RDC — Uvira sous tension : accalmie fragile après une nuit de confusion et d’avancée rebelle l’accord de Washington mises à nu

Uvira s’est réveillée dans un calme précaire ce mercredi 10 décès 2025 dans la matinée. Dans les rues, quelques habitants tentent de reprendre leurs activités, tandis qu’aucune présence visible des rebelles de l’AFC/M23 n’est signalée dans le centre-ville, selon plusieurs témoignages recueillis sur place. Mais derrière cette accalmie de façade, la situation demeure confuse, volatile et profondément inquiétante dans cette cité stratégique du Sud-Kivu, que la rébellion soutenue par le Rwanda, selon Kinshasa et une partie de la communauté internationale, tente d’atteindre depuis plusieurs jours.

Mardi soir, au terme d’une avancée rapide, des combattants du M23 soutenus dans l’est de la RDC par 6 000 à 7 000 soldats rwandais selon des experts de l’ONU, sont entrés par le nord de l’agglomération d’Uvira, selon des sources sécuritaires et militaires.

Les États-Unis et plusieurs pays européens ont exhorté mardi dans un communiqué commun le M23 et Kigali à cesser « immédiatement » leur offensive en cours.
Selon  le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya Katembwe , l’objectif du Rwanda est non seulement les territoires congolais mais aussi le Burundi. Pour Kinshasa, cette posture contrarie toutes les déclarations qui ont été faites devant l’émissaire américain à Washington le 4 décembre dernier.

D’après le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya Katembwe , l’objectif du Rwanda est non seulement les territoires congolais mais aussi le Burundi. Pour Kinshasa, cette posture contrarie toutes les déclarations qui ont été faites devant l’émissaire américain à Washington le 4 décembre dernier.

La veille au soir, de multiples sources locales confirmaient l’entrée de combattants de l’AFC/M23 dans plusieurs quartiers d’Uvira, après une journée marquée par la fuite de responsables civils et de militaires. Déjà positionnée à Kiliba, une quinzaine de kilomètres plus au nord, la rébellion a franchi un nouveau seuil, rappelant avec brutalité le scénario de la chute de Goma et Bukavu au début de l’année : une progression éclair de la rébellion face à une armée congolaise en repli constant.

Face à cette dynamique défavorable, les FARDC affirment pourtant, dans un communiqué publié ce mercredi matin, maintenir « le contrôle de la ville d’Uvira » et appellent la population à « ignorer les rumeurs » circulant sur les réseaux sociaux. Le gouverneur du Sud-Kivu, lui aussi, a tenu à démentir les informations faisant état d’une occupation totale de la ville par les rebelles.

Cette bataille de communication reflète à elle seule l’ampleur de la confusion qui règne depuis 48 heures dans cette agglomération de plus de 600 000 habitants, située sur les rives du lac Tanganyika.

Une ville encerclée et une frontière stratégique tombée

D’après plusieurs témoins, les premiers combattants de l’AFC/M23 ont pénétré dans la ville dès le petit matin du mardi 9 décembre. Très rapidement, Uvira aurait été ceinturée, permettant aux rebelles d’étendre leur contrôle jusqu’à la frontière avec le Burundi, un axe hautement stratégique susceptible de servir de couloir d’approvisionnement aux FARDC.

Des témoignages provenant de Bujumbura indiquent que des renforts militaires en provenance de la RDC, arrivés la veille au Burundi, ont finalement fait demi-tour sans engager de combat. « Ils sont de retour à Lubumbashi », explique un témoin. « Direction le camp Kimbembe, où ils ont reçu leur formation. Des soldats burundais sont aussi formés dans ce camp depuis un certain temps. »

Cette situation interroge sur la coordination régionale et la capacité de Kinshasa à sécuriser une zone où se jouent pourtant des enjeux militaires et géopolitiques considérables.

Depuis plus d’une décennie, Uvira occupe une place stratégique dans les conflits de l’Est de la RDC. Située sur le corridor qui relie le Sud-Kivu au Burundi et à la Tanzanie, la ville a souvent servi de point de transit militaire et économique, ce qui en fait une cible récurrente pour les groupes armés. Le M23, rébellion née en 2012 et déjà responsable de la chute de Goma la même année, a repris ses offensives depuis 2022, aggravant les tensions entre Kinshasa et Kigali. Les récents épisodes — la prise de Goma puis celle de Bukavu en début d’année — ont confirmé la montée en puissance de l’AFC/M23, qui avance désormais rapidement dans plusieurs territoires du Kivu face à une armée congolaise affaiblie. La situation actuelle à Uvira s’inscrit donc dans un cycle long d’instabilité, où enjeux militaires, intérêts économiques régionaux et rivalités politiques s’entremêlent.

Une crise humanitaire en gestation

Comme lors de la prise de Bukavu en février dernier, de nombreux civils ont fui en direction du Burundi, redoutant les violences ou les représailles liées à l’entrée des rebelles dans la ville. Des familles entières ont passé la nuit dans des quartiers périphériques ou se sont réfugiées chez des voisins.

Un médecin installé à Uvira, qui a choisi de rester chez lui malgré la peur, espère que « l’absence de combats directs dans la ville encouragera les populations à rentrer rapidement ». Mais la situation reste fragile : tout affrontement majeur pourrait entraîner un déplacement massif de population vers la frontière burundaise déjà sous pression.

Bruno Lemarquis, Coordonnateur humanitaire des Nations unies en RDC, s’est dit « profondément préoccupé » par l’intensification des combats dans l’ensemble du Sud-Kivu et a appelé à la « protection immédiate » des civils exposés à des risques croissants, notamment dans les zones densément peuplées.

De son côté, la MONUSCO suit de près l’évolution de la situation autour d’Uvira. La mission onusienne, dont les effectifs ont été progressivement réduits ces derniers mois, affirme rester en contact permanent avec les autorités provinciales et les organisations humanitaires. Bien qu’elle ne soit pas intervenue directement dans les zones d’affrontements, la MONUSCO dit avoir renforcé ses mécanismes de surveillance et de vérification, tout en appelant au respect strict du droit international humanitaire. Elle exhorte toutes les parties à garantir l’accès des secours aux populations affectées et à éviter toute escalade qui pourrait aggraver une situation déjà extrêmement volatile.

Des militaires incontrôlés sèment la panique

Alors que les autorités congolaises assuraient ce mercredi encore que les FARDC contrôlent la ville, des informations contradictoires continuent d’émerger. Serge Kigwati, acteur de la société civile à Uvira, a déclaré que des « militaires incontrôlés » avaient semé le chaos dès leur arrivée.

« Il y a des crépitements de balles presque partout », rapporte-t-il. « On ne comprend pas pourquoi, puisque ce sont les FARDC qui sont censées contrôler la ville. Un bateau qui voulait quitter Uvira pour Kalemie a été interdit de départ, et c’est là que les tirs ont commencé. »

Ces incidents alimentent une inquiétude croissante : dans une ville déjà sous pression, des comportements indisciplinés au sein des forces régulières risquent de créer un climat propice au pillage, aux abus et aux tensions communautaires.

Un accord de paix déjà fragilisé à Washington

L’avancée de l’AFC/M23 intervient seulement cinq jours après la signature en grande pompe d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington. Pour de nombreux analystes, la chute d’Uvira n’est pas une surprise. L’accord présente deux faiblesses majeures.

  1. Le M23 n’est pas partie prenante de l’accord

C’est là l’incohérence la plus pointée : l’accord a été signé avec Kigali, mais pas avec ceux qui mènent effectivement la guerre sur le terrain. Les négociations de Doha avec le M23 n’ont toujours pas abouti, et plusieurs dispositions essentielles — notamment la neutralisation des FDLR et le retrait des troupes rwandaises — restent en suspens.

Une paix négociée sans le principal belligérant apparaît dès lors comme une paix illusoire.

  1. Un accord non contraignant

Le second point faible est l’absence de mécanisme de sanction. « Que se passe-t-il si l’une des parties viole l’accord ? », s’interrogent des observateurs. Félix Tshisekedi a d’ailleurs affirmé devant le Parlement que le Rwanda violait déjà les termes de l’accord.

Seul Donald Trump, maître de cérémonie historique de ces discussions, pourrait avoir le poids nécessaire pour contraindre les signataires à respecter leurs engagements. Mais l’ancien président américain avait promis de ne jamais déployer de troupes à l’étranger pour « jouer au gendarme ». Beaucoup estiment qu’il privilégie actuellement les enjeux économiques (« business first ») au détriment d’un engagement plus ferme en faveur de la paix en Afrique centrale.

Kinshasa promet de redéployer ses hommes

Du côté de Kinshasa, on explique que les militaires rapatriés de Bujumbura vers Lubumbashi seront « très rapidement redéployés à Kalemie », un autre point stratégique du Tanganyika susceptible d’être visé par la rébellion dans les prochains jours.

Mais pour les habitants d’Uvira, ces annonces tardives rassurent peu : ce qu’ils demandent, ce sont des garanties de sécurité immédiates et un leadership clair pour éviter que la ville ne sombre dans un chaos durable.

Conclusion : une accalmie trompeuse dans une ville au bord du basculement

Uvira vit une accalmie fragile, peut-être temporaire. Si les FARDC affirment contrôler la situation, les témoignages contradictoires, les tirs sporadiques, les mouvements incontrôlés de soldats et l’avancée documentée de l’AFC/M23 laissent planer un climat de tension extrême.

La prise d’Uvira, si elle se confirme dans les prochaines heures, serait un tournant majeur dans la crise sécuritaire de l’Est. Elle révélerait non seulement les limites de l’accord de Washington, mais aussi les failles structurelles de la réponse militaire congolaise.

Dans ce contexte explosif, la population d’Uvira, entre inquiétude et fatigue, espère retrouver une stabilité que les événements de ces derniers mois ne cessent de repousser. La question cruciale demeure : la communauté internationale, et notamment les États-Unis, sont-ils prêts à assumer pleinement leur rôle dans une crise qu’ils prétendent vouloir résoudre ?

Le destin d’Uvira — et peut-être de tout le Sud-Kivu — pourrait dépendre des réponses apportées dans les prochains jours.

La chute partielle d’Uvira, réelle ou supposée, révèle une fois de plus la fragilité extrême du paysage sécuritaire dans l’Est de la RDC. Entre rumeurs, déclarations contradictoires et avancées rebelles difficilement vérifiables, une constante demeure : ce sont les populations civiles qui paient le prix le plus lourd de cette guerre sans fin. Les promesses de paix signées à Washington ne suffisent plus à rassurer des habitants qui, chaque jour, vivent au rythme des coups de feu, des déplacements forcés et de l’effondrement progressif des institutions locales.

Les jours à venir seront déterminants. La capacité du gouvernement congolais à reprendre l’initiative militaire et diplomatique sera scrutée de près, tout comme l’engagement réel des partenaires internationaux à faire respecter les accords qu’ils ont parrainés. Si Kinshasa, Kigali et Washington n’assument pas pleinement leurs responsabilités, Uvira pourrait devenir le symbole d’un énième processus de paix avorté, laissant la porte ouverte à une expansion encore plus préoccupante des violences.

Pour les habitants d’Uvira, l’espoir tient désormais à la rapidité des décisions politiques, à la cohésion des forces armées et à la volonté collective d’éviter un nouveau drame humanitaire. Car au-delà des stratégies et des batailles diplomatiques, c’est la survie d’une ville et la dignité de centaines de milliers de citoyens qui se jouent dans les heures et les jours qui viennent.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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