RDC – Liberté de la presse : 27 journalistes tués en 24 ans, selon le rapport 2025 de JED

La République Démocratique du Congo demeure l’un des pays les plus dangereux d’Afrique pour les journalistes. C’est ce que révèle le rapport annuel 2025 de l’ONG Journaliste en Danger (JED), rendu public ce samedi 22 novembre 2025 à Kinshasa. Le document, très attendu dans les milieux professionnels et diplomatiques, dresse un bilan alarmant : 15 journalistes ont été tués pendant la présidence de Joseph Kabila (2001–2018) et 12 journalistes ont perdu la vie sous la présidence de Félix Tshisekedi (2019–2025). En tout, 27 journalistes ont été tués en RDC au cours des vingt-quatre dernières années, un chiffre qui, selon JED, témoigne d’un climat persistant d’insécurité, d’impunité et d’atteintes graves à la liberté de la presse.

Depuis l’ouverture politique amorcée à la fin du régime de Mobutu en 1990, la liberté de la presse en République Démocratique du Congo s’est construite dans un environnement marqué par des crises politiques successives, des guerres répétées et une instabilité institutionnelle permanente. L’annonce du multipartisme en avril 1990 avait permis l’émergence des premiers médias privés, notamment des journaux indépendants souvent critiques envers le pouvoir, mais les journalistes restaient vulnérables aux arrestations, aux pressions des services de sécurité et aux suspensions arbitraires imposées par le ministère de l’Information de l’époque.

Avec l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en 1997, après la chute du régime mobutiste, la situation ne s’est pas améliorée. Plusieurs médias ont été fermés, des journalistes ont été arrêtés pour « atteinte à la sûreté de l’État » et les autorités exerçaient un contrôle strict sur les contenus. L’assassinat du journaliste Norbert Zongo au Burkina Faso avait connu un fort écho dans la région, mais en RDC, plusieurs journalistes ont également été arrêtés ou menacés durant cette période, surtout durant la guerre de 1998–2003 où couvrir les opérations militaires était extrêmement risqué.

Après l’accession de Joseph Kabila à la présidence en 2001, un nouvel espoir était né avec l’adoption de la Constitution de 2006, qui reconnaît explicitement la liberté d’expression et la liberté de la presse. Cependant, cette garantie légale a coexisté avec une réalité plus sombre. Les tensions politiques, les élections contestées de 2006, 2011 et 2018, ainsi que les conflits armés persistants à l’Est ont créé un environnement hostile pour les professionnels des médias. Durant ces années, plusieurs journalistes ont été assassinés, dont Serge Maheshe (2007) et Didace Namujimbo (2008), tous deux à Bukavu, dans des affaires restées largement non élucidées.

L’arrivée de Félix Tshisekedi en 2019 avait nourri un espoir de rupture. Le nouveau chef de l’État avait promis d’élargir l’espace civique, de protéger les médias et d’améliorer les relations entre le gouvernement et la presse. En effet, les premières années de son mandat ont vu une réduction significative des arrestations et fermetures de médias, comme l’ont relevé plusieurs organisations internationales. Cependant, malgré cette accalmie, les violences contre les journalistes ont persisté dans les zones de conflit, notamment au Nord-Kivu, en Ituri et au Sud-Kivu, où les groupes armés, certains acteurs politiques locaux et parfois des membres des forces de sécurité se sont rendus responsables de graves exactions.

Au fil des deux dernières décennies, l’histoire de la liberté de la presse en RDC s’est construite dans une tension permanente entre un cadre légal relativement progressiste et une réalité marquée par l’impunité, les violences politiques, les pressions administratives et les menaces multiples. Cette trajectoire explique la persistance des risques pour les journalistes aujourd’hui et donne un éclairage historique essentiel au rapport 2025 de JED, qui s’inscrit dans une continuité plutôt qu’une rupture.

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2019, Félix Tshisekedi avait promis une rupture nette avec les pratiques du passé, assurant vouloir garantir un espace médiatique plus libre. Malgré l’assouplissement observé les deux premières années, le rapport note une détérioration progressive, marquée par une montée des tensions politiques, l’activisme accru de groupes armés à l’Est, ainsi que les pressions exercées par certaines autorités provinciales.

Selon JED, les 12 journalistes tués entre 2019 et 2025 ne l’ont pas tous été en raison directe de leur travail, mais aucune enquête n’a abouti à l’arrestation et à la condamnation définitive des auteurs, laissant les familles dans le désarroi et les salles de rédaction dans la peur. Le rapport pointe du doigt une « culture d’impunité » devenue presque structurelle.

L’analyse de JED montre que les assassinats de journalistes ne sont pas répartis uniformément sur le territoire national. Plusieurs provinces reviennent régulièrement dans les rapports annuels de l’organisation.

  1. L’Est de la RDC : zone rouge pour les médias

Le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri restent les provinces les plus dangereuses en raison de la présence de groupes armés multiples, de conflits intercommunautaires et d’une forte pression militaire. Plusieurs journalistes y ont été ciblés après avoir enquêté sur des massacres, des exploitations minières illégales ou des détournements de fonds liés aux opérations de sécurité.

  1. Le Kasaï : violences liées aux tensions politiques

Même après la fin du conflit Kamuina Nsapu, des journalistes ont continué d’être menacés dans les provinces du Kasaï. Certains ont été agressés ou assassinés pour avoir couvert des affaires politiques sensibles ou dénoncé la corruption locale.

  1. Kinshasa : menaces et violences en milieu urbain

La capitale n’échappe pas au phénomène : agressions ciblées, disparitions brèves, menaces anonymes et intimidations judiciaires constituent une routine pour de nombreux journalistes.

Entre 2001 et 2018 (ère Kabila), selon JED, 15 journalistes ont été assassinés et 2 ont disparu.

De 2019 à novembre 2025 (sous Tshisekedi), JED recense 12 journalistes tués et 4 disparus, soit un rythme annuel presque doublé par rapport à la période Kabila.

Concernant les détentions : 28 journalistes sont actuellement en prison depuis 2019, contre 24 sur l’ensemble de la période 2001–2018.

JED signale aussi une réduction des autres violations : par exemple, 172 incarcérations sous Kabila contre 59 sous Tshisekedi ; 519 interpellations contre 77 ; 248 agressions physiques ou tortures contre 103.

Les menaces et harcèlements seraient passés de 274 cas sous Kabila à 127 sous Tshisekedi.

Les pressions administratives, économiques ou judiciaires ont drastiquement baissé : 286 cas sous Kabila, 20 sous Tshisekedi selon le rapport cité.

En matière d’entraves à la libre circulation de l’information : JED recense 338 cas sous Kabila, contre 100 sous Tshisekedi.

JED dénonce une impunité totale : selon le rapport, « aucun assassinat » de journaliste n’a été élucidé ces vingt dernières années, que ce soit sous Kabila ou Tshisekedi.

Sur une plus longue durée, « en 30 ans, 30 journalistes assassinés et plus de 2 600 violations » de la liberté de la presse sont recensées dans le pays selon les bilans évoqués.

Le rapport 2025 met en lumière une continuité inquiétante entre les deux régimes :

Sous Joseph Kabila (2001–2018)

15 journalistes tués

Nombreuses fermetures de médias

Arrestations fréquentes et procès politiques

Grande méfiance entre la presse et le pouvoir

Forces de sécurité souvent impliquées dans les intimidations

Les dernières années du régime Kabila avaient été marquées par un climat politique extrêmement tendu, notamment entre 2015 et 2018, au moment du processus électoral. Des journalistes critiques du pouvoir ou enquêtant sur les violences dans les zones de conflit avaient payé de leur vie leurs engagements professionnels.

Sous Félix Tshisekedi (2019–2025)

12 journalistes tués

Augmentation des agressions physiques lors des manifestations

Multiplication des menaces sur les réseaux sociaux

Poursuites judiciaires contre les professionnels trop critiques

Détentions temporaires dans certaines provinces

Recrudescence des violences dans l’Est

Bien que les discours officiels insistent sur la défense des libertés, JED estime que la situation « s’est dégradée à partir de 2021 », avec une hausse notable des attaques contre les médias, souvent en lien avec des sujets sensibles : gouvernance provinciale, affaires minières, sécurité nationale, opérations militaires, gestion de la res publica.

Un environnement professionnel miné par la peur

Pour de nombreux journalistes congolais, la peur est devenue un compagnon quotidien. Dans certaines régions, présenter un reportage sur un massacre, un détournement de fonds ou une opération sécuritaire équivaut presque à signer son arrêt de mort.

Le rapport cite plusieurs tendances inquiétantes :

  • Autocensure généralisée

Les journalistes évitent désormais les sujets liés aux services de sécurité, aux groupes armés, à la corruption ou aux élections locales. La priorité est devenue la survie.

  • Pressions directes des autorités

Certains gouverneurs, administrateurs de territoire ou maires usent de leur influence pour faire arrêter des journalistes jugés « gênants ». Dans plusieurs cas, les médias sont fermés sans décision judiciaire.

  • Menaces numériques

L’utilisation croissante des réseaux sociaux comme outil d’intimidation est devenue courante : messages anonymes, doxxing, campagnes de diffamation, harcèlement organisé, etc.

  • Conditions économiques précaires

La faiblesse des revenus pousse de nombreux journalistes à accepter des pressions éditoriales de la part de responsables politiques ou d’acteurs économiques influents.

Pour JED, le problème fondamental reste l’absence quasi totale d’enquêtes sérieuses, transparentes et concluantes. Dans la plupart des 27 cas d’assassinats recensés depuis 2001 :

Les dossiers ont été classés sans suite

Les suspects n’ont jamais été arrêtés

Les procès ont été bâclés

Les commanditaires n’ont jamais été identifiés

Cette impunité, en s’installant année après année, a créé un sentiment de permissivité où s’attaquer à un journaliste ne présente pratiquement aucun risque judiciaire.

Dans son rapport 2025, l’organisation formule plusieurs recommandations adressées au gouvernement, au Parlement et au système judiciaire :

  1. Création d’un mécanisme spécial de protection des journalistes

Un système institutionnel de prévention des violences, avec des alertes, des zones de refuge et un soutien juridique.

  1. Réouverture des enquêtes sur les assassinats non élucidés

JED demande que les 27 dossiers soient réexaminés par une commission judiciaire indépendante.

  1. Formation des forces de sécurité

Sensibilisation à la liberté de la presse, au respect des droits humains et à l’usage proportionné de la force.

  1. Réforme du cadre légal

Des lois plus protectrices, notamment en matière de diffamation, d’arrestations administratives et de protection des sources.

  1. Sanctions contre les autorités locales abusives

Retrait des mandats, poursuites disciplinaires, et publication des décisions.

Réactions nationales et internationales

La publication du rapport 2025 a suscité de nombreuses réactions :

Les associations de presse parlent d’une « urgence nationale ».

Plusieurs ambassades occidentales ont exprimé leur inquiétude et demandé des enquêtes.

Des députés de l’opposition accusent le gouvernement d’avoir laissé se dégrader la situation.

Le ministère de la Communication a, pour sa part, promis « un examen attentif du rapport », tout en appelant à ne pas « politiser le débat ».

Voici uniquement le texte, rédigé de manière authentique, avec des informations économiques générales et vérifiables, sans inventer de données non sourcées :

La persistance des violences contre les journalistes en République Démocratique du Congo ne représente pas seulement un défi démocratique : elle a également des conséquences économiques importantes pour l’ensemble de la région des Grands Lacs. Dans un contexte marqué par une forte dépendance aux investissements étrangers, notamment dans les secteurs minier, énergétique et agricole, l’insécurité médiatique crée un climat d’incertitude susceptible de décourager certains investisseurs internationaux. Plusieurs études régionales soulignent que la transparence, la circulation de l’information et la stabilité institutionnelle figurent parmi les critères essentiels évalués par les investisseurs avant de s’engager dans un pays.

L’absence de presse libre et protégée limite également la capacité des institutions provinciales et nationales à lutter efficacement contre la corruption, un phénomène régulièrement évoqué par les organisations internationales actives dans la région. Lorsque les journalistes sont réduits au silence ou menacés, les enquêtes sur la gouvernance, les contrats miniers, la gestion des ressources publiques ou les activités de groupes armés deviennent plus difficiles à mener, ce qui fragilise les réformes économiques et entrave les efforts d’assainissement du climat des affaires.

À l’échelle régionale, les pays voisins – notamment l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Zambie et l’Angola – sont directement affectés par le manque de transparence en RDC, en raison des flux transfrontaliers liés au commerce des minerais, des produits agricoles et de l’énergie. Une information restreinte ou compromise complique la coopération économique régionale, déjà mise à l’épreuve par l’instabilité sécuritaire à l’Est du Congo. Pour les institutions financières internationales et les bailleurs de fonds, une presse vulnérable constitue un indicateur d’instabilité supplémentaire pouvant influencer l’octroi d’aides, la signature de partenariats ou l’évaluation des risques liés aux projets d’infrastructures.

En somme, la protection des journalistes n’est pas seulement une exigence démocratique, mais aussi une condition stratégique pour renforcer la gouvernance économique, attirer des investissements durables et stabiliser l’ensemble de la région des Grands Lacs.

Vingt-quatre ans après la fin de la guerre de 1997-1998, la liberté de la presse en RDC reste fragile. Le rapport annuel 2025 de JED, en dressant le bilan de 27 journalistes tués entre 2001 et 2025, rappelle que le pays n’a pas encore réussi à garantir un espace médiatique sûr, indépendant et respecté.
Pour que la presse congolaise puisse jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir et de pilier démocratique, des réformes profondes, courageuses et urgentes s’imposent. Sans cela, chaque nouvelle année risque d’alourdir encore un bilan déjà trop tragique.

Au-delà des chiffres révélés par JED, un constat s’impose : la République Démocratique du Congo ne pourra pas construire un État réellement démocratique tant que ceux qui informent, dénoncent et éclairent l’opinion continueront de travailler sous la menace. Les violences contre les journalistes ne sont pas des faits isolés ; elles traduisent le degré de fragilité des institutions, l’étendue des zones d’ombre dans la gouvernance et l’emprise persistante des acteurs armés et politiques sur l’espace public.

La protection des professionnels des médias n’est plus une option, mais une urgence nationale. Mettre fin à l’impunité, renforcer les mécanismes de sécurité, garantir l’indépendance de la justice et reconnaître le rôle essentiel de la presse dans le contrôle citoyen sont des étapes indispensables pour sortir de ce cycle de violences. La RDC a l’occasion de rompre avec des décennies d’insécurité médiatique et d’envoyer un signal fort à son peuple, à l’Afrique et au monde : celui d’un pays qui choisit la vérité plutôt que la peur, la transparence plutôt que le silence.

L’histoire récente montre que chaque progrès démocratique en RDC a été précédé ou accompagné par une conquête de la liberté d’expression. C’est pourquoi protéger les journalistes aujourd’hui, c’est protéger l’avenir du pays.

Esaïe Vumi objectif DK TV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *