
La ville de Mbujimayi, chef-lieu de la province du Kasaï Oriental, traverse l’une des pires crises d’approvisionnement en eau potable de ces dernières années. Malgré les promesses répétées du gouverneur et les annonces de la REGIDESO faisant état d’interventions techniques, la situation ne cesse de se détériorer, plongeant des milliers de familles dans une détresse extrême.
La crise de l’eau à Mbujimayi ne date pas d’aujourd’hui. Depuis plus de deux décennies, la ville peine à bénéficier d’un réseau d’adduction en adéquation avec sa croissance démographique fulgurante. Jadis alimentée par des infrastructures conçues pour une population beaucoup plus réduite, Mbujimayi n’a jamais bénéficié d’investissements conséquents pour moderniser ou étendre ses installations hydrauliques. Plusieurs projets annoncés au fil des gouvernements provinciaux successifs — notamment la réhabilitation des stations de captage, l’installation de nouvelles conduites et l’augmentation de la capacité de pompage — sont restés inachevés ou n’ont jamais dépassé le stade des promesses. Les périodes de pénurie sont donc devenues cycliques, s’aggravant à chaque saison sèche et plongeant régulièrement la population dans la détresse. Ainsi, la crise actuelle s’inscrit dans un long continuum d’inaction, de retard et de manque d’anticipation des autorités.
Depuis plus de deux semaines, l’eau ne coule plus dans la quasi-totalité des quartiers de la ville. Les habitants, abandonnés à eux-mêmes, sont contraints de parcourir jusqu’à 20 km à pied pour atteindre des ruisseaux ou des sources naturelles, souvent sales, insalubres et non traitées, mettant leur santé en grave danger.
Cette situation dramatique révèle une incapacité flagrante des autorités provinciales à satisfaire les besoins essentiels de la population.
La pénurie actuelle trouve également son origine dans une série de défaillances techniques persistantes au sein du réseau de distribution de la REGIDESO. Depuis plusieurs années, les installations hydrauliques de Mbujimayi souffrent d’un manque criant d’entretien, provoquant des fuites massives, une faible pression et des ruptures répétées de conduites. Les stations de captage et de pompage, déjà obsolètes, fonctionnent en dessous de leurs capacités nominales en raison de pannes mécaniques et électriques récurrentes. À cela s’ajoute le retard accumulé dans l’exécution des travaux annoncés par les autorités provinciales, souvent limités à des promesses non suivies d’actions concrètes. L’absence d’investissements structurants et la dépendance à des équipements vieillissants ont fini par paralyser totalement la distribution d’eau potable, plongeant ainsi la ville dans une crise sans précédent.

Le manque d’eau a entraîné une spéculation sans précédent.
Le bidon de 20 litres, vendu auparavant à 150 FC, est désormais proposé à un prix multiplié par cinq voire plus.
Un simple bassin d’eau atteint 2 500 FC, un tarif inaccessible pour des familles vivant déjà dans une extrême précarité.
Face à cette injustice, la population s’interroge :
« Avons-nous réellement des gouvernants dans cette province ? »
Pour beaucoup, la réponse ne fait plus aucun doute tant le sentiment d’abandon est profond.
La pénurie d’eau a également des répercussions directes sur le secteur de l’éducation à Mbujimayi. De nombreuses écoles, déjà fragilisées par le manque d’infrastructures adéquates, peinent à maintenir des conditions d’hygiène acceptables pour accueillir les élèves. Sans eau pour le nettoyage des salles, l’entretien des latrines ou le lavage des mains, plusieurs établissements réduisent leurs heures de cours ou ferment temporairement. Les élèves, contraints d’accompagner leurs parents dans la recherche d’eau, arrivent en retard, épuisés ou manquent totalement les classes. Cette situation compromet sérieusement la qualité de l’enseignement et accentue les inégalités scolaires entre les enfants.
La pénurie d’eau à Mbujimayi expose aujourd’hui la population à des risques sanitaires majeurs. En l’absence d’eau potable, de nombreux habitants sont contraints de consommer une eau provenant de ruisseaux impropres, favorisant l’apparition de maladies hydriques telles que le choléra, la typhoïde, les infections gastro-intestinales et les diarrhées aiguës, particulièrement dangereuses pour les enfants. Les structures médicales locales alertent déjà sur l’augmentation de cas suspects liés à la consommation d’eau contaminée. Le manque d’eau complique également l’hygiène domestique : lavage des mains insuffisant, impossibilité de nettoyer les ustensiles, insalubrité des latrines. Dans les écoles et centres de santé, la situation devient critique, car les conditions sanitaires minimales ne sont plus réunies. Sans une intervention urgente, la crise pourrait rapidement se transformer en véritable catastrophe de santé publique.
Épuisés, irrités et révoltés, de nombreux Mbujimayiens lancent un appel urgent au gouvernement central afin qu’il prenne enfin la mesure du drame qui frappe la ville.
« Nous souffrons amèrement, nous sommes abandonnés à notre triste sort »,
témoigne un habitant du quartier Diulu, visiblement dépassé par l’ampleur de la crise.
Comme pour aggraver une situation déjà catastrophique, une panne généralisée d’électricité plongent la ville dans l’obscurité totale depuis plusieurs jours.
Sans courant, les rares forages privés ne fonctionnent plus, les activités économiques sont paralysées, les établissements sanitaires tournent au ralenti, et les conditions de vie deviennent insoutenables.
Cette accumulation de problèmes met en évidence une négligence systémique à la fois au niveau provincial et national, transformant le quotidien des Mbujimayiens en une épreuve permanente.
Face à la gravité de la situation, plusieurs solutions peuvent être envisagées pour atténuer et résoudre durablement la pénurie d’eau à Mbujimayi. À court terme, le gouvernement central pourrait déployer des camions-citernes pour assurer une distribution d’urgence dans les quartiers les plus touchés, tout en installant des stations de traitement d’eau mobiles afin de fournir une eau temporairement potable. À moyen terme, la réhabilitation complète des conduites défectueuses, la remise en état des stations de pompage et la construction de nouveaux forages modernes s’imposent comme des mesures indispensables pour stabiliser l’approvisionnement. Sur le long terme, un plan d’investissement structuré, incluant la modernisation du réseau, l’automatisation des installations et l’intégration d’une source d’énergie stable et durable, permettrait d’éviter de nouvelles crises. L’implication des partenaires internationaux, tels que l’UNICEF, la Banque Mondiale ou l’Union Européenne, pourrait renforcer la mise en œuvre de ces solutions.
Jusqu’à quand cette crise ?
La question demeure entière :
Combien de temps encore la population devra-t-elle supporter ce calvaire ?
Sans mesures d’urgence, sans plan d’intervention sérieux, la crise de Mbujimayi pourrait se transformer en désastre humanitaire.
Les habitants attendent des actes concrets — et non plus des déclarations — pour que leur droit fondamental à l’eau potable soit enfin rétabli.
Au regard de l’ampleur du drame qui frappe Mbujimayi, il apparaît clairement que la pénurie d’eau n’est pas une fatalité, mais le résultat d’années d’inaction, de gestion approximative et d’indifférence institutionnelle. Alors que des milliers de familles vivent l’insupportable au quotidien, les autorités semblent prisonnières d’un cycle de promesses sans lendemain, incapables d’offrir des réponses concrètes à une population déjà fragilisée. La crise actuelle met en lumière l’urgence d’une réforme profonde de la gouvernance locale et nationale, afin de replacer les besoins essentiels au cœur des priorités publiques. Il ne s’agit pas seulement de rétablir l’eau dans les robinets, mais de restaurer la confiance d’un peuple qui se sent trahi, oublié et sacrifié. Tant que la volonté politique restera absente, Mbujimayi continuera de payer le prix lourd d’une irresponsabilité devenue intolérable.
Esaïe Vumi objectif DK TV