
Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a exprimé de vives préoccupations face aux retards enregistrés dans les travaux d’infrastructures routières à Kinshasa, en particulier ceux liés aux rocades, ainsi qu’aux conditions controversées dans lesquelles certaines opérations de démolition sont menées dans la capitale. Ces déclarations ont été faites lors du Conseil des ministres tenu le vendredi 8 mai 2026.
Selon le compte rendu officiel relayé par plusieurs médias congolais, le chef de l’État a dénoncé des retards qu’il qualifie de « persistants » dans l’exécution de ces projets structurants destinés à désengorger la ville-province de Kinshasa. Ces lenteurs sont principalement attribuées à des blocages dans les प्रक्रédures d’expropriation et au manque d’indemnisation préalable des populations affectées.
Des projets stratégiques freinés par des contraintes administratives
Les travaux des rocades constituent un pilier essentiel de la politique de modernisation urbaine engagée par le gouvernement congolais. Ces infrastructures visent à fluidifier la circulation dans une ville confrontée à une croissance démographique rapide et à une congestion routière chronique.
Cependant, d’après les informations présentées au Conseil des ministres, plusieurs tronçons restent à ce jour inachevés ou ralentis. En cause : l’absence d’expropriations effectives et le retard dans le paiement des indemnisations dues aux propriétaires des terrains concernés.
Le président Tshisekedi a souligné que ces obstacles administratifs entravent considérablement l’avancement des travaux et compromettent les objectifs fixés en matière de mobilité urbaine. Il a ainsi insisté sur la nécessité d’accélérer les procédures d’identification des ayants droit, de paiement des compensations et de libération des emprises publiques.
Des démolitions jugées irrégulières et socialement sensibles
Au-delà des retards techniques, le chef de l’État s’est également montré préoccupé par certaines opérations de démolition menées dans le cadre des travaux de voirie. Il a relevé que plusieurs interventions auraient été effectuées sans respect des procédures légales, notamment en ce qui concerne l’indemnisation préalable et la protection des droits des occupants réguliers.
Des cas ont été signalés où des citoyens disposant de titres de propriété en bonne et due forme auraient été affectés sans préparation suffisante ni sensibilisation préalable. Certaines démolitions auraient même été réalisées en pleine saison des pluies ou pendant la période scolaire, aggravant la vulnérabilité des familles concernées.
Face à cette situation, le président a rappelé que la modernisation de Kinshasa ne pouvait se faire « en dehors du cadre légal ni au détriment de la dignité des concitoyens », insistant sur le devoir de l’État d’agir en conformité avec les lois de la République.
Rigueur exigée à l’Hôtel de Ville de Kinshasa
Dans ses instructions, Félix Tshisekedi a directement interpellé les autorités de la ville de Kinshasa, les appelant à faire preuve de davantage de rigueur administrative dans la conduite des opérations de démolition et de relocalisation.
Il a notamment exigé :
la vérification systématique des titres de propriété ;
l’octroi de préavis raisonnables aux occupants concernés ;
le respect strict des procédures d’indemnisation.
Le chef de l’État a également insisté sur un point crucial : aucune évacuation ne devrait être effectuée sans la mise en place préalable de sites de réinstallation viables. Ces sites doivent être dotés d’infrastructures de base, notamment des routes d’accès, de l’eau potable, de l’électricité, ainsi que des équipements sanitaires, scolaires et sécuritaires.
Une exigence de coordination et d’anticipation
Au cours de cette réunion, le président a mis en avant la nécessité d’une meilleure coordination entre les différentes institutions impliquées dans ces projets, notamment les ministères des Infrastructures et des Affaires foncières, ainsi que les services techniques de l’État.
Il a également appelé à une anticipation accrue des opérations afin d’éviter les tensions sociales susceptibles de naître des déguerpissements mal encadrés. La concertation avec les populations locales a été identifiée comme un levier essentiel pour garantir l’adhésion citoyenne aux projets de développement.
Cette approche traduit la volonté des autorités de concilier impératifs de modernisation et respect des droits fondamentaux, dans un contexte où les politiques d’aménagement urbain sont souvent sources de conflits sociaux.
Un délai de 20 jours pour un rapport détaillé
Afin de suivre de près la mise en œuvre de ces instructions, le président de la République a exigé la production d’un rapport circonstancié dans un délai de vingt jours. Ce document devra faire le point sur l’état d’avancement des travaux, les mesures prises pour accélérer les indemnisations, ainsi que les dispositions adoptées pour encadrer les opérations de démolition.
Cette exigence traduit une volonté de renforcer la redevabilité des institutions impliquées et d’assurer un suivi rigoureux des projets en cours.
Entre modernisation urbaine et défis sociaux
Les déclarations du chef de l’État interviennent dans un contexte où Kinshasa, mégapole de plus de 15 millions d’habitants, fait face à d’importants défis en matière d’infrastructures et d’aménagement du territoire.
Les travaux des rocades s’inscrivent dans une vision plus large de transformation urbaine visant à améliorer la mobilité, à réduire les embouteillages et à structurer l’expansion de la capitale. Toutefois, leur mise en œuvre se heurte à des réalités complexes, notamment la question foncière et la gestion des occupations urbaines.
Comme le soulignent plusieurs analystes, la réussite de ces projets dépendra autant de leur efficacité technique que de leur acceptabilité sociale. La prise en compte des droits des populations affectées apparaît ainsi comme une condition indispensable à la réussite de la politique de modernisation engagée par les autorités congolaises.
Une continuité dans l’action gouvernementale
Il convient de noter que cette intervention du président Tshisekedi s’inscrit dans la continuité de ses précédentes communications sur les projets d’infrastructures urbaines. Déjà en 2025, lors d’une réunion du Conseil des ministres, il avait insisté sur la nécessité d’accélérer les travaux tout en respectant les procédures légales.
La réitération de ces préoccupations en 2026 témoigne de la persistance des difficultés rencontrées sur le terrain, mais aussi de la volonté des autorités de corriger les dysfonctionnements observés.
En dénonçant à la fois les retards dans les travaux des rocades et les irrégularités dans certaines opérations de démolition, le président Félix Tshisekedi envoie un message clair aux acteurs impliqués dans la modernisation de Kinshasa : l’efficacité ne doit pas se faire au détriment du droit.
Entre impératif de développement et respect des citoyens, le gouvernement congolais est désormais appelé à trouver un équilibre durable, capable de répondre aux besoins d’une capitale en pleine mutation tout en garantissant la justice sociale et la légalité des actions entreprises.
Esaïe Vumi objectif DK TV