
La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé, lundi à la Primature, une réunion technique consacrée à l’évaluation de la riposte et à l’adaptation du plan d’intervention face à la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola qui sévit en République démocratique du Congo. Le Ministre de la Santé publique et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, accompagné des membres de l’équipe de riposte, dont le professeur Jean-Jacques Muyembe, a présenté à la Cheffe du Gouvernement l’évolution de la situation ainsi que les nouvelles orientations envisagées pour renforcer la réponse sanitaire .
Cette réunion de haut niveau intervient dans un contexte sanitaire particulièrement préoccupant. L’épidémie, déclarée officiellement le 15 mai 2026 après plusieurs décès en Ituri, une province du nord-est riche en minerais et sous la coupe de groupes armés, continue de susciter une vive inquiétude au sein des autorités et des populations . Alors que la maladie a été détectée dans cinq provinces de la RDC – l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo et le Haut-Uélé – ainsi que dans l’Ouganda voisin, les autorités redoublent d’efforts pour endiguer la propagation du virus . Les derniers chiffres officiels font état de plus de 1.960 personnes infectées et de plus de 700 décès, une situation qui a d’ailleurs conduit l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à déclarer une urgence de santé publique de portée internationale .
Au terme de cette évaluation, trois axes majeurs ont été examinés pour renforcer la réponse sanitaire face à l’épidémie de la souche Bundibugyo du virus Ebola. Le premier axe concerne le renforcement des mesures médicales en complément de celles de santé publique usuelles. Le second porte sur la prise en charge salariale des équipes de première ligne, tandis que le troisième se concentre sur l’amélioration de la communication auprès des communautés.
Les autorités sont conscientes que la lutte contre cette épidémie nécessite une approche multidimensionnelle. La Première Ministre a souligné l’importance d’une coordination efficace entre les différents acteurs impliqués dans la riposte, qu’il s’agisse des équipes médicales sur le terrain, des autorités locales ou des partenaires internationaux. Cette approche intégrée vise à optimiser les ressources disponibles et à garantir une réponse cohérente face à une situation sanitaire qui évolue rapidement.
Le Gouvernement congolais a déjà débloqué une enveloppe de 50 millions de dollars pour appuyer les opérations de riposte, une décision qui témoigne de la volonté politique de faire face à cette crise sanitaire majeure . Ces fonds sont destinés à renforcer les capacités de prise en charge des malades, à améliorer la surveillance épidémiologique et à intensifier les actions de sensibilisation auprès des populations à risque.
Le Ministre de la Santé a évoqué les recherches en cours sur deux vaccins spécifiques contre la souche Bundibugyo, ainsi que le recours à des antiviraux susceptibles d’être utilisés dans la prise en charge des malades ou, dans certaines conditions, des personnes fortement exposées au virus à l’instar des prestataires de santé en première ligne.
Ces recherches s’inscrivent dans un contexte scientifique marqué par une mobilisation internationale sans précédent. L’OMS a réuni plusieurs de ses groupes consultatifs d’experts pour évaluer les contre-mesures médicales potentielles face à cette épidémie . Pour le traitement des cas confirmés, les experts ont recommandé de prioriser trois candidats thérapeutiques : les anticorps monoclonaux MBP134 et Maftivimab®, ainsi que l’antiviral remdesivir . Une thérapie combinée associant un anticorps monoclonal et le remdesivir est également recommandée pour évaluation .
Par ailleurs, le premier essai clinique visant à évaluer l’efficacité de l’antiviral obeldesivir chez des patients exposés à la souche Bundibugyo a débuté le 14 juillet 2026 en Ituri . Cet essai, dénommé EBO-PEP, vise à évaluer l’efficacité d’une prophylaxie post-exposition chez des patients ayant été en contact avec des cas confirmés de Bundibugyo. L’objectif est de recruter près de 1.000 participants âgés de 12 ans et plus, qui seront suivis quotidiennement pendant 21 jours .
Sur le plan vaccinal, les experts de l’OMS ont identifié deux candidats prometteurs. Le vaccin rVSV Bundibugyo, développé par l’International AIDS Vaccine Initiative (IAVI), est considéré comme le candidat le plus prometteur. Il s’agit d’un vaccin à dose unique, mais son développement devrait nécessiter encore sept à neuf mois avant qu’il puisse être évalué dans le cadre d’un essai clinique . Un second candidat, le vaccin ChAdOx1 Bundibugyo développé par l’Université d’Oxford et le Serum Institute of India, pourrait être disponible dans un délai de deux à trois mois pour une évaluation de son efficacité, bien que des données supplémentaires sur des modèles animaux soient encore nécessaires .
La Première Ministre a confirmé que les spécialistes de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB) travaillent activement, sous la direction du professeur Jean-Jacques Muyembe, pour trouver un traitement spécifique à la souche Bundibugyo qui sévit actuellement en RDC . Des espoirs sont placés dans la possibilité de trouver un remède précis pour cette maladie ou un vaccin efficace dans les prochains mois .
La réunion a également permis de valider un barème de prise en charge salariale des médecins, infirmiers et autres prestataires mobilisés dans la lutte contre Ebola. « Nous avons établi un barème de prise en charge salariale pour les médecins, les infirmiers, tous ceux qui travaillent dans la riposte », a indiqué Samuel Roger Kamba.
Cette validation devrait permettre au Ministre de la Santé de formaliser le dispositif par voie d’arrêté et d’assurer une prise en charge harmonisée des équipes engagées sur le terrain. Cette mesure répond à une préoccupation majeure exprimée par le personnel soignant, qui a évoqué plusieurs défis, notamment le manque de matériel, l’absence de laboratoire mobile dans certaines zones ainsi que le retard dans le paiement des primes .
La Première Ministre a souligné l’importance de garantir des conditions de travail décentes aux équipes de première ligne, qui font face à des risques importants dans l’exercice de leurs fonctions. Elle a également annoncé que le Gouvernement examine la situation du personnel soignant dans une perspective plus large, en considérant l’ensemble du secteur de la santé, afin d’assurer que les financements injectés dans la riposte contribuent à un renforcement durable du système de santé .
La communication a constitué le troisième axe majeur de cette réunion. La Première Ministre a demandé à l’équipe de riposte de renforcer la qualité et la cohérence de la communication afin de lutter contre l’infodémie, notamment les fausses informations et les rumeurs susceptibles de fragiliser l’adhésion des communautés aux mesures sanitaires.
Le plan de communication devra ainsi intensifier la sensibilisation des populations, améliorer leur compréhension des mesures de prévention et les préparer aux différentes options envisagées, notamment en matière de vaccination et de prise en charge médicale.
La Première Ministre a souligné que la sensibilisation communautaire demeure le principal moyen de freiner la propagation du virus, estimant que l’engagement collectif reste indispensable pour mettre fin à l’épidémie d’Ebola en Ituri . Elle a insisté sur l’importance de la détection précoce des cas suspects, invitant les communautés à accompagner les personnes contacts et à soutenir les enterrements dignes et sécurisés .
Lors de sa visite à Mungbwalu, une cité située à près de 85 kilomètres de Bunia, la Première Ministre a appelé les communautés à s’impliquer activement dans la lutte contre Ebola . Elle a souligné que sans l’engagement communautaire, il serait impossible d’éradiquer la maladie, et a recommandé que les malades puissent arriver le plus tôt possible à l’hôpital dès l’apparition des premiers symptômes .
Face aux inquiétudes concernant une éventuelle propagation de l’épidémie vers la capitale, le Ministre de la Santé s’est voulu rassurant tout en appelant au renforcement de la vigilance. « Jusqu’à présent, il y a zéro cas à Kinshasa. Ça veut dire que si nous continuons à renforcer les mesures, il y a beaucoup de chances qu’Ebola n’arrive pas à Kinshasa », a-t-il déclaré.
Le dispositif de surveillance a notamment été renforcé sur le fleuve Congo. À environ 65 kilomètres de Kinshasa, un poste sanitaire contrôle désormais les embarcations en provenance des zones concernées afin de vérifier les passagers avant leur arrivée dans la capitale. Cette mesure vise à prévenir toute introduction du virus dans une agglomération de plus de 15 millions d’habitants, où les conséquences d’une épidémie seraient dévastatrices.
Cette vigilance accrue s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par le Gouvernement congolais pour contenir la propagation du virus, renforcer les capacités de réponse et intensifier la sensibilisation des communautés . La Première Ministre a souligné que le Gouvernement suit de près l’évolution de la situation sanitaire dans le territoire de Djugu, confronté à une crise humanitaire aggravée par la résurgence d’Ebola .
Au-delà de la réponse immédiate à l’épidémie, la Première Ministre a insisté sur la nécessité d’adopter une approche durable pour renforcer le système de santé congolais. « Pour nous, il ne faudrait pas qu’à la suite de cette épidémie, tous les financements qui seront injectés soient perdus. Nous regardons vraiment cette réponse à l’épidémie Ebola dans sa durabilité pour assurer que le système de santé ne s’effondre pas après », a-t-elle expliqué .
Cette vision à long terme se traduit par des investissements dans les infrastructures sanitaires, la formation du personnel médical et le renforcement des capacités de surveillance épidémiologique. La Première Ministre a annoncé le déploiement progressif des équipements nécessaires, avec des laboratoires en cours d’installation, des équipements et des ambulances qui sont livrés petit à petit .
Cette approche reflète la volonté du Gouvernement de tirer les leçons des épidémies précédentes et de bâtir un système de santé plus résilient, capable de faire face aux défis sanitaires futurs tout en répondant aux besoins quotidiens des populations.
La mission d’évaluation de la Première Ministre en Ituri a également été l’occasion de saluer le travail remarquable accompli par le personnel soignant, notamment les médecins, les infirmiers, les laborantins, ainsi que tous les autres acteurs engagés dans la lutte contre l’épidémie . La Première Ministre a insisté sur le fait que les guérisons enregistrées prouvent que les personnes atteintes d’Ebola peuvent vaincre la maladie lorsqu’elles sont prises en charge à temps, un message d’espoir qu’elle souhaite voir diffusé largement auprès des communautés .
Après trois mois de riposte, le Gouvernement pilote donc une nouvelle approche en perspective d’adapter son dispositif à l’évolution de l’épidémie, tout en misant sur les mesures médicales, la protection des équipes de première ligne, la surveillance épidémiologique et une communication renforcée auprès des populations. La mobilisation de tous les acteurs, des autorités aux communautés en passant par les partenaires internationaux, demeure essentielle pour vaincre cette maladie et protéger les populations congolaises.
Esaïe Vumi objectif DK TV