
La ville de Marrakech, au Royaume du Maroc, accueille depuis ce lundi 24 novembre 2025 l’un des rendez-vous les plus stratégiques du calendrier sécuritaire international : la 93ᵉ Assemblée générale de l’Organisation internationale de la Police criminelle (INTERPOL). Plus de 195 délégations venues des différents continents prennent part à ces assises, consacrées à l’analyse des menaces criminelles modernes et à la consolidation de la coopération policière mondiale. La République Démocratique du Congo y est représentée au plus haut niveau par le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo, dont la présence marque une étape importante dans la stratégie congolaise de repositionnement diplomatique et sécuritaire.

Chaque année, l’Assemblée générale d’INTERPOL rassemble les plus hauts responsables de la police, de la sécurité intérieure et de la lutte contre la criminalité organisée. Elle constitue le lieu où se dessinent les grands axes d’action qui orienteront les opérations internationales contre les réseaux criminels transfrontaliers, le terrorisme, la cybercriminalité, la traite d’êtres humains, le trafic de drogues, la criminalité financière et les nouvelles formes de criminalité émergentes.
En ouvrant la session de 2025, les dirigeants d’INTERPOL ont souligné l’importance cruciale de coopérer dans un contexte mondial de plus en plus instable, marqué par l’expansion des réseaux criminels transnationaux, la montée des groupes armés non étatiques et l’évolution rapide des technologies de communication utilisées à des fins malveillantes.
La participation du VPM Jacquemain Shabani s’inscrit dans une phase où la RDC affirme sa volonté d’être un acteur engagé dans les stratégies globales de sécurité, alors même qu’elle fait face à une guerre d’agression dans sa partie orientale et à des défis internes persistants comme la criminalité urbaine et le banditisme organisé.
Au cours de la première journée, les membres de l’Assemblée générale ont examiné plusieurs points essentiels :
les grandes tendances mondiales en matière de criminalité ;
l’évolution des menaces sécuritaires ;
les politiques de renforcement des capacités opérationnelles ;
la promotion du leadership féminin dans les services de police ;
les mécanismes efficaces de coopération via les outils numériques d’INTERPOL.
Pour le Vice-Premier Ministre congolais, cette rencontre représente une opportunité d’exprimer avec clarté les défis sécuritaires spécifiques auxquels la RDC est confrontée et qui, loin d’être isolés, s’inscrivent dans des dynamiques régionales et internationales. Sur place, Jacquemain Shabani a mis en avant la nécessité pour la communauté internationale d’intensifier son soutien aux pays victimes de groupes armés étrangers opérant sur leur territoire, en particulier ceux dont les activités sont financées par des économies illicites à coloration transfrontalière.
La RDC est depuis de nombreuses années le théâtre d’une guerre d’agression alimentée par des réseaux transnationaux impliqués dans la contrebande de minerais stratégiques, le trafic d’armes et le financement de groupes armés. De ce fait, INTERPOL représente pour le pays une plateforme vitale pour renforcer les mécanismes de traçage, de recouvrement et de gel des avoirs criminels. La lutte contre les circuits financiers occultes liés aux crimes miniers, kidnapping, blanchiment d’argent ou trafic de ressources naturelles demeure une priorité stratégique nationale.
Depuis plusieurs années, la partie orientale de la République Démocratique du Congo demeure le théâtre d’une guerre d’agression alimentée par des groupes armés soutenus de l’extérieur et actifs principalement dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Ces groupes exploitent illégalement les minerais stratégiques, contrôlent des axes économiques clés et se financent à travers des réseaux transfrontaliers impliqués dans la contrebande, le trafic d’armes et le blanchiment d’argent. Cette situation, qui fragilise la stabilité nationale et régionale, illustre la dimension internationale des menaces auxquelles le pays fait face et justifie davantage son engagement au sein d’INTERPOL pour contrer les circuits criminels qui alimentent l’insécurité dans la région des Grands Lacs.
Le débat mondial sur la criminalité urbaine, sujet majeur de cette 93ᵉ Assemblée générale, touche également la RDC. Kinshasa, à l’instar de nombreuses grandes capitales africaines, est confrontée à des phénomènes tels que le banditisme, les gangs de rue, les vols organisés, les fraudes numériques et l’implantation progressive de réseaux criminels transfrontaliers opérant dans l’ombre. La participation du VPM Shabani témoigne d’une volonté d’intégrer cette lutte dans une dimension internationale, en profitant de l’expertise et des technologies modernes proposées par INTERPOL.
La République Démocratique du Congo s’appuie sur plusieurs outils stratégiques d’INTERPOL pour renforcer sa lutte contre la criminalité transfrontalière. Parmi eux figure le système de communication sécurisé I-24/7, qui permet aux services congolais d’accéder en temps réel aux bases de données mondiales sur les personnes recherchées, les documents volés, les véhicules signalés ou les réseaux criminels actifs. La RDC utilise également les notices rouges, essentielles pour la localisation et l’arrestation de fugitifs, ainsi que les bases de données biométriques facilitant l’identification rapide des suspects. À cela s’ajoute la participation régulière du pays aux opérations régionales coordonnées, notamment celles visant la traite des êtres humains, le trafic d’armes, le trafic de minerais stratégiques et la cybercriminalité. Ces outils renforcent considérablement les capacités nationales de prévention, de détection et d’investigation.
Par ailleurs, les sessions ayant porté sur la promotion de la place des femmes au sein des services de police ont particulièrement retenu l’attention des délégations africaines, dont celle de la RDC. Alors que le pays travaille à renforcer l’effectivité du leadership féminin dans divers secteurs de la gouvernance, y compris les corps de sécurité, cette orientation constitue un axe d’amélioration significatif pour moderniser les institutions policières congolaises.
La 93ᵉ Assemblée générale d’INTERPOL n’est pas seulement une réunion technique ; elle débouche sur des décisions qui influencent les priorités opérationnelles mondiales. L’un des moments clés de cette rencontre sera l’élection des nouveaux membres du Comité exécutif de l’organisation, y compris le président, dont les mandats arrivent à terme. Le Comité exécutif joue un rôle stratégique : il oriente les politiques, supervise la mise en œuvre des résolutions et assure la coordination entre les États membres.
La RDC, par la présence de son Vice-Premier Ministre, montre son ambition d’occuper une place plus affirmée dans les instances internationales. Bien que l’élection au Comité exécutif ne soit pas en jeu pour le pays cette année, la participation à haut niveau permet de renforcer les relations diplomatiques, d’accélérer l’échange d’informations sécuritaires et de consolider l’intégration du pays dans les réseaux mondiaux de lutte contre la criminalité.
Pour Kinshasa, cette mission à Marrakech doit produire des résultats concrets :
amélioration de l’accès de la RDC aux bases de données d’INTERPOL ;
renforcement de la présence congolaise dans les opérations régionales coordonnées ;
appui au démantèlement des réseaux criminels transfrontaliers actifs dans la région des Grands Lacs ;
consolidation de la coopération policière bilatérale avec plusieurs États membres ;
modernisation des services nationaux d’identification, de surveillance et de renseignement criminel.
La RDC compte également capitaliser sur cette Assemblée pour accélérer la numérisation de son système de police et renforcer ses mécanismes de prévention des crimes liés aux technologies émergentes. La cybercriminalité, considérée comme l’une des menaces prioritaires de la décennie, préoccupe autant Kinshasa que les autres capitales du monde.
Parmi les retombées attendues pour la RDC après sa participation à cette 93ᵉ Assemblée générale d’INTERPOL, plusieurs actions concrètes sont envisagées : le renforcement des capacités des forces de police nationales à travers des formations spécialisées et l’accompagnement technique, le déploiement d’un centre national de criminalistique numérique pour améliorer la collecte et l’analyse des preuves, ainsi que l’intensification de la coopération régionale avec les pays des Grands Lacs, la SADC et l’EAC. Le pays prévoit également d’élargir son accès aux bases de données internationales et de moderniser ses outils de renseignement criminel afin de mieux détecter, suivre et neutraliser les réseaux criminels transfrontaliers opérant sur son territoire.
La participation du Vice-Premier Ministre Jacquemain Shabani à la 93ᵉ Assemblée générale d’INTERPOL confirme la détermination du gouvernement congolais à se positionner comme un acteur majeur de la sécurité régionale et internationale. À Marrakech, la RDC porte une voix singulière : celle d’un pays qui, malgré les défis internes et externes, choisit de s’inscrire dans une coopération policière vaste, moderne et renforcée. Cette démarche, qui associe leadership institutionnel, engagement diplomatique et ouverture sur les mécanismes mondiaux, illustre la nouvelle orientation stratégique de Kinshasa face aux enjeux sécuritaires du XXIᵉ siècle.
Esaïe Vumi objectif DK TV