Ghana – Drame transfrontalier : le jeune footballeur sénégalais Cheikh Touré enlevé, torturé et tué par de faux recruteurs

Le rêve d’un jeune gardien sénégalais s’est tragiquement transformé en cauchemar. Cheikh Touré, 18 ans, joueur prometteur de l’Académie Esprit Foot à Yeumbeul, en banlieue dakaroise, a été retrouvé mort dans la ville ghanéenne de Kumasi après avoir été enlevé par un réseau de faux recruteurs. Ce drame bouleverse tout un pays et relance le débat sur les arnaques liées au football en Afrique de l’Ouest.

Cheikh Touré n’était pas un inconnu dans les milieux du football local. Gardien vif, travailleur et discipliné, il rêvait de porter un jour le maillot des Lions de la Teranga.
Formé à l’Académie Esprit Foot, il s’était distingué lors des tournois inter-académies de la région de Dakar.
« C’était un garçon calme, respectueux, passionné par le foot. Il croyait dur comme fer à son avenir dans ce sport », témoigne son ancien coach, Pape Samba Dione.

Mais comme tant de jeunes Africains, Cheikh Touré nourrissait un rêve plus grand : jouer à l’étranger. Et c’est précisément cette aspiration qui l’a conduit dans le piège fatal de ses bourreaux.

Selon les premiers témoignages recueillis par la police ghanéenne, deux autres jeunes Sénégalais accompagnaient Cheikh Touré lors de ce voyage. L’un aurait réussi à s’échapper et à alerter les autorités locales. Son témoignage, jugé crucial, permet aujourd’hui d’identifier plusieurs membres du réseau. Le second, quant à lui, demeure porté disparu, alimentant la peur que d’autres victimes subissent le même

Début octobre 2025, le jeune gardien est contacté via les réseaux sociaux par un homme se présentant comme recruteur pour un club marocain. Il lui promet un essai à Casablanca, avec, à la clé, un contrat professionnel si les tests s’avéraient concluants.
Pour Cheikh, c’est l’occasion rêvée. Sa famille, modeste, réunit quelques économies pour financer le voyage.

Selon les premiers éléments de l’enquête, il aurait quitté Dakar le 10 octobre avec deux autres jeunes footballeurs. Mais au lieu de se rendre au Maroc, le trio aurait été conduit clandestinement au Ghana. C’est là que tout bascule.

Arrivés à Kumasi, les jeunes sont logés dans une maison isolée. Les « recruteurs » changent alors de ton. Ils confisquent les téléphones et contactent les familles pour exiger une rançon.
Les ravisseurs réclament plusieurs millions de francs CFA, sous peine d’exécution.

La famille de Cheikh Touré tente de négocier. Les autorités sénégalaises sont informées. Mais avant que la rançon ne soit rassemblée, le jeune gardien est battu et tué. Son corps est retrouvé le 17 octobre dans la zone de Tafo, à environ 250 km d’Accra.
Les médias ghanéens évoquent des signes de strangulation et de torture. La dépouille a été transférée à la morgue d’Ebenezer à Tafo.

L’annonce du décès provoque une onde de choc à Dakar. L’Académie Esprit Foot ferme temporairement ses portes en signe de deuil. Les réseaux sociaux s’emplissent de messages d’indignation.
« On tue nos enfants à cause du rêve européen ! » dénonce un internaute.
D’autres exigent que justice soit faite.

Le ministère sénégalais des Affaires étrangères publie un communiqué officiel le 18 octobre 2025 :

« Les autorités sénégalaises condamnent fermement cet acte barbare et inhumain. Une enquête conjointe avec les autorités ghanéennes est ouverte pour identifier et traduire les coupables en justice. »

Deux diplomates sénégalais sont immédiatement envoyés à Kumasi pour assister la police locale et assurer le rapatriement du corps.

Côté ghanéen, la police criminelle de Kumasi (CID) a interpellé trois suspects, dont un homme présenté comme le chef du réseau. Les premiers indices laissent penser qu’il s’agit d’un groupe organisé opérant entre le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana, spécialisé dans la traite de jeunes footballeurs.
Les enquêteurs évoquent une trentaine de victimes potentielles, certaines toujours portées disparues.

Le Sénégal a demandé l’appui d’Interpol pour élargir les investigations.
D’après une source diplomatique citée par RFI, « ce dossier est pris très au sérieux, car il révèle l’existence d’un trafic bien plus vaste que prévu ».

Les autorités sénégalaises et ghanéennes ont convenu d’une task-force commune pour suivre l’évolution du dossier. Le ministère de la Sécurité publique du Ghana a promis une « tolérance zéro » face à la criminalité transfrontalière visant les jeunes sportifs. À Dakar, Interpol a été saisi pour retracer les communications téléphoniques et bancaires liées aux ravisseurs. Des perquisitions ont également été menées dans plusieurs quartiers de Kumasi où d’autres jeunes étrangers auraient été logés de force.
Ce renforcement de la coopération montre la volonté des deux pays de faire de cette affaire un exemple pour dissuader d’autres réseaux criminels.

Le cas de Cheikh Touré n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, des réseaux d’escrocs exploitent le rêve de milliers de jeunes Africains qui aspirent à devenir footballeurs professionnels.
Ces faux agents utilisent Facebook, TikTok ou WhatsApp pour attirer leurs victimes : promesses de tests dans de grands clubs, convocations falsifiées, logos officiels, visas trafiqués…

Selon l’ONG FootSolidaire, plus de 15 000 jeunes Africains tombent chaque année dans les filets de ces recruteurs fantômes. Certains sont abandonnés à l’étranger, d’autres réduits en esclavage ou utilisés dans des trafics humains.

Le président de la Fédération sénégalaise de football, Augustin Senghor, a réagi avec fermeté :

« Ce drame doit être un électrochoc. Il faut encadrer le rêve des jeunes et interdire ces recruteurs illégaux. Nous allons renforcer les contrôles sur les déplacements sportifs à l’étranger. »

Selon plusieurs sociologues, la pauvreté et le chômage des jeunes constituent un terreau idéal pour ces escroqueries. Beaucoup de familles voient dans le football une voie rapide vers la réussite sociale, ce qui rend les jeunes plus vulnérables aux fausses promesses. Certains parents n’hésitent pas à vendre des biens ou emprunter pour financer les prétendus voyages de leurs enfants.
L’expert sportif sénégalais Ibrahima Fall souligne : « Tant que le rêve européen sera présenté comme la seule réussite possible, les réseaux d’arnaque prospéreront. Il faut valoriser les championnats locaux et les formations sur place. »

Témoignages de douleur et d’incompréhension

La mère du défunt, en larmes, a confié à la presse locale :

« Cheikh voulait juste jouer au foot. Il pensait que c’était sa chance. Je n’imaginais pas qu’il ne reviendrait jamais. »

Ses anciens coéquipiers décrivent un garçon déterminé mais prudent :

« Il vérifiait toujours tout. Il n’était pas naïf. Si même lui est tombé dans le piège, cela veut dire que ces réseaux sont très bien organisés. »

À Yeumbeul, la douleur est profonde. Des centaines de jeunes ont participé à une marche blanche le 19 octobre, brandissant des pancartes : « Plus jamais ça ! », « Justice pour Cheikh Touré », « Stop aux faux recruteurs ! ».

Ce drame soulève des questions essentielles sur la protection des jeunes talents africains. Comment un adolescent peut-il franchir des frontières sans contrôle officiel ? Pourquoi les fédérations et les ambassades ne disposent-elles pas d’un registre des voyages sportifs ?

Plusieurs experts du sport plaident pour une réglementation stricte des agents de joueurs, une vérification obligatoire des offres de tests et la formation des familles sur les arnaques liées au sport.
Le ministère sénégalais des Sports a annoncé la création prochaine d’une cellule d’alerte et de prévention contre les fausses opportunités sportives.

La Confédération Africaine de Football (CAF) a publié un communiqué condamnant « la tragédie qui rappelle l’urgence d’une régulation du marché des agents sportifs ». De son côté, la FIFA a exprimé sa « profonde tristesse » et réaffirmé son engagement à lutter contre la traite des jeunes athlètes.
L’ONG FootSolidaire, basée à Paris, demande à la CAF de créer une base de données commune sur les agents autorisés en Afrique. « La mort de Cheikh Touré ne doit pas rester sans suite, c’est le moment d’agir », a déclaré son fondateur, Jean-Claude Mbvoumin.

L’affaire Cheikh Touré révèle un malaise plus large : le football, devenu un ascenseur social pour beaucoup, est aussi un terrain fertile pour les escrocs.
De Lagos à Abidjan, de Conakry à Accra, des dizaines d’affaires similaires ont été recensées ces dernières années.
Le Ghana, en particulier, est souvent utilisé comme pays de transit par ces réseaux qui profitent des frontières poreuses et du manque de coordination policière régionale.

L’Union africaine et la CAF ont été interpellées pour mettre en place un cadre de coopération sécuritaire autour du sport, notamment pour protéger les mineurs.

Le décès de Cheikh Touré est bien plus qu’un fait divers. Il symbolise l’échec collectif d’un système qui laisse ses jeunes rêver sans protection.
Les parents, les clubs, les autorités sportives et politiques doivent désormais assumer leur part de responsabilité.

Ce drame rappelle une vérité dure : derrière chaque promesse de gloire, il peut y avoir un piège. Et derrière chaque jeune footballeur parti tenter sa chance, il y a une mère qui attend son retour.

Le corps de Cheikh Touré devrait être rapatrié à Dakar le 21 octobre 2025. Une veillée de prière est prévue à Yeumbeul, en présence de responsables sportifs, d’anciens internationaux et de membres du gouvernement.
Le Sénégal lui rendra hommage comme à un « martyr du rêve africain ».

« Que sa mort serve d’avertissement à tous », a déclaré le ministre des Sports.
« Nous devons bâtir un football plus sûr, plus juste et plus humain. »

Le nom de Cheikh Touré restera désormais gravé dans les mémoires comme celui d’un symbole — le symbole d’une jeunesse africaine qui rêve, lutte, mais qu’il faut désormais protéger. Son histoire rappelle que la passion du football ne doit plus jamais devenir un piège mortel.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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