
Les villages de Katale et Mpanama, dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu, ont été le théâtre d’affrontements d’une rare violence, ce mercredi 12 août 2026. Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont repoussé une offensive coordonnée des rebelles de l’Alliance du fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Les combats, qui ont éclaté aux premières heures de la journée, ont également causé la mort de trois civils, tués par balles, selon un bilan provisoire fourni par l’armée .
Depuis plusieurs semaines, la région des hauts plateaux de Kalehe était en proie à une accalmie précaire. Cette accalmie a été brutalement rompue, mardi 11 août, par une série d’attaques simultanées. Dès l’aube, des tirs d’artillerie lourde et légère ont retenti dans plusieurs localités, notamment Chambombo, Lumbishi, Kaziba de Rumbishi, Kwisimbi, Gafufura et Kazinga . Les rebelles, cherchant à déloger les forces loyalistes, ont intensifié leurs assauts, provoquant une riposte immédiate de l’armée nationale.
Des assauts coordonnés et une défense acharnée
Selon des sources militaires et locales, l’offensive de ce mercredi visait spécifiquement les positions des FARDC à Katale et Mpanama . Les rebelles de l’AFC/M23 ont utilisé des armes lourdes pour pilonner ces agglomérations, dans le but de faire céder la résistance des soldats congolais. Cependant, les FARDC, appuyées dans certains secteurs par les groupes d’autodéfense Wazalendo, ont opposé une résistance farouche. L’armée a riposté avec vigueur, contenant l’avancée ennemie avant de la repousser complètement en fin de journée .
« Les FARDC ont repoussé les attaques simultanées des éléments M23 RDF mardi dans les villages de Kabulungu/Mbayo, dans le groupement de Bugorhe, territoire de Kabare, ainsi que dans les villages de Katale et Mpanama, territoire de Kalehe », a déclaré Dieudonné Kasereka, chargé de communication de la Task Force de la 34ᵉ région militaire . Il a ajouté que depuis le début du mois d’août, plusieurs attaques visant les positions des FARDC ont été enregistrées dans les territoires de Walikale et de Kalehe, démontrant une intensification des hostilités dans l’est du pays.
Un lourd tribut civil
Alors que les combats faisaient rage, les populations civiles ont une fois de plus payé un lourd tribut. Les bombardements et les échanges de tirs ont semé la terreur parmi les habitants, qui ont été contraints de fuir leurs domiciles pour se mettre à l’abri. Le bilan humain est particulièrement tragique : une femme et ses deux enfants figurent parmi les trois civils tués par balles lors de ces affrontements .
L’armée congolaise a dénoncé les méthodes employées par les rebelles, qu’elle accuse de recourir délibérément à l’artillerie lourde pour pilonner des zones habitées, mettant ainsi délibérément en danger la vie des civils . Ces actes sont considérés comme une violation flagrante des accords de Washington et du processus de Doha, qui prévoient un cessez-le-feu et des discussions pacifiques pour résoudre le conflit .
Un contexte régional tendu et des négociations au point mort
Ces affrontements surviennent dans un contexte de tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda, ce dernier étant accusé par Kinshasa et plusieurs rapports d’experts de l’ONU de soutenir la rébellion du M23 . La partie rwandaise dément ces accusations et pointe du doigt le soutien apporté par l’armée congolaise aux Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), un groupe rebelle rwandais actif dans l’est de la RDC .
Par ailleurs, les négociations de paix sous l’égide de Doha, censées rapprocher Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, sont actuellement au point mort . Cette impasse diplomatique laisse craindre une poursuite, voire une intensification des combats dans les semaines à venir. L’AFC/M23 a d’ailleurs accusé les forces gouvernementales d’avoir lancé des attaques à l’artillerie lourde contre des zones densément peuplées, provoquant de nouveaux déplacements forcés de populations .
Une situation humanitaire déjà critique
La reprise des combats à Kalehe aggrave une situation humanitaire déjà désastreuse. Les affrontements récurrents dans les hauts plateaux des territoires de Kalehe, Kabare et Fizi ont entraîné des déplacements massifs de population. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), des dizaines de milliers de personnes ont fui les violences ces derniers mois, exerçant une pression énorme sur les communautés d’accueil et les services sociaux déjà fragilisés .
Les acteurs humanitaires s’inquiètent également de la flambée des prix des denrées alimentaires et des difficultés d’accès aux zones affectées, rendant l’acheminement de l’aide de plus en plus compliqué . Ce mercredi 12 août, après des heures de combats intenses, un calme précaire est finalement revenu à Katale et Mpanama, les deux villages restant sous le contrôle de l’armée régulière . Cependant, la population, traumatisée par la violence, demeure dans l’expectative, redoutant une nouvelle escalade de la violence dans cette région instable de l’est de la République démocratique du Congo.
Esaïe Vumi objectif DK TV