font sentir d’abord au niveau local.
Silence budgétaire, réponse politique attendue
Jusqu’à présent, ni le ministère de l’Intérieur ni celui des Finances n’ont donné d’explication claire sur les raisons de ce blocage financier. En coulisse, certains évoquent des lenteurs bureaucratiques ou une mauvaise volonté politique. D’autres pointent du doigt une absence de ligne budgétaire spécifique dans la Loi de Finances.
Quoi qu’il en soit, les bourgmestres attendent un signal fort du Président de la République. Pour eux, il est inacceptable que des mandataires de l’État, dûment nommés et investis, soient abandonnés à eux-mêmes, au mépris du fonctionnement de la République.
L’absence de prise en charge des bourgmestres pose également un risque pour la paix sociale. En l’absence de gouvernance locale forte, les quartiers deviennent livrés à eux-mêmes, favorisant l’insécurité, l’anarchie urbaine et la montée des frustrations sociales. Les jeunes désœuvrés, les marchands ambulants et les comités locaux sont livrés à la débrouille sans l’encadrement des autorités légales.
« Nous ne demandons pas des privilèges. Nous réclamons les moyens minimums pour faire notre travail, servir nos populations, et répondre aux attentes de l’État », martèle un bourgmestre de la commune de Lemba.
Pour sortir de cette situation, les bourgmestres proposent plusieurs mesures :
Le paiement rétroactif des frais d’installation et des émoluments ;
La dotation mensuelle systématique pour les frais de fonctionnement ;
Une clarté budgétaire dans la loi de finances pour les entités communales ;
Une implication directe du chef de l’État pour lever les blocages techniques et politiques.
Cette crise des bourgmestres à Kinshasa est plus qu’un simple problème administratif : elle symbolise le blocage du processus de décentralisation en RDC. Tant que les autorités locales ne seront pas dotées de moyens réels pour agir, la gouvernance de proximité restera un mirage.
Le chef de l’État, garant du bon fonctionnement des institutions, est désormais interpellé au plus haut niveau. Car une capitale sans communes fonctionnelles est une capitale en déclin. Et une République sans services de base est une République fragilisée.
Esaïe vumi objectif DK TV
Nice post! 1754803660