
En déplacement officiel en République de Serbie, le Président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a livré un message fort et sans ambiguïté à l’endroit de la diaspora congolaise résidant à Belgrade. Au cours d’une rencontre organisée ce vendredi 29 novembre 2025 dans la capitale serbe, le Chef de l’État a réaffirmé la position ferme du gouvernement congolais face aux tentatives répétées de légitimation ou d’intégration des rebelles du M23 et des forces rwandaises opérant dans l’est du pays.
Devant une salle comble rassemblant étudiants, professionnels et membres de la communauté congolaise vivant en Serbie, Félix Tshisekedi n’a laissé planer aucun doute quant à la détermination de Kinshasa à préserver l’intégrité de son armée et la souveraineté de l’État.
« On ne fera ni brassage ni mixage », a insisté le Président, dans un ton grave mais maître de lui. Cette formule, désormais reprise dans les milieux diplomatiques et sécuritaires congolais, constitue une réponse explicite aux propositions de certains acteurs régionaux ou internationaux qui, dans le cadre de pourparlers, suggèrent l’intégration d’éléments armés issus du M23 ou d’unités rwandaises dans les FARDC comme solution au conflit.
Pour le Chef de l’État, cette option est totalement exclue :
— « Il n’y aura jamais de place dans notre armée pour ceux qui ont pris les armes contre la République, massacré nos populations et collaboré avec un pays voisin pour déstabiliser notre territoire. Ce chapitre est clos. »
Cette déclaration s’inscrit dans la continuité d’une position déjà affichée par le gouvernement congolais, mais rarement exprimée avec autant de fermeté sur la scène internationale. Elle constitue également un message adressé aux partenaires diplomatiques, parfois accusés par Kinshasa de minimiser la gravité de l’agression dont la RDC dit être victime de la part du Rwanda à travers le mouvement rebelle M23.
La présence du Président Tshisekedi en Serbie n’est pas anodine. Son déplacement s’inscrit dans un cycle d’intenses activités diplomatiques initiées par Kinshasa depuis plusieurs mois pour mobiliser de nouveaux soutiens, diversifier ses alliances et renforcer des partenariats bilatéraux.
À Belgrade, le Chef de l’État congolais participe à une série d’échanges politiques et économiques avec les autorités serbes, dans le cadre d’un rapprochement multidimensionnel entre les deux pays. Les discussions portent notamment sur la formation militaire, la coopération dans l’industrie pharmaceutique, l’agriculture, les infrastructures ainsi que le transfert d’expertise technologique.
À travers ces déplacements, Kinshasa cherche à consolider une diplomatie active et ouverte, rompant avec la dépendance exclusive envers certains partenaires traditionnels. Cette diversification est particulièrement cruciale dans un contexte géopolitique marqué par l’insécurité persistante dans l’est du pays et la compétition accrue entre grandes puissances sur le continent africain.
L’autre annonce majeure faite par Félix Tshisekedi concerne la prochaine étape de sa diplomatie sécuritaire : un déplacement imminent à Washington, où devrait être signé l’accord de paix actuellement négocié sous médiation américaine avec le Président rwandais Paul Kagame.
« Je me rendrai prochainement à Washington pour signer l’accord de paix. Les discussions avancent dans le cadre d’une médiation américaine, et nous sommes prêts à aller jusqu’au bout pour obtenir un engagement clair en faveur de la paix et de la sécurité dans notre région », a affirmé le Chef de l’État.
Cet accord, dont le contenu n’a pas encore été rendu public, serait l’aboutissement de plusieurs mois de tractations entre Washington, Kinshasa et Kigali. Les États-Unis, soucieux de stabiliser une région stratégique et de préserver leurs intérêts sécuritaires et économiques, se sont positionnés comme facilitateurs d’un dialogue dont l’objectif est de mettre fin à la guerre qui secoue le Nord-Kivu depuis plus de trois ans.
Selon plusieurs sources diplomatiques, cet accord devrait aborder des aspects tels que :
le retrait progressif des troupes rwandaises du territoire congolais ;
la fin des opérations militaires menées par le M23 ;
la réouverture des corridors économiques ;
et la mise en place de garanties de sécurité supervisées par des mécanismes internationaux.
L’annonce d’une démarche diplomatique vers la paix intervient cependant dans un contexte où les combats se poursuivent, où les déplacements massifs de populations continuent, et où les FARDC affrontent des coalitions combattantes mieux équipées et soutenues de l’extérieur.
Le conflit dans l’est de la RDC, qualifié par Kinshasa de « guerre d’agression » menée par le Rwanda, a déjà causé des milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés et des pertes économiques colossales.
La population congolaise attend de voir si cette médiation américaine pourra réellement produire des résultats. Les précédentes tentatives de pacification — accord de Nairobi, processus de Luanda, interventions régionales — ont souvent été sapées par le manque d’engagement des parties ou par la reprise des hostilités.
Les enjeux sécuritaires actuels dans l’Est de la RDC
L’est de la République démocratique du Congo demeure l’un des foyers d’insécurité les plus persistants du continent africain. Dans le Nord-Kivu, le M23 contrôle encore plusieurs localités stratégiques, notamment autour de Rutshuru, Kiwanja et certaines collines surplombant la route Goma–Bunagana. Les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par des unités locales de résistance, tentent de contenir l’avancée rebelle malgré un rapport de force défavorable en termes d’armement et de logistique.
Parallèlement, plus de 120 groupes armés locaux et étrangers restent actifs dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, alimentant un climat de violence généralisée marqué par des massacres, des enlèvements, des viols et des déplacements massifs de population. Selon les estimations humanitaires, l’est du pays compte aujourd’hui plus de 2 millions de déplacés internes, et plusieurs zones restent coupées de l’aide en raison de l’intensité des combats.
À ces défis s’ajoutent des enjeux géopolitiques majeurs : la pression croissante sur les ressources stratégiques, les rivalités régionales autour du contrôle des axes économiques, ainsi que l’ingérence de forces étrangères accusées d’appuyer certains groupes armés. Cet enchevêtrement de facteurs rend la situation explosive et complique toute tentative de stabilisation durable du territoire.
À Belgrade, la diaspora congolaise a salué la détermination affichée par le Président Tshisekedi. Plusieurs participants ont souligné que l’exclusion du brassage et du mixage constitue une étape importante pour restaurer la confiance dans les institutions militaires congolaises. D’autres, plus sceptiques, estiment qu’un accord signé à Washington ne garantira pas automatiquement la fin du conflit sans mécanismes d’application rigoureux.
Toutefois, tous convergent sur une demande claire : la RDC doit maintenir une posture ferme pour défendre son intégrité territoriale, tout en poursuivant des négociations diplomatiques capables de dénouer la crise.
Avec son discours à Belgrade, le Président Tshisekedi envoie aussi un message aux partenaires internationaux. Il rappelle que la souveraineté de la RDC n’est pas négociable et que toute solution durable doit respecter la volonté du peuple congolais.
Il insiste également sur la nécessité pour les organisations internationales, en particulier les Nations unies, d’adopter une posture plus équilibrée face aux acteurs impliqués dans la crise.
Le gouvernement congolais reproche régulièrement à certains acteurs internationaux de minimiser la responsabilité du Rwanda ou de présenter le M23 comme un groupe armé « classique », alors que Kinshasa le considère comme une force supplétive de Kigali.
L’intervention du Président Félix Tshisekedi ce vendredi 29 novembre 2025 à Belgrade marque un moment clé dans la trajectoire diplomatique actuelle de la RDC. En rejetant catégoriquement l’intégration des rebelles dans les institutions de l’État et en annonçant la signature prochaine d’un accord de paix à Washington, le Chef de l’État fait preuve de fermeté tout en montrant son ouverture à un règlement négocié du conflit.
Si l’espoir renaît, les défis restent immenses. Le succès de la démarche dépendra de la bonne foi des parties, de l’engagement réel des États-Unis, et de la capacité de la RDC à renforcer son armée, son économie et son unité nationale.
Mais pour l’instant, un message demeure clair : la RDC refuse de céder sur sa souveraineté et entend se battre sur les fronts diplomatique, sécuritaire et politique pour restaurer la paix durablement.
Esaïe Vumi objectif DK TV