
En visite d’État en République de Serbie, le Président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a été reçu ce jeudi par son homologue serbe, Aleksandar Vučić, au Palais présidentiel de Belgrade. Cette rencontre, marquée par une solennité diplomatique rare et un climat d’échanges particulièrement constructif, a permis aux deux dirigeants de consolider les bases d’un partenariat bilatéral en pleine structuration et d’esquisser ensemble de nouvelles perspectives stratégiques dans plusieurs secteurs clés.

Les relations entre la République démocratique du Congo et la Serbie s’inscrivent dans l’héritage diplomatique de l’ancienne Yougoslavie, avec laquelle le Zaïre de l’époque entretenait des liens étroits au sein du Mouvement des Non-Alignés. Dès les années 1960, les deux pays coopéraient dans les domaines politique, éducatif et militaire, partageant une vision commune fondée sur l’indépendance stratégique et la solidarité entre nations émergentes.
Après l’éclatement de la Yougoslavie dans les années 1990 et les mutations politiques successives en RDC, les échanges ont perdu en intensité, sans toutefois disparaître. Depuis quelques années, Kinshasa et Belgrade s’emploient à revitaliser cette relation historique à travers de nouveaux partenariats techniques et institutionnels, marquant une volonté commune de renouer avec une coopération plus structurée et tournée vers l’avenir.
Arrivé dans la capitale serbe sous escorte protocolaire, le Président Tshisekedi a fait l’objet d’un accueil officiel témoignant de l’importance accordée par Belgrade au renforcement de la coopération avec Kinshasa. Cette visite, la première à ce niveau présidentiel depuis plusieurs années, intervient dans un contexte international où les grandes puissances se repositionnent en Afrique, tandis que la RDC cherche à diversifier ses partenariats pour soutenir son développement économique, sécuritaire et technologique.
Belgrade, longtemps discrète sur le continent africain, affiche depuis peu une volonté affirmée de renouer avec les pays partenaires historiques. La RDC, en quête d’investissements structurants et d’un accompagnement technique fiable, constitue un partenaire naturel pour la Serbie, qui dispose d’une expertise reconnue dans la formation, le développement agricole et les infrastructures.
Au centre des discussions entre les deux chefs d’État figure un volet prioritaire : le renforcement de la coopération éducative. Le Président Vučić a annoncé la mise à disposition de nouvelles bourses d’études destinées aux étudiants congolais, un geste qui s’inscrit dans l’ambition serbe de soutenir l’émergence d’une nouvelle génération de cadres congolais formés dans les disciplines scientifiques, technologiques et médicales.
Selon les deux dirigeants, ce programme de bourses vise non seulement à renforcer la qualité des ressources humaines congolaises, mais aussi à construire une passerelle durable entre les futures élites des deux nations. Les domaines ciblés incluent la médecine, l’ingénierie, les technologies de l’information, l’agronomie, ainsi que la sécurité publique.
Le Président Tshisekedi a salué cette initiative, soulignant que « la jeunesse congolaise représente la première richesse du pays, et tout investissement dans sa formation constitue un investissement dans l’avenir de la nation ».
La rencontre a également mis en lumière un autre pilier majeur de la coopération : le transfert de technologies et la modernisation des pratiques agricoles. La Serbie, pays doté d’une longue tradition agricole et réputé pour son expertise en mécanisation, irrigation, biotechnologie végétale et gestion de la chaîne de valeur, a proposé un partenariat structuré pour accompagner la RDC dans l’amélioration de son agriculture.
Les perspectives concrètes pour la RDC à l’issue de cette visite apparaissent particulièrement prometteuses. À court terme, les programmes de bourses et de formation annoncés devraient permettre de renforcer rapidement les capacités des étudiants, techniciens, policiers et cadres congolais exposés à l’expertise serbe. À moyen terme, la mise en place de projets pilotes agricoles, soutenus par le transfert de technologies modernes, pourrait améliorer la productivité nationale, réduire les importations alimentaires et structurer de véritables chaînes de valeur locales. À long terme enfin, les investissements envisagés dans les infrastructures sportives et éducatives devraient contribuer à l’encadrement de la jeunesse, à la création d’emplois et au développement du capital humain, tout en consolidant un partenariat durable entre Kinshasa et Belgrade.
Ce partenariat inclut :
des programmes de formation des agronomes et ingénieurs congolais en Serbie ;
la mise en place de centres pilotes agricoles en RDC pour tester de nouvelles méthodes de production ;
l’introduction progressive d’outils modernes pour la transformation, la conservation et le conditionnement des produits ;
un appui technique pour le développement de zones agro-industrielles.
Dans un pays où plus de 60 % de la population dépend de l’agriculture, mais où le secteur reste dominé par des méthodes traditionnelles, ce type de collaboration représente un levier déterminant pour garantir la sécurité alimentaire, réduire les importations coûteuses et valoriser les richesses des sols congolais.
Les échanges entre les deux présidents ont également porté sur des questions de sécurité intérieure. La Serbie a proposé un appui à la formation de la Police Nationale Congolaise (PNC), dans un contexte où la RDC s’efforce de renforcer les capacités de ses forces de maintien de l’ordre pour répondre efficacement aux défis sécuritaires internes.
Cet appui portera notamment sur :
la formation spécialisée en maintien de l’ordre ;
la lutte contre la criminalité organisée ;
le partage d’expertise dans l’utilisation d’outils modernes de renseignement ;
le développement de modules de formation pour les unités opérationnelles.
Pour Belgrade, ce soutien s’inscrit dans une démarche de solidarité internationale, mais aussi dans une volonté de partager son expérience en matière de réformes sécuritaires, héritée d’une histoire récente marquée par des défis institutionnels similaires.
Un autre point fort de la visite a été la discussion autour du développement d’infrastructures sportives en RDC. La Serbie, réputée pour son savoir-faire dans la construction et la modernisation de stades, de centres sportifs et d’infrastructures de formation, a proposé de soutenir Kinshasa dans plusieurs projets à vocation sociale et éducative destinés à la jeunesse.
Ces infrastructures comprennent :
des centres multisports ;
des terrains d’entraînement modernes ;
des programmes d’échange pour les jeunes athlètes ;
des partenariats entre fédérations sportives congolaises et serbes.
Pour le Président Tshisekedi, ce volet sportif revêt une dimension stratégique : « Le sport est un instrument d’unité nationale, un vecteur de paix et un moyen d’encadrement de la jeunesse », a-t-il rappelé au terme de l’entretien.
Un rapprochement diplomatique inscrit dans une dynamique gagnant-gagnant
Au-delà des aspects sectoriels, la rencontre de Belgrade symbolise un tournant diplomatique. La RDC, consciente de son rôle croissant sur la scène africaine et internationale, cherche à élargir ses alliances afin de bénéficier d’expertises diversifiées, tout en offrant, en échange, l’accès à un vaste marché de plus de 100 millions d’habitants et à des opportunités économiques majeures.
La Serbie, de son côté, voit en la RDC un partenaire stratégique dans une Afrique en pleine transformation. Les discussions ont également porté sur des possibilités d’investissements directs serbes dans les infrastructures de base et sur la création de cadres institutionnels favorisés pour les entreprises serbes désireuses de s’implanter en RDC.
Cette visite d’État poursuivait plusieurs objectifs stratégiques : renforcer la coopération bilatérale dans des secteurs prioritaires tels que l’éducation, l’agriculture, la sécurité et les infrastructures sportives ; promouvoir le transfert de technologies et l’échange de compétences entre les deux pays ; attirer de nouveaux investissements serbes en RDC dans des domaines à fort potentiel ; et repositionner la diplomatie congolaise en Europe centrale et orientale afin de diversifier ses partenariats internationaux et réduire sa dépendance à l’égard de ses alliés traditionnels.
La visite du Président Tshisekedi à Belgrade ouvre une nouvelle ère dans les relations entre la RDC et la Serbie. Les accords en discussion, qui touchent à l’éducation, la technologie, l’agriculture, la sécurité et le sport, offrent à la RDC des perspectives de développement réalistes et immédiatement exploitables.
Dans un monde en recomposition, la RDC poursuit ainsi sa stratégie de diversification diplomatique, renforçant sa position comme un acteur incontournable en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs.
Cette visite d’État, placée sous le signe du partenariat gagnant-gagnant, marque un pas significatif vers une coopération multidimensionnelle dont les retombées pourraient transformer durablement plusieurs secteurs clés du développement congolais.
Esaïe Vumi objectif DK TV