
Face à la polémique née des propos du général-major Sylvain Ekenge, le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a exprimé, lors du Conseil des ministres du vendredi 2 janvier 2026, sa condamnation ferme et sans détour de cette dérive de langage qu’il juge incompatible avec les valeurs républicaines et la cohésion nationale. Cette réaction intervient dans un contexte politique et sécuritaire déjà particulièrement tendu pour la République démocratique du Congo (RDC), marqué par les défis persistants dans l’est du pays, la complexité des relations intercommunautaires, ainsi que des enjeux diplomatiques régionaux et internationaux.
Le général-major Sylvain Ekenge, jusque-là porte-parole officiel des Forces armées de la RDC (FARDC), a suscité une vive controverse à la fin du mois de décembre 2025. Lors d’une intervention diffusée sur la chaîne nationale RTNC, il avait tenu des déclarations jugées stigmatisantes à l’égard des femmes de la communauté tutsi, évoquant une prétendue stratégie d’infiltration fondée sur des liens familiaux ou matrimoniaux entre certaines communautés.
Ces propos ont été largement perçus comme discriminatoires et alimentant des tensions intercommunautaires au moment où la nation fait face à des défis sécuritaires majeurs dans l’est, notamment avec les activités du mouvement rebelle M23 et les relations diplomatiques complexes avec le Rwanda voisin.
La réaction ne s’est pas faite attendre : l’état-major général des FARDC a rapidement suspendu le général Ekenge de ses fonctions, en jugeant que ces déclarations étaient incompatibles avec la mission constitutionnelle de l’armée et les valeurs républicaines. Par ailleurs, le directeur par intérim des informations de la RTNC a également été suspendu pour avoir laissé diffuser ces propos sans les contextualiser ni les modérer.
La réaction du chef de l’État : une condamnation à la hauteur de l’enjeu
S’exprimant devant ses ministres le 2 janvier 2026, Félix Tshisekedi a fermement désapprouvé ces déclarations, les qualifiant de dérive grave. Il a rappelé que « la parole publique engage l’État dans ce qu’il a de plus essentiel : sa crédibilité, son autorité morale, sa capacité à rassembler la nation et à préserver durablement la cohésion nationale ».
Pour le Président, ces propos ne reflètent ni les valeurs républicaines, ni l’éthique de responsabilité, ni la hauteur de vue attendue d’une prise de parole officielle, surtout lorsqu’elle émane d’une institution aussi sensible que l’armée nationale. Il a souligné que, dans un contexte sociopolitique sensible, la parole de l’État doit être mesurée, réfléchie et strictement alignée sur l’intérêt supérieur de la nation.
Tshisekedi a également insisté sur le risque de fragilisation de la cohésion nationale et sociale que représentent de tels propos, rappelant qu’ils peuvent alimenter des tensions inutiles et nuire à l’image et à la crédibilité de l’État, tant sur le plan interne qu’international. Il a confirmé son approbation des mesures disciplinaires prises à l’encontre du général Ekenge.
Au-delà de la critique : une stratégie de communication publique coordonnée
Outre la condamnation des propos tenus, le chef de l’État a profité de l’occasion pour ordonner la mise en place d’une stratégie de communication publique coordonnée. Cette initiative vise à éviter toute future dérive de langage, à garantir la cohérence des messages officiels des institutions publiques, et à préserver l’unité du pays face aux défis sécuritaires, sociaux et politiques.
Cette démarche s’inscrit dans une volonté de renforcer la discipline au sein de l’administration publique et des institutions de l’État, y compris les forces armées, en harmonisant leur manière de communiquer. Le Président a clairement indiqué que la parole officielle ne doit jamais être improvisée, émotionnelle ou approximative, mais portée avec retenue, responsabilité et clarté d’objectif, en particulier sur des sujets sensibles et complexes.
Réactions nationales et internationales : un débat plus large sur la cohésion
Les déclarations d’Ekenge ont suscité des réactions au-delà du discours présidentiel. Dans la société civile congolaise, plusieurs responsables politiques et mouvements citoyens ont dénoncé ces propos, y voyant une forme de discours de haine pouvant fragiliser encore davantage un tissu social déjà mis à l’épreuve par les conflits dans l’est du pays.
À l’international, la situation a également attiré l’attention. Les autorités rwandaises ont exprimé leurs préoccupations, signalant qu’un discours stigmatisant de ce type pouvait aggraver les tensions régionales et entraver la recherche de solutions pacifiques et diplomatiques face aux défis frontaliers et sécuritaires entre Kinshasa et Kigali.
De son côté, des organisations de défense des droits humains ont appelé à un cadre juridique et institutionnel renforcé pour prévenir de telles dérives, tout en soulignant l’importance de protéger la liberté d’expression sans pour autant tolérer les discours discriminatoires ou incitant à la haine.
Signification politique et implications pour la RDC
La réaction du Président Tshisekedi s’inscrit dans une logique de préservation de l’État de droit et de cohésion nationale, à un moment où la RDC traverse une période particulièrement délicate sur les plans sécuritaire, social et diplomatique. Elle renvoie à une double exigence : affirmer l’autorité de l’État et rappeler à tous les responsables publics — civils comme militaires — la nécessité d’une communication responsable.
Dans un pays aussi vaste et divers que la RDC, où les divisions communautaires ont souvent été exploitées au détriment de la paix et de l’unité nationales, la maîtrise du discours public revêt une importance stratégique. L’incident autour des propos du général Ekenge sert de rappel sévère que la responsabilité du leadership ne se limite pas à l’action sur le terrain, mais inclut également le choix des mots.
Ainsi, l’affaire a mis en lumière plusieurs enjeux cruciaux pour la RDC en ce début d’année 2026 : la nécessité d’une communication publique coordonnée, le rôle des autorités dans la gestion de crises de langage, et l’impact potentiel des déclarations publiques sur la cohésion sociale et les relations internationales.
Le message du chef de l’État est clair : la parole publique est un instrument puissant qui engage l’État, et ne peut être laissée au hasard ou à l’émotion. Elle doit refléter, en toutes circonstances, les valeurs républicaines, l’intérêt supérieur de la nation et le respect de toutes les composantes de la société congolaise.
Esaïe Vumi objectif DK TV