
Le Président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, est arrivé ce jeudi 27 novembre 2025 à Belgrade, en République de Serbie, pour une visite d’État de trois jours placée sous le signe du rapprochement diplomatique, économique et sécuritaire entre Kinshasa et Belgrade. Cette mission présidentielle, menée à l’invitation de son homologue serbe Aleksandar Vučić, marque une nouvelle étape dans l’intensification des relations bilatérales entre les deux pays.

Accompagné de la Distinguée Première Dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, le Chef de l’État congolais a été chaleureusement accueilli à l’aéroport international Nikola Tesla par le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur serbe, Ivica Dačić, ainsi qu’une forte délégation d’officiels congolais et serbes. L’accueil protocolaire, marqué par l’exécution des hymnes nationaux et un bref entretien entre les délégations, a donné le ton d’une visite placée sous le sceau de la coopération renforcée.
Cette visite d’État intervient un an après la rencontre bilatérale tenue en marge de la 79ᵉ Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2024 à New York, au cours de laquelle les deux chefs d’État avaient exprimé la volonté claire de revitaliser les liens historiques entre la RDC et la Serbie. Les deux dirigeants avaient alors souligné l’importance de relancer une coopération longtemps en sommeil, notamment dans les domaines militaire, industriel, éducatif, commercial et technologique.
Cette nouvelle étape démontre la volonté des deux pays de traduire en actes concrets les engagements pris l’année dernière, dans un contexte international où les alliances stratégiques se recomposent et où la diversification des partenariats devient une nécessité diplomatique.
Au cœur de cette visite d’État, plusieurs objectifs précis orientent l’agenda du Président Félix-Antoine Tshisekedi. Sur le plan politique, Kinshasa entend consolider un partenariat stratégique avec Belgrade, fondé sur la relance de la coopération bilatérale et la coordination diplomatique sur les grandes questions internationales. Sur le plan économique, la RDC vise à attirer des investissements serbes dans les secteurs des infrastructures, de l’agro-industrie, des énergies renouvelables et de la transformation minière, tout en ouvrant de nouveaux débouchés pour les produits congolais en Europe de l’Est. Le volet sécuritaire occupe également une place centrale, avec la volonté de renforcer les capacités des forces de défense congolaises à travers des partenariats techniques, des formations spécialisées et l’acquisition de technologies modernes. Enfin, sur les plans culturel et éducatif, les deux pays ambitionnent de revitaliser les échanges universitaires, de promouvoir la mobilité académique et de relancer une coopération artistique et patrimoniale, en vue de renforcer les liens humains et historiques entre Belgrade et Kinshasa.
Pour Kinshasa, la visite du Président Tshisekedi s’inscrit dans une dynamique de diplomatie proactive, visant à positionner la RDC comme un acteur incontournable sur la scène internationale. En choisissant Belgrade comme nouvelle étape de son agenda diplomatique, le Chef de l’État congolais entend renforcer les relations avec un pays historiquement proche de l’Afrique et reconnu pour son expertise dans les domaines militaire et technologique.
La Serbie, héritière des relations historiques entre le Zaïre et l’ancienne Yougoslavie, voit dans ce rapprochement une opportunité de réinvestir le continent africain, d’y développer de nouveaux marchés et d’y renforcer sa présence diplomatique.
Cette visite pourrait également porter un enjeu politique plus large : dans un contexte où la RDC est confrontée à une guerre d’agression à l’est, Kinshasa cherche à diversifier ses partenaires et à tisser des alliances susceptibles de soutenir ses positions diplomatiques sur la scène internationale, notamment au sein des organisations multilatérales.
Parmi les domaines qui seront au cœur des échanges entre les deux parties figure la coopération sécuritaire, un secteur dans lequel la Serbie possède une expertise reconnue. Des discussions devraient porter sur la formation militaire, l’équipement des forces de défense, les technologies de surveillance, ainsi que la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale.
Kinshasa cherche à moderniser son appareil sécuritaire face aux menaces persistantes dans la partie orientale du pays. Des partenariats technologiques, incluant des solutions de drones, de communication cryptée ou encore des moyens de détection avancée, pourraient être explorés.
Pour Belgrade, offrir un soutien technique ou un transfert de compétences serait une manière de renforcer son influence diplomatique tout en ouvrant de nouveaux débouchés pour son industrie militaire.
La visite du Président Félix-Antoine Tshisekedi en Serbie devrait permettre de structurer plusieurs axes prioritaires de coopération entre Kinshasa et Belgrade. En matière de défense et de sécurité, les deux pays envisagent de renforcer les programmes de formation militaire, le partage d’expertise technique et l’acquisition d’équipements modernes destinés à la protection du territoire congolais. Sur le plan économique, la Serbie pourrait investir dans les secteurs stratégiques congolais, notamment les infrastructures routières, les réseaux énergétiques, l’agro-industrie et la transformation locale des minerais critiques tels que le cobalt et le lithium. La coopération technologique représente également un pilier majeur, avec des perspectives d’échanges dans le domaine du numérique, de la cybersécurité, de la cartographie, ainsi que dans les solutions industrielles adaptées aux pays émergents. Par ailleurs, la santé et l’éducation figurent parmi les autres secteurs clés, au travers d’accords visant à moderniser les établissements sanitaires, à renforcer la formation universitaire et à développer des programmes de recherche conjointe. Ensemble, ces domaines constituent l’ossature d’un partenariat renouvelé et porteur pour les deux nations.
Outre les questions sécuritaires, l’agenda du Président Tshisekedi inclura également des rencontres avec des hommes d’affaires, des industriels et des membres du gouvernement serbe pour discuter de coopération économique, notamment dans les secteurs :
minier, où la Serbie s’intéresse au coltan, au lithium, au cobalt et à d’autres minerais stratégiques ;
agro-industriel, domaine dans lequel Belgrade possède des technologies adaptées aux pays en développement ;
énergies renouvelables, secteur prioritaire pour la RDC dans sa transition énergétique ;
infrastructures, incluant la construction de routes, ponts, réseaux électriques et outils numériques.
La RDC, qui ambitionne de devenir un pôle régional de production et de transformation des minerais stratégiques, pourrait bénéficier de l’expérience serbe dans la transformation industrielle, la formation des ingénieurs et la mise en place de zones économiques spéciales.
Un autre pilier clé de cette visite sera la coopération culturelle et éducative. Kinshasa et Belgrade pourraient relancer des accords de bourses universitaires, notamment dans les domaines de la médecine, de l’ingénierie, de la diplomatie ou des sciences militaires.
La Serbie, disposant d’universités reconnues en Europe de l’Est, offre des programmes adaptés aux étudiants internationaux. La RDC, qui compte une population majoritairement jeune, voit dans ce partenariat une opportunité pour renforcer la formation de sa jeunesse et améliorer les compétences de ses cadres.
Des échanges culturels, notamment dans le domaine artistique et patrimonial, devraient également être évoqués, afin de consolider les liens entre les deux peuples.
Dès son arrivée, le Président Tshisekedi a souligné l’importance stratégique de cette visite, insistant sur le fait que la RDC s’ouvre à des partenariats équilibrés, basés sur le respect mutuel et la réciprocité des intérêts. Son hôte, le Président Vučić, devrait à son tour mettre en avant la volonté de la Serbie de renforcer ses relations avec l’Afrique, dans un contexte où Belgrade cherche à diversifier ses alliances et à renforcer sa voix au sein des forums internationaux.
Au-delà des accords à signer, cette visite s’inscrit dans une démarche plus large : celle de repositionner la RDC comme acteur diplomatique majeur et de renforcer sa capacité à diversifier ses partenaires sur les plans politique, économique et sécuritaire.
Les prochaines heures seront marquées par une série d’activités officielles : entretiens bilatéraux entre les deux Chefs d’État, signature d’accords, visites de sites industriels, rencontres économiques et échanges institutionnels. La délégation congolaise devrait également participer à plusieurs séances de travail sectorielles.
La visite s’achèvera le samedi 29 novembre 2025, avec une conférence de presse conjointe et un communiqué final résumant les engagements pris.
À n’en pas douter, cette mission d’État constitue une avancée diplomatique majeure dans la stratégie internationale du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et un signal fort de la volonté de la RDC de s’affirmer sur la scène mondiale en multipliant les partenariats de haute portée stratégique.
Les relations entre la République démocratique du Congo et la Serbie s’inscrivent dans un héritage historique remontant à l’époque où la Serbie faisait partie de l’ancienne Yougoslavie. Dans les années 1970 et 1980, le Zaïre du président Mobutu Sese Seko entretenait des liens solides avec Belgrade, notamment à travers le Mouvement des Non-Alignés, dont la Yougoslavie fut l’un des piliers. Cette coopération touchait plusieurs domaines, parmi lesquels la formation militaire, les échanges culturels, l’assistance technique et le transfert de technologies industrielles. Après la dislocation de la Yougoslavie au début des années 1990 et les profondes transitions politiques dans les deux pays, les relations bilatérales ont connu une période d’essoufflement, marquée par une baisse des échanges diplomatiques et économiques. Cependant, depuis 2023, un regain d’intérêt mutuel s’est manifesté, impulsé par la volonté de Kinshasa et de Belgrade de renouer un partenariat stratégique fondé sur la complémentarité et la coopération Sud–Sud. La rencontre de 2024 entre les présidents Félix Tshisekedi et Aleksandar Vučić, en marge de la 79ᵉ Assemblée générale des Nations unies, a joué un rôle déterminant dans cette relance, ouvrant la voie à une nouvelle dynamique de rapprochement entre les deux nations.
Esaïe Vumi objectif DK TV