
Dans une allocution solennelle devant la représentation nationale ce lundi 08 décembre 2025 , le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a livré un discours dense et chargé d’enjeux, retraçant aussi bien les progrès socio-économiques réalisés durant son mandat que les menaces sécuritaires persistantes qui continuent de fragiliser la République démocratique du Congo. Cette adresse, qualifiée par lui-même de « rendez-vous de redevabilité, vérité et d’espérance », a posé les bases d’une nouvelle séquence politique marquée à la fois par l’ambition réformatrice et par l’urgence sécuritaire.
Dès les premières minutes de son discours, le Chef de l’État a tenu à rappeler certains acquis souvent oubliés, mais essentiels pour améliorer les conditions de vie des Congolais. Félix Tshisekedi a ainsi révélé une statistique forte : « En 2019, seuls 9 % de la population avaient accès à l’électricité. En 2025, ce taux s’établit à 21,5 %. C’est la progression la plus rapide de l’histoire de la RDC. »
Cette avancée, qui correspond à une amélioration de plus de 12 points en six ans, apparaît comme l’un des résultats les plus tangibles des politiques publiques menées dans le secteur énergétique. Elle est également un indicateur de développement qui contraste fortement avec la lourdeur des défis dans d’autres domaines. Le Chef de l’État s’est félicité de ce bond historique, tout en indiquant que beaucoup reste à faire pour atteindre un accès universel.
La partie la plus attendue du discours portait sans surprise sur la guerre à l’Est. Une guerre qui, selon Félix Tshisekedi, est loin d’être un simple conflit de groupes armés isolés, mais une agression directe impliquant un pays voisin.
Le Président a dénoncé sans détour le rôle du Rwanda dans les hostilités : « Au lendemain même de la signature, des unités des Forces de défense du Rwanda ont conduit et appuyé des attaques à l’arme lourde tirées depuis la ville rwandaise de Bugarama, provoquant de lourds dégâts humains et matériels. » Cette accusation, formulée devant la représentation nationale, vient confirmer la ligne ferme adoptée par Kinshasa face à Kigali depuis plusieurs mois.
Il a également détaillé la montée en puissance des rebelles : « La coalition AFC/M23, bénéficiant du soutien direct de l’armée rwandaise, a déclenché une nouvelle offensive d’envergure, s’emparant notamment de Goma et de Bukavu, et étendant son emprise de terreur sur de vastes portions des provinces du Nord et du Sud-Kivu. »
Ces propos brossent un tableau sombre, marqué par une dégradation sans précédent de la situation sécuritaire dans deux des provinces les plus stratégiques du pays. Le Chef de l’État affirme cependant que cette guerre n’est pas un conflit communautaire, mais bien une « guerre par procuration dans une région stratégique riche en minerais », rejetant ainsi l’idée d’une simple lutte ethnique.
Outre le M23/AFC, Félix Tshisekedi a reconnu que d’autres groupes continuent de « semer la mort et la désolation, notamment en Ituri ». L’activisme des milices dans cette province, théâtre de massacres réguliers, continue de miner les efforts gouvernementaux. Pour le Président, tant qu’« un seul village, territoire, ville restera dans l’insécurité », le combat ne pourra être considéré comme achevé. Cette formule, ferme et déterminée, vise à rassurer une population souvent livrée à elle-même face aux violences récurrentes.
À Kinshasa, le phénomène des Kuluna est également devenu une priorité nationale. Le Chef de l’État en a parlé sans détour : « Face à la menace des Kuluna qui pillent, agressent, violent et parfois tuent, l’État n’a été ni immobile ni spectateur. » Il a insisté sur le fait que ces bandes criminelles, autrefois perçues comme un phénomène urbain limité, représentent désormais un défi sécuritaire majeur, menaçant quotidiennement la quiétude des citoyens.
Le Président a même rappelé la gravité de la situation dans la capitale : « À Kinshasa, les kulunas sèment le chaos : ils volent, extorquent, blessent, tuent parfois. » Ce constat amer montre que l’insécurité n’est pas uniquement cantonnée à l’Est et que des efforts structurels sont indispensables pour restaurer l’ordre public dans les grandes villes.
Au chapitre de la diplomatie et des partenariats internationaux, Félix Tshisekedi a tenu à clarifier plusieurs points susceptibles de susciter des préoccupations ou des polémiques. Il a rappelé que la RDC avait conclu « un accord de minerais avec les États-Unis et un mémorandum de sécurité ». Ce partenariat stratégique, souvent au centre des débats politiques, vise selon lui à renforcer la coopération dans un cadre de transparence et de respect de l’intégrité du territoire national.
« Permettez-moi d’être parfaitement clair, ces accords ne consacrent aucune forme de partage de notre souveraineté », a martelé le Chef de l’État. Cette précision était nécessaire tant les accords internationaux, surtout lorsqu’ils concernent les minerais, ont parfois été interprétés comme une ouverture à l’ingérence étrangère.
Dans un moment empreint d’émotion, Félix Tshisekedi a salué les Forces armées de la République démocratique du Congo ainsi que les groupes de résistance patriotique appelés Wazalendo. « Je salue le courage de nos forces de sécurités et les patriotes Wazalendo, la République leur est redevable », a-t-il déclaré, avant d’inviter le Parlement à observer une minute de silence en mémoire de ceux qui ont perdu la vie dans ce combat.
Cet hommage visait autant à reconnaître la bravoure des soldats qu’à renforcer la cohésion nationale face aux menaces externes.
Dans un passage particulièrement fort de son discours, le Président Tshisekedi a rappelé que la République démocratique du Congo n’est pas seulement un pays frappé par les conflits ou dépendant de l’aide internationale, mais un véritable pays-solution pour le climat. Il a dénoncé ce qu’il qualifie « d’injustice climatique », soulignant que les nations qui polluent le moins, dont la RDC, sont paradoxalement celles qui subissent le plus les impacts du changement climatique et reçoivent le moins de compensations.
Pour le Chef de l’État, cette situation ne peut plus durer. Il exige désormais une justice climatique réelle, fondée sur un financement conséquent des actions de préservation menées par les pays du Bassin du Congo.
Le gouvernement a, selon lui, renforcé son cadre juridique environnemental, lancé un centre régional d’excellence pour les marchés carbone, ainsi qu’une task force nationale dédiée à l’économie circulaire. Ces instruments doivent permettre à la RDC de s’affirmer comme un acteur mondial incontournable dans les solutions climatiques.
L’annonce majeure reste toutefois la création du couloir vert Kivu–Kinshasa, présentée comme « la plus grande aire protégée communautaire du monde », couvrant 540 000 km². Ce projet ambitieux poursuit trois objectifs : protéger les forêts primaires, créer 500 000 emplois verts et stabiliser l’Est du pays en offrant des alternatives économiques concrètes aux communautés locales.
Ce dispositif environnemental intègre plusieurs volets structurants : développement de l’énergie propre, filières de biodiesel, transport intégré, projet Fly Congo River annoncé comme opérationnel dès 2026, brigades routières écologiques, zones agro-industrielles et un mécanisme de microfinance spécialement dédié aux initiatives vertes. La gestion des déchets est désormais pensée comme un axe « industriel, social et environnemental », et non plus comme une simple opération de propreté urbaine.
Le Président Tshisekedi a également lancé une alerte nationale sur la situation de Kinshasa, dénonçant les « embouteillages monstres » qui paralysent la capitale. Selon lui, ce problème dépasse désormais le cadre urbain traditionnel : il s’agit d’un défi national de gouvernance, dont les répercussions sont lourdes pour l’économie et le quotidien des familles.

Les bouchons permanents « épuisent les ménages, augmentent le coût de la vie et détériorent l’image de la capitale ». Le Chef de l’État appelle ainsi à des mesures urgentes, coordonnées et courageuses.
Il a également évoqué un autre fléau : celui de l’insalubrité chronique. Il cite notamment :
- les caniveaux bouchés,
- la mauvaise gestion des déchets,
- la prolifération des quartiers surpeuplés,
- les risques sanitaires croissants.
Pour le Président, l’assainissement de Kinshasa n’est plus un simple chantier technique : c’est une priorité stratégique qui conditionne la santé, l’économie, la mobilité et l’attractivité de la capitale congolaise.
En conclusion, le Chef de l’État a rappelé le sens profond de cette adresse : « Cette adresse à la nation est un rendez-vous de redevabilité, vérité et d’espérance. » Ce message, dense et nuancé, était à la fois un bilan, une mise en garde et un appel à la mobilisation générale. Il reflète les ambitions du gouvernement, les défis immenses du pays et la volonté affichée d’aller vers une RDC plus stable, plus forte et plus prospère.
Le discours du Président Tshisekedi restera sans doute comme l’un des plus marquants de ces dernières années, tant il combine gravité, fermeté et volonté de transparence. Une prise de parole qui intervient dans un moment critique, alors que la RDC fait face simultanément à une guerre d’agression, une insécurité urbaine grandissante et des enjeux économiques stratégiques.
Esaïe Vumi objectif DK TV