
Face à la persistance des tarifs élevés dans les transports urbains malgré la récente baisse du prix des carburants et l’appréciation du franc congolais, le Gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, a convoqué ce lundi 13 octobre 2025 une importante réunion de concertation avec les acteurs clés du secteur. Objectif : établir une nouvelle grille tarifaire équilibrée et restaurer l’ordre dans un domaine devenu source de mécontentement pour de nombreux Kinois.

Pour rappel, le gouvernement central avait annoncé début octobre une baisse de 15 % du prix du litre d’essence, passé de 3 200 à 2 700 FC. Une mesure censée alléger le coût du transport urbain et stimuler le pouvoir d’achat.
C’est dans la salle des réunions de l’Hôtel de Ville que s’est tenue la rencontre présidée par le gouverneur Daniel Bumba. Autour de la table : les représentants du ministère provincial des Transports, ceux de l’Économie et des Finances, ainsi que des syndicats de chauffeurs et des associations de transporteurs.
L’atmosphère était studieuse, mais marquée par une certaine urgence : les prix des trajets dans la capitale n’ont quasiment pas bougé, alors que le franc congolais a connu ces dernières semaines une appréciation notable face au dollar américain, entraînant une réduction du coût des produits pétroliers sur le marché.
« Il n’est pas logique que le prix du carburant baisse, que notre monnaie se renforce, et que le prix du transport reste le même, voire augmente », a déclaré le gouverneur Bumba dans son mot d’ouverture.
« Nous devons agir avec responsabilité pour que la population ressente les effets réels des mesures économiques prises par le gouvernement central. »
Le ton était ferme. Pour le gouverneur, les tarifs doivent refléter la réalité économique du moment et non les calculs arbitraires de certains opérateurs.
Depuis le mois de septembre, la République démocratique du Congo assiste à une stabilisation du marché des changes, soutenue par des politiques monétaires plus strictes de la Banque Centrale du Congo.
À Kinshasa, le taux de change du dollar est passé sous la barre symbolique des 2 200 FC pour 1 USD, après avoir frôlé les 2 600 FC il y a encore quelques mois. Cette appréciation du franc congolais a mécaniquement entraîné une révision à la baisse des prix des carburants, notamment l’essence et le gasoil.
Cependant, sur le terrain, les Kinois n’en ressentent pas encore les effets. Les prix des transports publics – bus, taxis et taxi-bus – restent inchangés, voire en hausse sur certains trajets.
Un paradoxe que le gouverneur juge « inacceptable ».
« Les transporteurs ne peuvent pas continuer à fixer leurs tarifs selon leurs humeurs ou leurs intérêts. La ville doit jouer son rôle de régulateur », a martelé Daniel Bumba.
Au-delà du niveau des tarifs, un autre fléau gangrène le secteur : le phénomène dit du “demi-terrain”.
Cette pratique, devenue presque systématique sur plusieurs lignes, consiste pour les chauffeurs à fractionner volontairement les itinéraires, obligeant les passagers à payer deux fois pour un même trajet.
De Rond-Point Ngaba à Matete, de Victoire à UPEN, ou encore de Masina à Pompage, ce phénomène irrite profondément les usagers. Beaucoup dénoncent un abus de confiance et une spéculation organisée.
Le gouverneur n’a pas mâché ses mots :
« Nous ne pouvons plus tolérer cette situation où les chauffeurs imposent des demi-parcours sans justification. C’est une tricherie contre la population. »
Pour y mettre fin, il a annoncé des mesures coercitives :
L’affichage obligatoire des itinéraires complets sur chaque véhicule de transport public,
La mise en place d’un contrôle régulier par les services de la ville,
Et des sanctions immédiates contre tout conducteur pris en flagrant délit de fractionnement abusif d’itinéraire.
« Pour un trajet de 2 000 FC, on finit parfois par payer le double à cause du demi-terrain. C’est injuste, surtout pour les étudiants et les mamans commerçantes », s’indigne Mireille Mbayo, vendeuse au marché Gambela.
La réunion du 13 octobre s’est conclue sur une décision concrète : la création d’une commission mixte composée des représentants du gouvernement provincial, des syndicats de chauffeurs et des associations de consommateurs.
Cette structure aura pour mission de proposer, dans les plus brefs délais, une grille tarifaire révisée, équitable et conforme à la conjoncture.
Selon le communiqué final, cette grille tiendra compte de plusieurs paramètres :
- Le nouveau prix du carburant sur le marché local,
- Le coût d’entretien des véhicules,
- L’évolution du taux de change,
- Et la capacité contributive des citoyens.
« Nous voulons un tarif juste, qui protège à la fois le travail du chauffeur et le pouvoir d’achat du passager », a insisté le gouverneur.
Derrière cette décision technique se cache un enjeu politique et social de taille.
Le secteur des transports est un baromètre du climat social à Kinshasa : la moindre hausse des prix provoque souvent des tensions, voire des émeutes.
En appelant à une révision à la baisse, le gouverneur Daniel Bumba entend désamorcer une grogne populaire naissante et montrer que l’administration urbaine reste à l’écoute des réalités du terrain.
Plusieurs associations de la société civile ont salué cette initiative. Pour Céline Kanyinda, présidente du collectif “Transport pour Tous”, la démarche du gouverneur est « courageuse et opportune » :
« Il fallait un signal fort pour rappeler aux transporteurs qu’ils ne peuvent pas agir en dehors des règles. Cette concertation redonne confiance à la population. »
Cette nouvelle étape s’inscrit dans une vision plus large de réforme du transport urbain à Kinshasa.
Depuis son arrivée à la tête de la ville, Daniel Bumba plaide pour une modernisation du système de mobilité, à travers :
L’amélioration du réseau routier,
La promotion des bus de la société Transco,
Et la régulation des taxis et taxi-bus privés souvent livrés à eux-mêmes.
En juin dernier déjà, il avait ordonné un recensement général des véhicules de transport pour mieux encadrer le secteur et lutter contre la corruption au sein des syndicats informels.
La nouvelle tarification annoncée pourrait donc constituer le premier jalon d’une réforme durable, alliant justice tarifaire, discipline professionnelle et protection du citoyen.
Selon les sources proches du gouvernement provincial, la commission mixte devra soumettre ses conclusions dans un délai de dix jours. La nouvelle grille pourrait entrer en vigueur dès la fin du mois d’octobre, après validation par les ministères concernés.
La rencontre du 13 octobre marque un tournant dans la gestion du transport urbain à Kinshasa.
En exigeant que les tarifs reflètent la réalité économique actuelle, le gouverneur Daniel Bumba veut envoyer un message clair : la régulation n’est pas une option, c’est une obligation.
Les Kinois, eux, attendent des actes concrets dans les jours à venir.
Car si les prix du carburant ont baissé, le coût du déplacement quotidien reste un fardeau pour des milliers de travailleurs, d’étudiants et de ménages modestes.
Le succès de cette réforme dépendra donc de la capacité du gouvernement provincial à faire appliquer ses décisions et à sanctionner les récalcitrants.
Au-delà des annonces et des promesses, la rédaction estime que la réussite de cette réforme dépendra moins des discours que de la rigueur dans leur application. Trop souvent, les mesures tarifaires sont décidées sans réel suivi, laissant le terrain aux abus et à l’anarchie.
Cette fois, le gouverneur Daniel Bumba semble vouloir rompre avec cette tradition d’impuissance. Son appel à la responsabilité et à la transparence dans le secteur des transports traduit une volonté de replacer l’intérêt public au cœur de la gouvernance urbaine.
Mais encore faut-il que les contrôles promis soient effectifs, que les sanctions soient réelles, et que la population en perçoive les effets concrets dans son quotidien. Car une ville moderne ne se mesure pas seulement à ses routes ou à ses routes ou à ses bus, mais à la justice sociale qu’elle garantit dans les moindres détails — y compris le prix d’un simple trajet.
En somme, pour la rédaction, cette initiative n’est pas seulement une question de transport : c’est un test de crédibilité pour une administration qui veut se rapprocher des citoyens.
Esaïe Vumi objectif DK TV