
Une importante rencontre bilatérale s’est tenue ce mercredi 03 décembre 2025 dans la capitale américaine entre le Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et son homologue burundais, Evariste Ndayishimiye. Cette réunion intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible, à la veille de la signature annoncée d’un « accord historique de paix » entre la RDC et le Rwanda, destiné à ouvrir une nouvelle ère dans la gestion du conflit prolongé dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’entretien entre les deux Chefs d’État, qui s’est déroulé en marge des travaux préparatoires autour de ce futur accord, revêt une importance stratégique majeure pour la stabilité régionale.
Depuis plus de vingt-cinq ans, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu demeurent l’épicentre d’un conflit complexe dont les racines remontent à la chute du régime de Mobutu et à l’afflux massif de réfugiés rwandais après le génocide de 1994. L’installation, dans l’Est de la RDC, des combattants hutus rwandais des FDLR a profondément déstabilisé la région et alimenté une succession d’interventions étrangères, de rébellions congolaises et de tensions transfrontalières. Deux guerres régionales ont opposé la RDC à plusieurs pays voisins entre 1996 et 2003, laissant derrière elles une mosaïque de groupes armés qui continuent à semer l’insécurité. Le M23, mouvement rebelle soutenu selon Kinshasa par le Rwanda, est l’un des acteurs les plus actifs de cette instabilité chronique. Aujourd’hui encore, malgré les initiatives locales et internationales, les Kivu restent marqués par les affrontements, les déplacements massifs de civils et les rivalités d’influence entre les États de la région.
Depuis plus de deux décennies, l’Est de la RDC est en proie à des violences alimentées par la présence de groupes armés locaux et étrangers, dont le M23, que Kinshasa accuse ouvertement d’être soutenu par Kigali. Le Burundi, de son côté, est impliqué dans plusieurs initiatives militaires et diplomatiques visant à sécuriser ses frontières et à contribuer à la stabilisation de la région des Grands Lacs.
La participation active du Président Ndayishimiye aux discussions de Washington s’inscrit ainsi dans une dynamique où le Burundi, devenu un acteur incontournable dans les opérations conjointes de sécurité dans l’Est congolais, cherche à consolider ses relations bilatérales avec Kinshasa. Pour Félix Tshisekedi, cette rencontre est aussi l’occasion d’évaluer la coopération militaire en cours et d’harmoniser les positions avant un accord qui pourrait profondément redéfinir l’équilibre régional.

Selon plusieurs sources proches de la délégation congolaise, la question de la sécurité régionale a constitué l’axe central du dialogue entre les deux dirigeants. Les discussions ont porté sur trois aspects principaux :
- La lutte contre les groupes armés actifs dans l’Est de la RDC.
Le Burundi a déployé depuis plusieurs mois des contingents militaires dans le Sud-Kivu dans le cadre d’accords bilatéraux de coopération sécuritaire. Ces troupes ont notamment été engagées contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), dont certaines factions opèrent au sud du pays. Tshisekedi et Ndayishimiye ont revisité les résultats de ces opérations, évaluant leurs impacts directs sur la sécurité des populations locales et sur la réduction des mouvements des groupes rebelles. - La sécurisation des frontières communes.
La frontière entre la RDC et le Burundi, longue de près de 236 kilomètres, constitue un corridor stratégique pour les échanges économiques mais également un point sensible susceptible de faciliter des infiltrations armées. Les deux Chefs d’État ont insisté sur la nécessité d’intensifier les patrouilles conjointes, de renforcer les dispositifs de surveillance et de développer des mécanismes d’alerte rapide entre les services de renseignement des deux pays. - L’avenir des initiatives régionales de défense.
La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), dont la RDC et le Burundi sont membres, a déjà déployé une force régionale (EACRF) dans l’Est congolais, bien que Kinshasa ait exprimé des réserves sur son efficacité. L’entretien de Washington a permis de clarifier les positions respectives sur l’avenir de ces dispositifs régionaux, au moment où se prépare un accord de paix susceptible de redéfinir les responsabilités sécuritaires dans la zone.
Depuis 2022, le Burundi s’est affirmé comme l’un des principaux partenaires militaires de la RDC dans la lutte contre les groupes armés actifs dans la région des Grands Lacs. En vertu d’accords bilatéraux conclus avec Kinshasa, les forces burundaises ont été déployées principalement dans le Sud-Kivu, notamment dans les territoires d’Uvira, de Fizi et de la plaine de la Ruzizi, zones où opèrent plusieurs mouvements rebelles, dont certaines factions des FDLR et des groupes armés locaux. Les troupes burundaises ont mené des opérations conjointes avec les FARDC, ciblant les positions rebelles et sécurisant les axes stratégiques transfrontaliers. Leur intervention a permis de réduire certaines incursions armées et de stabiliser temporairement des localités clés, bien que ces opérations aient parfois suscité des critiques sur leur coordination et leur impact sur les populations civiles. Pour Kinshasa, la présence du Burundi constitue néanmoins un pilier essentiel de la sécurité régionale, particulièrement dans un contexte où les équilibres militaires évoluent rapidement dans l’Est du pays.
La réunion entre Tshisekedi et Ndayishimiye n’est pas un événement isolé. Elle se place dans un agenda diplomatique chargé, marqué par des efforts intenses de médiation internationale destinés à faciliter la signature d’un accord de paix entre Kinshasa et Kigali. Cet accord, qualifié d’« historique », viserait à obtenir un cessez-le-feu durable, à engager un retrait progressif des forces du M23 et à établir un mécanisme de suivi sous supervision internationale.
Pour la RDC, la présence du Burundi dans cette dynamique est essentielle. Historiquement, les relations entre Bujumbura, Kigali et Kinshasa ont souvent été complexes, marquées par des rivalités d’influence et des accusations mutuelles d’ingérence. Le Burundi a lui-même connu des tensions diplomatiques avec le Rwanda, notamment autour des mouvements rebelles burundais qui auraient trouvé refuge sur le territoire rwandais.
Ainsi, une coopération solide entre la RDC et le Burundi pourrait renforcer la position de Kinshasa dans les négociations finales, en consolidant une alliance régionale autour de la sécurité partagée et en envoyant un signal clair à Kigali quant à l’importance d’un engagement sincère pour la paix.
Les relations entre la RDC et le Rwanda demeurent l’un des enjeux diplomatiques les plus sensibles de la région des Grands Lacs. Depuis plusieurs années, Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement et logistiquement le mouvement rebelle M23, une position régulièrement démentie par le gouvernement rwandais mais largement documentée par des rapports onusiens et des observateurs internationaux. Cette crise de confiance a conduit à une rupture presque totale du dialogue direct entre les deux capitales, compliquant les initiatives régionales de paix et fragilisant les mécanismes de coopération au sein de l’EAC. La RDC reproche également au Rwanda d’exploiter illégalement ses ressources naturelles à travers des circuits transfrontaliers alimentés par les groupes armés, tandis que Kigali affirme agir pour sa sécurité nationale face à la présence persistante des FDLR dans l’Est congolais. Dans ce climat de tensions récurrentes, les discussions autour d’un accord de paix apparaissent comme une tentative cruciale pour désamorcer les antagonismes, restaurer la diplomatie bilatérale et créer un cadre crédible pour la désescalade.
Au-delà des questions sécuritaires, Tshisekedi et Ndayishimiye ont également abordé d’autres axes de coopération bilatérale, notamment dans les domaines de l’économie, des infrastructures et des échanges commerciaux. Les deux pays partagent non seulement une frontière, mais aussi des intérêts stratégiques dans le développement des corridors de transport reliant la région des Grands Lacs à l’Océan Indien.
Parmi les points évoqués figurent :
Le développement de routes transfrontalières, essentielles pour le commerce local et pour faciliter la circulation des biens entre Uvira, Rumonge et Bujumbura ;
La coopération dans le secteur énergétique, particulièrement autour des projets hydroélectriques régionaux ;
La facilitation du commerce agricole, le Sud-Kivu étant un fournisseur majeur de produits agroalimentaires destinés aux marchés burundais.
Le Burundi, en phase de relance économique depuis plusieurs années, voit dans son partenariat avec la RDC une opportunité d’accroître son intégration régionale, tandis que Kinshasa souhaite diversifier ses alliances dans un environnement géopolitique souvent instable.
La tenue de cette rencontre à Washington n’est pas anodine. Les États-Unis, très impliqués dans la recherche de solutions durables au conflit congolais, ont multiplié ces derniers mois les pressions diplomatiques sur les acteurs régionaux, y compris sur le Rwanda.
Washington encourage la conclusion rapide d’un accord susceptible de réduire les tensions militaires et de favoriser un retour progressif de l’autorité de l’État dans les territoires occupés par le M23. La participation active du Burundi à ce processus est perçue comme un élément constructif dans la recherche d’un équilibre régional.
La rencontre Tshisekedi–Ndayishimiye pourrait marquer un tournant. En mettant sur la table les préoccupations sécuritaires, les aspirations économiques et la nécessité de cohésion diplomatique, les deux Présidents envoient un message clair : la région des Grands Lacs ne peut espérer la stabilité que par la coopération et le dialogue.
Si l’accord RDC–Rwanda, annoncé comme imminent, parvient à être signé et mis en œuvre efficacement, le rôle du Burundi deviendra encore plus central. Non seulement dans la surveillance du cessez-le-feu, mais également dans la stabilisation des zones frontalières, la lutte contre les groupes armés et l’appui humanitaire aux populations affectées.
La réunion bilatérale du 4 décembre 2025 à Washington entre Félix Tshisekedi et Evariste Ndayishimiye constitue une étape déterminante dans les efforts visant à ramener la paix durable dans l’Est de la RDC. Elle prépare diplomatiquement l’environnement nécessaire à la conclusion d’un accord historique entre Kinshasa et Kigali, tout en renforçant la coopération stratégique entre la RDC et le Burundi.
Si l’accord venait à échouer, la région des Grands Lacs risquerait de replonger dans une spirale d’instabilité encore plus profonde. L’absence d’un engagement clair entre Kinshasa et Kigali pourrait entraîner une reprise plus intense des hostilités entre les FARDC et le M23, avec un élargissement potentiel des zones de combat vers des localités densément peuplées comme Goma, Rutshuru ou Sake. Un enlisement du processus diplomatique fragiliserait également les efforts régionaux, exposant le Burundi et l’Ouganda à des débordements sécuritaires et à des infiltrations armées sur leurs territoires frontaliers. Sur le plan humanitaire, un blocage du dialogue accentuerait les déplacements de population, déjà estimés à plusieurs millions de personnes, et compliquerait l’accès des organisations internationales aux zones touchées. Enfin, un échec de l’accord pourrait détériorer davantage la confiance entre les États de la région, renforçant les rivalités et ouvrant la voie à une militarisation accrue des frontières, au détriment de toute perspective de stabilité durable.
Dans une région longtemps marquée par les rivalités, les tensions et les cycles de violence, ce rapprochement entre deux Chefs d’État pourrait être le prélude à une dynamique nouvelle, où le dialogue, la responsabilité et la coopération prennent le pas sur les divergences. La réussite de ce processus dépendra toutefois de la volonté réelle de tous les acteurs impliqués d’œuvrer pour la paix et de s’engager dans la voie de la stabilité.
Esaïe Vumi objectif DK TV