
Le président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, s’est entretenu ce lundi 24 novembre 2025 avec son homologue sénégalais, le président Bassirou Diomaye Faye, dans le cadre d’une rencontre diplomatique lié au sommet union africaine union européenne qui s’est tenu en Angola , qui marque une étape importante dans l’approfondissement des relations entre la RDC et le Sénégal. Cette réunion, tenue à huis clos mais suivie d’échanges élargis entre délégations, a permis aux deux chefs d’État de consolider les fondements d’un partenariat stratégique nourri par des liens historiques, culturels et politiques entre les deux nations.

Si les relations entre Kinshasa et Dakar ont toujours été empreintes de respect mutuel et de solidarité panafricaine, cette rencontre intervient dans un contexte continental marqué par des défis majeurs : instabilité sécuritaire dans plusieurs régions d’Afrique, pressions économiques liées à la conjoncture mondiale, transition énergétique, transformation numérique et quête de souveraineté politique face aux enjeux géopolitiques internationaux. C’est cette convergence de défis qui a donné à l’entretien une profondeur particulière, les deux dirigeants s’accordant sur la nécessité d’une coopération plus structurée, plus ambitieuse et plus résiliente.
Au cœur des discussions a figuré le renforcement de la coopération bilatérale, un point que les deux présidents ont estimé prioritaire. Les ministères des Affaires étrangères des deux pays travaillent depuis plusieurs mois à actualiser les accords-cadres existants, notamment dans les domaines de l’éducation, de la formation professionnelle, du commerce, de la culture, de l’agriculture et des infrastructures. Tshisekedi et Faye ont donné des instructions claires pour accélérer ce processus et aboutir à la signature de nouveaux accords d’ici l’année prochaine.
Le président Tshisekedi, engagé dans un vaste programme de transformation socio-économique en RDC, a souligné l’intérêt de bénéficier de l’expertise sénégalaise dans plusieurs secteurs, notamment la gestion urbaine, la modernisation administrative, l’entrepreneuriat des jeunes, les énergies renouvelables et l’économie numérique. Le Sénégal, avec son dynamisme dans les domaines technologiques, universitaires et entrepreneuriaux, représente pour la RDC un partenaire de choix dans le cadre de la diversification de ses relations africaines.
Du côté sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, fidèle à sa vision d’un Sénégal ancré dans une diplomatie africaine affirmée, a salué le potentiel immense de la RDC, notamment dans les secteurs minier, énergétique, agricole et culturel. Il a exprimé le souhait de voir davantage d’opérateurs économiques sénégalais s’implanter en RDC et de renforcer les échanges commerciaux entre Dakar et Kinshasa, encore faibles malgré les opportunités existantes.
Selon les services techniques des deux délégations, les échanges commerciaux entre la RDC et le Sénégal représentent actuellement moins de 45 millions de dollars par an, un volume jugé très faible au regard du potentiel économique des deux pays. Les experts ont estimé qu’un partenariat renforcé pourrait porter ce volume à plus de 150 millions de dollars d’ici 2028, notamment grâce au développement des secteurs des télécommunications, de l’agroindustrie et des services numériques.
Dans le domaine académique, le programme spécial de mobilité RDC–Sénégal envisagé par les deux présidents devrait concerner, dès sa première phase, environ 300 étudiants et chercheurs par an, avec un objectif de 1 000 bénéficiaires d’ici 2030.
Les équipes ont également évalué à près de 12 millions de dollars les investissements nécessaires pour lancer les premiers projets conjoints dans l’énergie solaire et la formation professionnelle, dont 40 % devraient être financés par des partenariats public–privé.
Sur le plan sécuritaire, les deux États ont convenu de renforcer la coopération technique dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale, avec un programme d’échanges et de formations impliquant environ 150 cadres militaires et policiers sur trois ans.
Les deux chefs d’État ont également insisté sur la dimension humaine qui lie la RDC et le Sénégal. Depuis les mouvements panafricanistes du milieu du XXᵉ siècle, les deux pays ont partagé un héritage commun dans la quête de liberté, de dignité et de souveraineté. L’influence culturelle réciproque, notamment dans la musique, la littérature, la spiritualité et les échanges universitaires, demeure un élément central de leur rapprochement.
Lors de leur entretien, Tshisekedi et Faye ont évoqué la nécessité de renforcer les programmes d’échanges entre les universités, les centres de recherche et les instituts culturels. Une proposition concrète a été mise sur la table : la création d’un programme spécial de mobilité académique RDC–Sénégal, destiné à favoriser la circulation des étudiants, des professeurs et des chercheurs dans des domaines jugés stratégiques comme l’intelligence artificielle, la gouvernance publique, les sciences de l’environnement, l’ingénierie et l’agrobusiness.
Par ailleurs, les deux dirigeants envisagent d’intensifier la coopération sportive, un secteur dans lequel les deux pays excellent sur le continent. L’idée de matchs amicaux réguliers, d’échanges entre fédérations et de stages de formation croisés a été évoquée comme un moyen de rapprocher davantage les populations, en particulier les jeunes.
Au-delà du bilatéral, l’entretien a largement porté sur la situation générale de l’Afrique. Tshisekedi et Faye ont longuement discuté de la sécurité régionale, un sujet qui demeure préoccupant dans plusieurs zones du continent. Les crises persistantes au Sahel, dans la région des Grands Lacs, au Soudan et dans certaines parties du Golfe de Guinée appellent une réponse coordonnée des États africains. Les deux présidents ont réaffirmé leur attachement au principe de solutions africaines aux problèmes africains.
Pour Félix Tshisekedi, président en exercice de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) jusqu’à début 2025, l’expérience de la RDC en matière de lutte contre les groupes armés et de stabilisation du territoire peut inspirer de nouvelles approches régionales. De son côté, Bassirou Diomaye Faye, qui s’est rapidement imposé comme un acteur essentiel du renouveau politique en Afrique de l’Ouest, a plaidé pour une coopération plus efficace entre les organisations sous-régionales telles que la CEDEAO, la CEEAC et la SADC.
Les deux dirigeants ont également évoqué les enjeux économiques mondiaux, notamment les fluctuations des marchés internationaux, les pressions sur les matières premières et les exigences de la transition énergétique. Ils ont exprimé la nécessité de faire émerger une position africaine unifiée lors des sommets internationaux, en particulier dans les discussions sur la dette, la gouvernance financière internationale, les infrastructures vertes et la transformation des ressources naturelles.
La rencontre entre Félix Tshisekedi et Bassirou Diomaye Faye intervient dans un contexte continental marqué par une recomposition profonde des équilibres géopolitiques africains. La RDC, poids lourd stratégique de la région des Grands Lacs et pilier de la SADC, joue un rôle central dans la stabilité de l’Afrique centrale et australe. Le Sénégal, acteur clé de la CEDEAO et partenaire privilégié dans la lutte contre l’extrémisme violent au Sahel, s’impose comme une voix influente en Afrique de l’Ouest.
Les deux pays partagent également une volonté commune de renforcer la souveraineté africaine face aux rivalités internationales, qu’il s’agisse de la présence croissante des puissances émergentes ou des mutations des alliances traditionnelles. Leur rapprochement s’inscrit dans une dynamique plus large visant à consolider les positions africaines dans les forums mondiaux, notamment sur les questions de gouvernance économique, de dette, de sécurité régionale et de transition énergétique.
En intensifiant leur coopération, Kinshasa et Dakar cherchent aussi à peser davantage dans les grandes négociations internationales, y compris celles liées aux matières premières critiques, au climat et aux nouvelles infrastructures africaines. Cette convergence diplomatique place les deux capitales parmi les acteurs susceptibles de contribuer activement à la redéfinition des rapports de force sur le continent.
À l’issue de leur entretien, les deux chefs d’État ont lancé un appel à l’unité africaine. Ils ont insisté sur la nécessité pour les pays du continent de coopérer davantage pour peser réellement dans les décisions internationales. Pour eux, l’avenir de l’Afrique dépendra de sa capacité à défendre collectivement ses intérêts, à moderniser ses économies et à investir dans la jeunesse, moteur principal du développement.
Cette rencontre, bien qu’inscrite dans une relation bilatérale classique, dépasse ainsi le cadre de la coopération traditionnelle. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une Afrique en pleine recomposition, cherchant à redéfinir son rôle dans le monde et à mettre en place des partenariats solides fondés sur la complémentarité et le respect mutuel.
Les équipes diplomatiques des deux pays travaillent déjà sur un agenda stratégique 2026–2030, qui devrait être présenté lors d’une prochaine rencontre entre les deux chefs d’État. Cet agenda pourrait inclure :
un accord de coopération en énergie solaire et hydroélectrique,
un programme commun sur la transformation locale des matières premières,
une plateforme numérique bilatérale pour connecter les entrepreneurs,
un partenariat culturel élargi, incluant cinéma, musique et arts visuels,
des initiatives conjointes dans les instances panafricaines et internationaux
En définitive, la rencontre entre Félix Tshisekedi et Bassirou Diomaye Faye ouvre la voie à un repositionnement stratégique de l’axe Kinshasa–Dakar, appelé à jouer un rôle structurant dans la diplomatie africaine des prochaines années. Les engagements pris, les projets identifiés et la volonté commune de renforcer la coopération témoignent d’une vision partagée d’une Afrique plus unie, plus souveraine et mieux préparée aux défis du XXIᵉ siècle. La mise en place d’un agenda bilatéral 2026–2030, l’activation prochaine d’une commission mixte et le lancement de projets sectoriels concrets constituent désormais les prochaines étapes essentielles pour traduire cette dynamique politique en résultats tangibles. Pour les deux présidents, cette rencontre ne représente pas seulement un échange diplomatique, mais le point de départ d’un partenariat capable d’influencer durablement les équilibres régionaux et de contribuer à une intégration africaine plus forte et plus efficace.
Esaïe Vumi objectif DK TV