KINSHASA | Intensification du « Salongo obligatoire » : le Gouverneur Daniel Bumba en tournée d’assainissement

Le Gouverneur de la ville-province de Kinshasa, Daniel Bumba, a effectué ce samedi 6 décembre 2025 une vaste tournée d’inspection à travers plusieurs communes et axes stratégiques de la capitale congolaise. Objectif : évaluer l’avancement des opérations d’assainissement dans le cadre du « Salongo obligatoire », instauré chaque samedi matin sur toute l’étendue de la ville. Cette initiative, réactivée pour répondre aux défis criants de salubrité publique, vise à transformer progressivement Kinshasa en une capitale propre, moderne et mieux organisée, conformément à la vision du Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Historiquement, le Salongo trouve ses origines dans la période du régime du maréchal Mobutu, où il était institué comme un devoir civique collectif visant l’assainissement des quartiers, l’entretien des infrastructures publiques et la mobilisation communautaire. À l’époque, chaque citoyen était tenu de participer aux travaux d’intérêt public, souvent coordonnés par les autorités locales et les chefs de quartiers. Bien que contesté pour son caractère obligatoire, le Salongo a longtemps constitué un outil majeur de cohésion sociale et d’organisation communautaire. Sa réactivation actuelle s’inscrit dans la volonté de renouer avec cette tradition d’engagement collectif, tout en l’adaptant aux enjeux modernes de gestion urbaine.

Une mobilisation accrue sur le terrain

Très tôt le matin, le cortège du Gouverneur a pris la direction de plusieurs points stratégiques particulièrement touchés par l’insalubrité chronique, notamment les marchés pirates, les dépôts sauvages et les carrefours à forte circulation. Les équipes de la voirie urbaine, les brigades de l’assainissement, la police administrative ainsi que plusieurs groupes de volontaires communautaires étaient mobilisés pour renforcer les travaux en cours.

Rond-point UPN : entre nettoyage et lutte contre les marchés pirates

La première étape de la visite a été le Rond-point UPN, dans la commune de Ngaliema, l’un des lieux les plus fréquentés de l’ouest de Kinshasa. Depuis plusieurs semaines, cette zone était devenue un véritable point noir de la capitale en raison de l’accumulation d’immondices, de l’encombrement de la chaussée et de la prolifération des marchés désorganisés occupant les trottoirs.

Sur place, les équipes procédaient à :

L’évacuation massive des immondices, grâce à un déploiement renforcé de camions-bennes et de chargeuses.

La démolition des marchés pirates, ces structures improvisées où s’entassaient des vendeurs sans autorisation, bloquant la circulation et favorisant l’insalubrité.

L’installation de nouveaux bacs-poubelles, plus grands et plus sécurisés, destinés à réduire la création de dépotoirs sauvages.

Le Gouverneur Bumba s’est montré ferme concernant la résurgence des marchés anarchiques :

« L’occupation illégale des espaces publics ne sera plus tolérée. Nous devons restaurer l’ordre et la dignité dans nos quartiers », a-t-il déclaré devant la presse.

Auprès des habitants et des commerçants rencontrés sur les différents sites, les réactions étaient partagées. Beaucoup saluent une initiative « nécessaire et longtemps attendue » pour remettre de l’ordre dans une ville étouffée par l’insalubrité et les marchés anarchiques. Certains vendeurs déplacés reconnaissent la légitimité des opérations, mais regrettent le manque d’alternatives immédiates pour leur permettre de poursuivre leurs activités dans des espaces formels. D’autres habitants, visiblement satisfaits, appellent les autorités à maintenir la pression et à assurer un suivi permanent afin d’éviter que les anciens comportements ne reprennent une fois les équipes parties.

La seconde étape de la tournée a conduit Daniel Bumba au Rond-point Magasin, dans la commune de Kasa-Vubu. Ici, l’accent était mis sur le renforcement des opérations de nettoyage mais également sur la discipline urbaine, un élément essentiel pour la réussite du programme d’assainissement.

La police urbaine a été instruite de maintenir une présence constante afin d’assurer :

La fluidité de la circulation

Le fonctionnement normal des opérations de salubrité

Le respect strict des instructions liées au Salongo obligatoire

Les habitants du secteur ont salué l’initiative, tout en demandant la pérennisation des actions au-delà de la période du Salongo du samedi.

Dans son intervention, le Gouverneur Daniel Bumba a rappelé que ces opérations s’inscrivent dans la dynamique impulsée par le Président de la République, Félix Tshisekedi, visant à améliorer l’image de la capitale et à renforcer la gestion urbaine. Selon lui, Kinshasa ne peut prétendre à son statut de mégapole africaine sans un engagement massif de ses citoyens.

« Nous devons redorer l’image de notre ville. Cela nécessite une implication quotidienne des Kinoises et Kinois. Un environnement propre est un droit mais aussi une responsabilité collective », a insisté le Gouverneur.

Cette vision intègre également plusieurs projets structurants déjà annoncés, notamment la réhabilitation des voiries secondaires, la modernisation de la gestion des déchets et l’installation de centres de tri pilote dans certaines communes.

Le Salongo obligatoire : un programme remis au goût du jour

Réinstauré depuis plusieurs semaines, le Salongo obligatoire impose aux habitants de participer aux travaux d’assainissement chaque samedi de 7h à 11h. Cette mesure concerne aussi bien les quartiers résidentiels que les marchés, entreprises et administrations.

Plusieurs responsables de quartiers ont indiqué que le programme connaît un taux de participation croissant, même si certains habitants restent réticents ou absents. Des campagnes de sensibilisation supplémentaires sont donc en préparation.

Pour le Gouverneur, le Salongo n’est pas seulement un devoir civique, mais aussi un levier puissant pour changer la culture urbaine et renforcer le sentiment d’appartenance collective.

Des défis persistants malgré la dynamique

Bien que les opérations s’intensifient, plusieurs défis subsistent :

L’ampleur des déchets produits chaque jour à Kinshasa, estimés à plus de 10.000 tonnes.

La faiblesse des infrastructures de gestion des déchets, notamment l’insuffisance de camions-bennes, de sites de tri et de centres d’enfouissement.

La résistance des commerçants des marchés pirates, qui se réinstallent parfois quelques jours après leur évacuation.

Le manque de poubelles publiques dans certains quartiers, poussant les habitants à jeter les déchets dans les caniveaux.

La problématique du drainage, avec des caniveaux obstrués favorisant les inondations.

Malgré cela, les autorités affirment leur détermination. Les communes ont reçu l’instruction d’établir des rapports hebdomadaires et de responsabiliser davantage les chefs de quartiers.

Tout au long de sa visite, Daniel Bumba a insisté sur la participation citoyenne comme condition essentielle pour atteindre les objectifs. Pour lui, la propreté de Kinshasa ne peut pas dépendre uniquement des équipes techniques ou des autorités.

« Chaque Kinois et chaque Kinoise doit devenir un acteur de la salubrité. Nous devons cesser de croire que la propreté est l’affaire du gouvernement seul », a martelé le Gouverneur.

Des programmes de formation communautaire et des journées de sensibilisation sont prévus dans les écoles, les églises, les associations locales et les marchés afin de promouvoir les bonnes tendances

Sur le plan logistique, la mise en œuvre du programme se heurte encore à plusieurs contraintes majeures qui limitent son efficacité sur le terrain. D’abord, le nombre de camions-bennes et d’engins lourds reste largement insuffisant par rapport au volume de déchets produits chaque jour dans la capitale, ce qui rallonge les délais d’évacuation et entraîne parfois la reconstitution rapide des dépotoirs sauvages. Ensuite, certaines communes manquent de matériel de base — pelles, râteaux, brouettes, gilets de protection — rendant les opérations dépendantes de la bonne volonté des habitants ou de quelques initiatives locales. À cela s’ajoute l’absence d’un système de tri ou de centres de traitement modernes, obligeant la ville à se contenter d’une simple collecte suivie d’un dépôt en décharge, sans valorisation ni recyclage. Enfin, le manque de personnel formé, la coordination encore limitée entre services communaux et provinciaux, et la faiblesse du financement dédié compliquent la régularité et la pérennité du programme.

Au-delà de l’assainissement, cette démarche s’inscrit dans une ambition plus large : bâtir une capitale attractive, moderne et conforme aux standards internationaux. Le gouvernement provincial annonce notamment :

La requalification de plusieurs axes routiers

L’extension du système de collecte des déchets

La digitalisation progressive du suivi des opérations

La création de zones commerciales mieux organisées

La tournée du Gouverneur Bumba de ce 6 décembre marque ainsi un tournant : celui d’un engagement visible, coordonné et déterminé en faveur de la transformation de Kinshasa.

Au-delà de l’opérationnalisation hebdomadaire du Salongo, la réussite durable de cette dynamique dépendra de la capacité collective des autorités et des citoyens à changer profondément leur rapport à la ville. Kinshasa ne pourra devenir une capitale moderne et compétitive que si chaque habitant adopte une discipline nouvelle dans la gestion des déchets, le respect des espaces publics et la participation communautaire. Les efforts engagés par le gouvernement provincial marquent un premier tournant, mais ils doivent s’accompagner d’investissements structurants, de politiques éducatives sur l’hygiène publique et d’une vigilance accrue contre le retour des pratiques anarchiques. L’avenir de Kinshasa se construira donc dans la continuité : une ville plus propre, plus organisée et plus vivable n’est pas seulement un objectif politique, mais une responsabilité partagée qui engage les générations présentes et futures.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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