RDC : Jean-Claude Tshilumbayi sur 2028 : « Le président reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau président »

À l’approche de l’échéance électorale de 2028, les déclarations du premier vice-président de l’Assemblée nationale relancent le débat sur la continuité du pouvoir, le respect de la Constitution et les conditions d’organisation des prochaines élections en République démocratique du Congo.

La perspective des élections générales de 2028 continue d’alimenter les discussions dans la classe politique congolaise. Au cœur de ce débat figure notamment la question de la fin du mandat du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et de la continuité des institutions en cas de difficulté à organiser le scrutin dans les délais prévus. C’est dans ce contexte que Jean-Claude Tshilumbayi, premier vice-président de l’Assemblée nationale, est cité autour d’un principe constitutionnel essentiel : le président de la République demeure en fonction jusqu’à l’installation effective de son successeur élu.

Cette question intervient dans un climat politique marqué par les discussions sur une éventuelle révision de la Constitution, les inquiétudes liées à la situation sécuritaire dans l’Est du pays et les interrogations sur la capacité des institutions à organiser les prochaines élections. Elle touche ainsi à plusieurs enjeux fondamentaux : la légitimité du pouvoir, la stabilité des institutions, le respect des règles démocratiques et la souveraineté du peuple congolais.

La Constitution de la République démocratique du Congo prévoit, à son article 70, que le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. Le même article dispose qu’à la fin de son mandat, le président reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu.

Cette disposition vise notamment à garantir la continuité de l’État et à éviter qu’une vacance du pouvoir ne survienne entre la fin d’un mandat et l’entrée en fonction du président nouvellement élu.

Cependant, son interprétation suscite des interrogations dès lors que l’organisation des élections est confrontée à des difficultés. Pour certains, cette disposition permet d’assurer le fonctionnement régulier des institutions jusqu’à l’installation du successeur. Pour d’autres, elle ne saurait être interprétée comme une autorisation générale de prolonger un mandat présidentiel sans tenir compte des exigences démocratiques et constitutionnelles.

La distinction est importante : la continuité institutionnelle ne signifie pas nécessairement que le calendrier électoral peut être modifié librement. Elle doit être examinée à la lumière de l’ensemble des dispositions constitutionnelles et des principes qui encadrent l’exercice du pouvoir.

Félix Tshisekedi a été réélu à la présidence de la République en décembre 2023 pour un second mandat. L’élection présidentielle de 2028 constitue donc une échéance politique majeure pour la RDC.

Les débats autour de cette échéance se sont intensifiés après les déclarations du chef de l’État sur la possibilité d’un troisième mandat et sur les difficultés que pourrait poser la situation sécuritaire pour l’organisation des élections. En mai 2026, selon Reuters, Félix Tshisekedi a évoqué l’hypothèse d’un scrutin rendu impossible en 2028 si la guerre dans l’Est du pays se poursuivait. Ces propos ont provoqué des réactions au sein de l’opposition, qui y voit un risque de remise en cause de l’alternance démocratique.

La question dépasse ainsi le simple débat sur la durée du mandat présidentiel. Elle concerne également la capacité de l’État à organiser des élections crédibles, inclusives et transparentes, malgré les contraintes sécuritaires, logistiques et financières.

Dans ce contexte, la déclaration attribuée à Jean-Claude Tshilumbayi sur le maintien du président en fonction jusqu’à l’installation effective de son successeur remet au premier plan le contenu de la Constitution et les conséquences d’un éventuel retard électoral.

Le premier vice-président de l’Assemblée nationale s’est déjà exprimé publiquement sur la question d’une éventuelle révision constitutionnelle. Le 7 septembre 2026, dans une interview accordée à Radio France internationale, il a estimé que le peuple congolais détenait le pouvoir de décider d’une modification de la Constitution.

« Si notre peuple le décide ainsi parce qu’il en a le pouvoir, on va changer la Constitution », avait-il déclaré, selon l’Agence congolaise de presse (ACP).

Interrogé sur la possibilité qu’une telle réforme ouvre la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, il avait également renvoyé cette hypothèse à la volonté populaire exprimée dans les conditions prévues par les mécanismes constitutionnels.

Ces déclarations illustrent la position de Tshilumbayi en faveur d’un débat sur l’évolution de la Loi fondamentale. Elles s’inscrivent dans une discussion politique plus large sur l’adaptation des institutions aux défis auxquels le pays est confronté.

Toutefois, l’évocation de la souveraineté populaire ne suffit pas, à elle seule, à trancher toutes les questions juridiques. Une éventuelle réforme doit respecter les procédures constitutionnelles ainsi que les dispositions qui ne peuvent faire l’objet d’une révision.

Le débat sur la continuité du pouvoir présidentiel est étroitement lié à celui de la limitation des mandats. L’article 70 de la Constitution prévoit un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Par ailleurs, l’article 220 protège notamment le nombre et la durée des mandats du président de la République contre une révision constitutionnelle.

Cette disposition constitue un élément central du débat juridique sur la possibilité d’un troisième mandat. Elle signifie que la question ne peut pas être réduite à un simple choix politique ou à une consultation populaire envisagée sans examen des limites fixées par la Constitution.

Les partisans d’une révision constitutionnelle mettent notamment en avant la nécessité d’évaluer le fonctionnement des institutions et de renforcer l’État face aux défis sécuritaires. À l’inverse, les opposants à cette démarche redoutent qu’une réforme engagée à l’approche de 2028 ne serve à remettre en cause l’alternance et la limitation du pouvoir présidentiel.

La question essentielle demeure donc celle de la conformité de toute initiative aux dispositions constitutionnelles en vigueur. Le débat politique peut être légitime, mais son issue doit être déterminée par le droit et les procédures applicables.

La situation sécuritaire dans les provinces orientales de la RDC constitue un autre facteur important dans les discussions sur les élections de 2028. Les affrontements armés, les déplacements de populations et les difficultés d’accès à certaines zones compliquent les opérations administratives et électorales.

Jean-Claude Tshilumbayi a déjà soutenu que les conditions sécuritaires devaient être prises en considération dans l’organisation des élections. En avril 2026, il estimait que la persistance de la guerre rendrait difficile la tenue d’un scrutin dans des conditions appropriées.

Cette préoccupation soulève une question pratique : comment garantir la participation de tous les citoyens lorsque certaines régions restent affectées par les violences ? Les autorités électorales doivent notamment tenir compte de la sécurité des électeurs, de l’accès aux bureaux de vote, de la liberté de circulation et des moyens logistiques nécessaires.

Cependant, la persistance de l’insécurité ne règle pas automatiquement la question juridique d’un éventuel report. Les conséquences d’un retard doivent être examinées à partir des textes applicables, des compétences des institutions concernées et des garanties démocratiques.

Les déclarations relatives à la continuité du pouvoir présidentiel sont susceptibles de provoquer des réactions au sein de l’opposition et de la société civile. Pour les défenseurs de l’alternance, la priorité consiste à garantir le respect des échéances électorales et à empêcher toute interprétation susceptible de favoriser un maintien prolongé au pouvoir.

D’autres acteurs insistent sur la nécessité de préserver la stabilité institutionnelle et d’éviter une crise politique susceptible d’aggraver les difficultés économiques et sécuritaires du pays.

Dans ce contexte, les formations politiques, les organisations citoyennes, les confessions religieuses et les institutions nationales ont un rôle important à jouer. Elles peuvent contribuer à un débat public fondé sur les textes, les faits et les intérêts de la population.

Une clarification juridique des scénarios possibles permettrait également de réduire les interprétations contradictoires et les risques de désinformation. Les citoyens doivent pouvoir distinguer les dispositions constitutionnelles, les prises de position politiques et les décisions officielles des institutions compétentes.

À deux ans de l’échéance présidentielle de 2028, la question du maintien du président en fonction jusqu’à l’installation de son successeur demeure au centre des préoccupations politiques. La formule rappelée dans le débat renvoie à une disposition constitutionnelle réelle, mais son application à une éventuelle absence d’élections dans les délais soulève des questions qui ne peuvent être tranchées par une simple déclaration politique.

L’enjeu est de concilier la continuité de l’État avec le respect de la limitation des mandats, la périodicité des élections et la souveraineté populaire. La stabilité institutionnelle ne peut durablement reposer que sur des règles comprises, respectées et appliquées de manière conforme à la Constitution.

Pour la RDC, l’année 2028 représentera donc un rendez-vous déterminant. La capacité des institutions à organiser des élections crédibles, à préserver la paix et à garantir une transition conforme aux règles constitutionnelles sera observée aussi bien par la population congolaise que par les partenaires internationaux.

En définitive, au-delà des déclarations de Jean-Claude Tshilumbayi, le débat appelle une clarification juridique et politique rigoureuse. La continuité du pouvoir présidentiel doit être comprise à la lumière de l’ensemble de la Constitution, et non comme une disposition isolée. Le respect de la Loi fondamentale demeure une condition essentielle pour préserver la confiance des citoyens et la stabilité démocratique en République démocratique du Congo.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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