
Une vaste opération de bouclage mixte menée conjointement par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et la Police nationale congolaise (PNC) a conduit à l’interpellation de plus de trois cents personnes, tôt dans la matinée du mercredi 10 décembre 2025 à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga. Cette opération, présentée comme l’une des plus importantes de ces derniers mois, s’inscrit dans la lutte contre la criminalité urbaine qui ne cesse de préoccuper les autorités provinciales et nationales.
Au cours des derniers mois, la ville de Lubumbashi a connu une recrudescence marquée des actes de criminalité urbaine, allant des braquages nocturnes aux agressions à l’arme blanche orchestrées par des groupes de délinquants communément appelés kuluna. Plusieurs quartiers populaires ont été particulièrement touchés, poussant les habitants à multiplier des plaintes auprès des autorités provinciales. Face à cette montée persistante de l’insécurité et à l’inquiétude croissante de la population, les services de sécurité ont renforcé leurs dispositifs de surveillance et préparé des actions de grande envergure pour rétablir l’ordre public. C’est dans ce contexte tendu que l’opération de bouclage mixte FARDC–Police a été organisée ce mercredi 10 décembre, avec pour objectif de neutraliser les foyers de criminalité les plus actifs de la capitale du Haut-Katanga.
Selon les sources policières, les personnes interpellées sont majoritairement des présumés criminels, soupçonnés d’implication dans des actes de banditisme, de vols à main armée, de viols, de trafic illicite de stupéfiants, ainsi que de divers délits qui minent la quiétude des quartiers populaires. Après leur arrestation, toutes ont été conduites et présentées au gouverneur intérimaire de la province du Haut-Katanga, en présence de plusieurs responsables de la sécurité.
Ce bouclage ciblé, dénommé « Ndobo », s’est déroulé dans plusieurs quartiers de Lubumbashi, notamment Kabetsha dans la commune Kampemba, Kamisepe et Kasapa dans la commune Lubumbashi, ainsi que d’autres de la commune Kamalondo. Il y a aussi le quartier périphérique, dénommé « Potager », sur la route Lubumbashi–Kipushi dans la commune Annexe.

Parmi ces hommes et femmes interpellés, il y a ceux qui sont accusés notamment de détenir illégalement des armes blanches et à feu, de vente de chanvre, d’alcools prohibés et d’entretenir des « staffs », donc des lieux où se rencontrent souvent des délinquants et autres criminels.
Selon les autorités sécuritaires, l’opération a débuté aux premières heures de la matinée, aux alentours de 4 heures, afin de surprendre les présumés délinquants dans leurs retranchements. Elle a mobilisé plusieurs unités mixtes composées d’éléments de la Police nationale congolaise, des FARDC ainsi que des agents du renseignement. Les équipes ont été réparties sur plusieurs axes stratégiques de la ville, notamment dans les communes de Kenya, Katuba, Ruashi, Kampemba et dans certains quartiers périphériques identifiés comme zones rouges. Le dispositif a combiné des patrouilles motorisées, des interventions à pied, des perquisitions ciblées ainsi que des contrôles d’identité systématiques. L’ensemble de ces actions a été coordonné depuis un poste de commandement mobile installé pour l’occasion, permettant un suivi en temps réel des opérations et une réaction rapide aux mouvements suspects signalés dans la ville.
Une opération planifiée de longue date
D’après des responsables sécuritaires, l’opération était minutieusement préparée depuis plusieurs semaines. Elle a mobilisé des unités spéciales de la PNC, des éléments des FARDC, mais aussi des agents de renseignement œuvrant dans la lutte contre la criminalité organisée.
Les zones ciblées sont connues pour être des foyers d’activités criminelles : quartiers périphériques, points de concentration des kuluna (bandits urbains), lieux identifiés comme repaires de trafiquants de drogues, et certains axes routiers où les cas de braquages sont fréquents.
Les forces conjointes ont quadrillé plusieurs communes, notamment Kampemba, Kenya, Ruashi, Katuba et certaines parties du centre-ville. « L’objectif était de frapper fort et de manière simultanée pour empêcher les suspects de se déplacer ou de se cacher », explique un officier de police ayant requis l’anonymat.
Le profil des personnes interpellées
Parmi les plus de trois cents individus arrêtés, on retrouve :
Des présumés bandits armés, impliqués dans des attaques nocturnes.
Des kuluna, souvent armés de machettes, qui sèment la terreur dans plusieurs quartiers.
Des récidivistes recherchés pour divers crimes et délits.
Des consommateurs et vendeurs de drogues, notamment du chanvre et des comprimés de type « bombé ».
Des étrangers en situation irrégulière dont l’identification n’a pas été faite.
Des jeunes sans identité claire, interpellés dans des lieux réputés dangereux.
La police précise toutefois qu’il ne s’agit pas uniquement d’individus coupables, mais de personnes présumées, arrêtées à la suite de renseignements ou trouvées dans des zones ciblées au moment du bouclage. « Ce n’est qu’après vérification que certains seront relâchés, tandis que les vrais criminels seront déférés devant la justice », a déclaré le commissaire de la police, tout en appelant la population au calme.
En fin de matinée, les personnes appréhendées ont été rassemblées dans une enceinte sécurisée, avant d’être présentées au gouverneur intérimaire du Haut-Katanga. Ce dernier a salué l’opération et félicité les services de sécurité pour leur « professionnalisme et leur sens du devoir ».
« La population réclame la sécurité. Nous devons répondre à cette demande de manière ferme. Lubumbashi doit rester une ville sûre où les citoyens peuvent circuler librement, travailler en paix et vivre sans peur », a déclaré le gouverneur.
Il a également rappelé que la province fait face depuis plusieurs mois à une recrudescence de la criminalité, alimentée par le chômage, la pauvreté, mais aussi l’arrivée de délinquants venant d’autres régions. La lutte contre le banditisme urbain figure désormais au premier rang des priorités gouvernementales locales.
Dans plusieurs quartiers de Lubumbashi, cette opération a été accueillie avec un mélange de satisfaction et d’inquiétude.
Pour certains habitants, elle représente une réponse concrète aux problèmes d’insécurité qui rythment leur quotidien. « On ne pouvait plus dormir ! Chaque nuit on entendait des cris, des attaques. Si l’État a enfin décidé d’agir, nous ne pouvons qu’applaudir », confie un habitant de Katuba.
D’autres, en revanche, craignent les arrestations arbitraires. Certains estiment que des innocents pourraient être arrêtés simplement parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Des organisations locales de défense des droits humains ont appelé les autorités à veiller au respect des procédures légales et à garantir le droit de défense des personnes interpellées.
Cette opération s’inscrit dans un contexte national où les autorités congolaises multiplient les actions pour rétablir l’ordre et renforcer la sécurité dans les centres urbains. Les grandes villes comme Kinshasa, Goma, Kisangani et Lubumbashi sont régulièrement confrontées à des phénomènes de délinquance juvénile, de banditisme et de criminalité organisée.
Le gouvernement central encourage depuis plusieurs mois les provinces à adopter des mesures de sécurité renforcées, incluant :
des patrouilles mixtes ;
des opérations de bouclage nocturnes ;
des campagnes de désarmement civique ;
des programmes de réinsertion pour les jeunes délinquants.
À Lubumbashi, cette opération de grande envergure pourrait marquer un tournant dans la stratégie sécuritaire de la province.
La police a annoncé que toutes les personnes arrêtées passeront par une phase d’identification, suivie d’interrogatoires individuels.
Les innocents ou les personnes simplement dépourvues de pièces d’identité seront relâchés après vérification. Les récidivistes et les individus impliqués dans des crimes graves devraient être transférés devant les instances judiciaires.
Les autorités ont aussi indiqué que d’autres opérations du même type sont en préparation, dans le but de « nettoyer » progressivement la ville.
Les autorités provinciales ont annoncé que cette opération ne constitue qu’une première étape d’un programme sécuritaire plus vaste visant à stabiliser durablement la ville de Lubumbashi. Dans les jours et semaines à venir, d’autres actions similaires seront menées dans les quartiers considérés comme les plus sensibles, afin d’empêcher la reconstitution des réseaux criminels. La police prévoit également de renforcer les patrouilles nocturnes et d’améliorer la collaboration entre les unités de renseignement et les forces déployées sur le terrain. Par ailleurs, un cadre de concertation est en préparation avec les partenaires sociaux pour mettre en place des programmes de sensibilisation et de réinsertion destinés aux jeunes en situation de délinquance, dans l’objectif de traiter les causes profondes de la criminalité urbaine. Ces mesures s’inscrivent dans la volonté des autorités de restaurer un climat de confiance entre la population et les services de sécurité, tout en posant les bases d’une politique de prévention à long terme.
Depuis le début de l’année, Lubumbashi fait face à une montée persistante de la criminalité urbaine, avec une diversification des modes opératoires utilisés par les délinquants. Les cas de braquages nocturnes, d’agressions violentes à l’arme blanche, de vols à main armée et de cambriolages se sont multipliés dans plusieurs communes, notamment à Katuba, Kenya, Ruashi et Kampemba. Les kuluna, souvent composés de jeunes armés de machettes ou d’objets tranchants, continuent de semer la terreur dans certains quartiers populaires, ciblant aussi bien les résidences privées que les commerces locaux. Par ailleurs, la circulation de substances illicites, telles que le chanvre et les comprimés hallucinogènes communément appelés « bombé », alimente la délinquance et fragilise la cohésion sociale.
Les rapports de la police provinciale indiquent une tendance haussière des infractions signalées durant les six derniers mois, en particulier durant les heures tardives. Cette situation est exacerbée par des facteurs structurels tels que le chômage, la pauvreté croissante et le manque d’éclairage public dans plusieurs zones périphériques, qui favorisent l’implantation de groupes criminels. Les autorités locales reconnaissent également l’arrivée de délinquants provenant d’autres régions, ce qui complique davantage la gestion sécuritaire. Face à cette dynamique inquiétante, la province du Haut-Katanga se trouve dans l’obligation de renforcer ses dispositifs de surveillance, d’améliorer la rapidité d’intervention et d’intensifier les actions préventives pour répondre efficacement aux défis sécuritaires actuels.
L’interpellation de plus de trois cents personnes lors de cette opération de bouclage mixte FARDC–Police, le 10 décembre 2025, témoigne de la volonté du gouvernement provincial de restaurer un climat de sécurité à Lubumbashi.
Si l’initiative est saluée par une partie de la population, elle doit néanmoins s’accompagner de garanties en matière de respect des droits humains. Les jours à venir permettront de déterminer si l’opération a réellement permis d’affaiblir les réseaux criminels qui opèrent dans la capitale du Haut-Katanga.
Esaïe Vumi objectif DK TV