
Le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), M. André Wameso, a pris part, ce jeudi 27 novembre 2025, au Symposium des Gouverneurs organisé en marge de la 47ᵉ réunion annuelle de l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA). L’événement, placé cette année sous l’égide de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), se tient à Yaoundé, au Cameroun, du 23 au 28 novembre 2025 et rassemble les plus hautes autorités monétaires du continent autour d’un thème majeur :
« Changement climatique et stabilité macroéconomique : Rôle des banques centrales ».

Le Symposium des Gouverneurs constitue l’un des moments les plus importants du calendrier annuel de l’ABCA. Il offre un espace d’échanges spécialisés entre décideurs monétaires, experts en stabilité financière, responsables des régulateurs bancaires et représentants d’organisations régionales. Au centre des discussions de l’édition 2025 : l’impact croissant du changement climatique sur les économies africaines et les réponses institutionnelles que les banques centrales doivent envisager pour préserver la stabilité macroéconomique à moyen et long terme.
L’Afrique, bien qu’elle ne soit responsable que d’une faible part des émissions mondiales de gaz à effet de serre, demeure l’un des continents les plus sévèrement affectés par les conséquences du réchauffement climatique : inondations, sécheresses prolongées, baisse des rendements agricoles, perturbations des systèmes énergétiques, hausse de l’insécurité alimentaire et fragilisation de nombreux secteurs économiques informels. Ces chocs récurrents exercent une pression disproportionnée sur les systèmes financiers, les banques, les entreprises, et bien entendu, sur les banques centrales qui veillent à la stabilité monétaire.
À ce titre, la présence du Gouverneur André Wameso s’inscrit dans une démarche stratégique pour la République Démocratique du Congo (RDC), pays dont l’économie et les finances publiques subissent, elles aussi, les effets des mutations climatiques, malgré son rôle crucial comme « solution climatique » grâce à son immense couverture forestière.
Au cours du Symposium, les intervenants ont rappelé que le changement climatique n’est plus un simple enjeu environnemental : il constitue désormais un risque systémique pour les économies, comparable à des chocs extérieurs tels que les crises financières ou les pandémies.
Pour les banques centrales, plusieurs défis se posent :
- Volatilité des prix : les perturbations climatiques affectent la production agricole, provoquent des flambées périodiques des prix alimentaires et compliquent les mécanismes de prévision macroéconomique.
- Stabilité financière : des secteurs entiers peuvent s’effondrer à la suite d’événements climatiques extrêmes, menaçant la solvabilité des banques et des institutions de microfinance.
- Transition énergétique : les économies africaines devront, tôt ou tard, s’ajuster à de nouvelles normes de production, à la décarbonation progressive, et à des exigences de financement vert.
- Pression sur les finances publiques : les États doivent mobiliser des ressources importantes pour faire face aux catastrophes naturelles, ce qui peut accroître les déficits et fragiliser les politiques monétaires.
Les Gouverneurs ont souligné que, dans ce contexte, les banques centrales doivent évoluer vers des politiques qui intègrent les risques climatiques dans la supervision bancaire, le suivi de la stabilité financière, et même dans certaines orientations de politique monétaire.
La République Démocratique du Congo subit de plein fouet les effets du changement climatique, malgré son rôle central dans la régulation écologique mondiale grâce au Bassin du Congo. Les inondations récurrentes dans les grandes villes, l’érosion accélérée, la dégradation des routes, la pression croissante sur les cultures vivrières et l’hydroélectricité fragilisent l’économie nationale. Ces phénomènes perturbent l’approvisionnement alimentaire, renchérissent le coût de la vie, aggravent la vulnérabilité des populations rurales et menacent les secteurs clés comme l’agriculture, l’énergie et les infrastructures. L’intégration de ces risques climatiques dans la planification financière et monétaire devient indispensable pour garantir la résilience économique du pays.
La Banque Centrale du Congo, à travers son Gouverneur, a rappelé l’importance d’intégrer progressivement les risques climatiques dans la réglementation bancaire congolaise, notamment en ce qui concerne :
les stress tests climatiques,
l’évaluation des expositions bancaires aux secteurs vulnérables,
la promotion des financements verts,
la sensibilisation des institutions financières à la gestion des risques environnementaux.
Bien que la RDC ne soit pas encore dotée d’un cadre complet de finance durable, la BCC s’engage à travailler avec les institutions nationales et internationales afin de développer des instruments, des normes et des incitations favorisant une transition économique résiliente et durable.
En marge du Symposium, M. André Wameso a également tenu plusieurs échanges bilatéraux avec des Gouverneurs africains et des responsables d’organisations régionales afin de renforcer la coopération technique sur les questions de stabilité financière, d’inclusion bancaire et de lutte contre les risques émergents.
La Banque Centrale du Congo a également initié plusieurs réformes internes visant à intégrer la finance verte dans son cadre opérationnel. Parmi ces réformes figurent l’élaboration d’un guide national de financement durable, l’introduction progressive de critères environnementaux dans la supervision des banques commerciales, ainsi que la préparation d’un mécanisme de suivi des risques climatiques dans le portefeuille des institutions financières. La BCC envisage également de promouvoir l’émission d’obligations vertes et d’encourager les investissements responsables afin de soutenir les projets liés à l’énergie propre, à l’agriculture résiliente et à la protection de l’environnement. Ces initiatives s’inscrivent dans une vision de long terme visant à renforcer la résilience du système financier congolais face aux défis climatiques.
Créée le 25 mai 1965 à Addis-Abeba, l’Association des Banques Centrales Africaines est l’une des plus anciennes organisations techniques du continent. La BCC en est membre depuis ses débuts et participe activement aux réflexions stratégiques liées à l’intégration monétaire africaine.
La mission de l’ABCA est ambitieuse et structurée autour de plusieurs objectifs :
- Promouvoir la coopération monétaire, bancaire et financière entre les pays africains ;
- Harmoniser les politiques monétaires et les systèmes financiers au niveau continental ;
- Piloter le Programme de Coopération Monétaire Africain (PCMA) ;
- Préparer la création d’une monnaie unique africaine ;
- Mettre en place une Banque Centrale Africaine (BCA) ;
- Établir un Fonds Monétaire Africain (FMA) destiné à soutenir les États africains confrontés à des déséquilibres macroéconomiques.
Ces objectifs, à long terme, visent à renforcer l’indépendance financière du continent et à réduire la dépendance vis-à-vis des zones monétaires internationales.
Depuis son adhésion en 1965, la République Démocratique du Congo participe activement aux travaux de l’Association des Banques Centrales Africaines. Au fil des décennies, la BCC a contribué à plusieurs groupes techniques portant sur l’harmonisation des indicateurs macroéconomiques, la modernisation des systèmes de paiement et l’élaboration des normes de supervision bancaire. Elle a régulièrement pris part aux missions d’évaluation du Programme de Coopération Monétaire Africain, apportant son expertise sur les enjeux de stabilité financière et d’intégration régionale. Cette implication constante a renforcé le rôle de la RDC dans les discussions stratégiques visant à préparer les fondations de la future monnaie unique africaine et de la Banque Centrale Africaine.
La participation active de la RDC, à travers la BCC, est essentielle dans ce processus. Puissance géoéconomique en devenir, dotée de ressources naturelles stratégiques et d’un potentiel agricole immense, la RDC pourrait devenir un acteur majeur dans la future architecture monétaire africaine.
Depuis plusieurs années, la BCC travaille à renforcer :
la stabilité de la monnaie nationale,
la modernisation des systèmes de paiement,
la digitalisation des services financiers,
la lutte contre le blanchiment des capitaux,
la gouvernance du secteur bancaire,
l’inclusion financière, notamment en milieu rural.
Ces réformes sont indispensables si le pays souhaite s’intégrer pleinement dans les futurs mécanismes continentaux prônés par l’ABCA.
Les travaux du Symposium se poursuivront jusqu’au 28 novembre 2025, avec la publication d’un rapport final comprenant :
des recommandations techniques à l’intention des banques centrales ;
une feuille de route sur la finance climatique en Afrique ;
des orientations pour renforcer la résilience macroéconomique du continent face aux chocs climatiques ;
des engagements en matière de coopération monétaire entre les pays membres.
Les discussions seront également intégrées aux travaux préparatoires de la future Banque Centrale Africaine, dont l’opérationnalisation représente l’un des objectifs majeurs de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine.
Pour la République Démocratique du Congo, les perspectives issues de ce Symposium s’annoncent particulièrement prometteuses. La BCC devrait bénéficier d’un accompagnement technique renforcé pour intégrer les risques climatiques dans ses modèles de prévision et ses mécanismes de supervision bancaire. Des partenariats sont en vue pour moderniser les infrastructures nationales de paiement, soutenir la transition vers une finance durable et améliorer la résilience des banques face aux chocs environnementaux. Le pays pourra également tirer profit du partage d’expériences avec d’autres banques centrales africaines déjà engagées dans la finance verte, ce qui facilitera l’adoption de bonnes pratiques et la mise en œuvre de réformes structurelles. Ces avancées permettront à la RDC de consolider sa position au sein de l’ABCA et de jouer un rôle accru dans les prochaines étapes de l’intégration monétaire africaine.
La participation du Gouverneur André Wameso au Symposium des Gouverneurs de l’ABCA s’inscrit dans une dynamique nationale et continentale visant à renforcer la stabilité financière, à anticiper les risques climatiques et à accélérer l’intégration monétaire africaine. À travers cette rencontre de haut niveau, la BCC réaffirme sa volonté de jouer un rôle actif dans la construction d’un système financier africain moderne, résilient et durable.
Esaïe Vumi objectif DK TV