RDC : plus de 200 millions USD promis pour le financement du deuxième recensement général de la population

Quarante-deux ans après l’organisation du tout premier recensement scientifique en 1984, la République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape décisive dans la maîtrise de ses données démographiques. Ce lundi 23 mars 2026, à Kinshasa, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a procédé à l’ouverture officielle d’une table ronde des bailleurs de fonds consacrée au financement du deuxième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH-2).

Cette rencontre stratégique, organisée en présence des partenaires techniques et financiers ainsi que des institutions sectorielles nationales, marque un tournant majeur dans les efforts du gouvernement congolais visant à doter le pays de statistiques fiables, actualisées et exploitables pour la planification du développement.

Une urgence nationale face à une croissance démographique fulgurante

Depuis 1984, date du dernier recensement scientifique, la population congolaise a connu une croissance spectaculaire. Estimée à environ 30 millions d’habitants à l’époque, elle avoisinerait aujourd’hui les 112,8 millions. Cette explosion démographique, bien que porteuse d’opportunités économiques et sociales, pose également d’énormes défis en matière de gouvernance, de planification et de répartition des ressources.

Pendant plus de quatre décennies, l’absence de données statistiques précises a contraint les autorités à travailler sur des estimations souvent approximatives. Une situation qui a eu des répercussions directes sur la mise en œuvre des politiques publiques, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’urbanisme et de l’emploi.

Le lancement du RGPH-2 apparaît ainsi comme une réponse structurante à cette problématique. Il permettra non seulement de connaître avec exactitude le nombre d’habitants, mais aussi de disposer d’informations détaillées sur les conditions de vie, la répartition géographique, les dynamiques migratoires et les caractéristiques socio-économiques de la population congolaise.

Le recensement de 1984, réalisé sous le régime du maréchal Mobutu Sese Seko, demeure à ce jour la seule opération statistique exhaustive jamais menée en RDC. Depuis lors, plusieurs tentatives de relance ont été annoncées, sans aboutir, en raison notamment de contraintes financières, logistiques et sécuritaires.

Le message fort du Chef de l’État

Dans son allocution d’ouverture, le Président Félix Tshisekedi a insisté sur l’importance stratégique du recensement pour l’avenir du pays. Il a rappelé, dans une formule marquante, que :
« Un pays qui ne se connaît pas ne peut pleinement se gouverner ; un pays qui ne se compte pas ne peut correctement se planifier ; un pays qui ne se comprend pas ne peut durablement se transformer. »

À travers cette déclaration, le Chef de l’État a voulu souligner que le recensement ne constitue pas une simple opération technique, mais un véritable outil de souveraineté nationale et de transformation structurelle.

Il a également mis en évidence le lien étroit entre le RGPH-2 et les grandes réformes engagées depuis son accession au pouvoir en 2019. Parmi celles-ci figurent notamment la gratuité de l’enseignement de base, la mise en œuvre progressive de la couverture santé universelle, la gratuité de la maternité et le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T).

Selon lui, toutes ces initiatives nécessitent des données fiables pour être efficacement planifiées, exécutées et évaluées.

Un engagement significatif des partenaires internationaux

L’un des moments forts de cette table ronde a été l’annonce des contributions financières des bailleurs de fonds. À l’issue de la cérémonie, plusieurs partenaires internationaux ont exprimé leur volonté d’accompagner la RDC dans la réalisation de ce projet d’envergure.

Le montant global des engagements annoncés dépasse les 200 millions de dollars américains, un signal fort de confiance envers les autorités congolaises et leur volonté de moderniser le système statistique national.

Ces financements serviront notamment à couvrir les différentes phases du recensement, notamment la cartographie, la collecte des données, le traitement informatique, l’analyse et la publication des résultats.

Ils permettront également d’intégrer des technologies modernes dans le processus, notamment l’utilisation de tablettes numériques et de systèmes de géolocalisation, afin d’améliorer la qualité et la fiabilité des données collectées.

Parmi les partenaires engagés figurent notamment des institutions internationales telles que la Banque mondiale, le Fonds des Nations Unies pour la population et la Banque africaine de développement, qui accompagnent la RDC dans le renforcement de son système statistique.

Un projet aux enjeux multiples

Au-delà de son importance statistique, le RGPH-2 revêt des enjeux politiques, économiques et sociaux majeurs.

Sur le plan politique, il contribuera à renforcer la transparence et la crédibilité des processus électoraux, en permettant une meilleure connaissance du corps électoral.

Sur le plan économique, il facilitera la planification des investissements publics et privés, en fournissant des données précises sur les besoins des populations et les potentialités des différentes régions du pays.

Sur le plan social, il permettra d’améliorer l’accès aux services de base, notamment l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité, en adaptant les politiques publiques aux réalités locales.

Les défis à relever

Malgré l’engouement suscité par ce projet, plusieurs défis restent à relever pour garantir le succès du RGPH-2.

Parmi ceux-ci figurent notamment l’immensité du territoire congolais, l’enclavement de certaines zones, les contraintes logistiques, ainsi que les questions liées à la sécurité dans certaines régions.

À cela s’ajoute la nécessité de sensibiliser la population à l’importance du recensement, afin de garantir une participation massive et sincère des citoyens.

Les autorités congolaises devront également veiller à assurer une gestion transparente et efficace des fonds mobilisés, afin de maintenir la confiance des partenaires internationaux.

Une étape décisive pour l’avenir de la RDC

Le lancement de cette table ronde des bailleurs de fonds constitue sans aucun doute une étape clé dans le processus de mise en œuvre du RGPH-2.

Il traduit la volonté des autorités congolaises de rompre avec les pratiques du passé et de doter le pays d’outils modernes de gouvernance.

En s’engageant dans cette démarche, la RDC se donne les moyens de mieux comprendre sa population, de mieux planifier son développement et de mieux répondre aux aspirations de ses citoyens.

Le succès de ce recensement dépendra toutefois de la mobilisation de tous les acteurs concernés, qu’il s’agisse des institutions publiques, des partenaires internationaux ou de la population elle-même.

Si toutes les conditions sont réunies, le RGPH-2 pourrait marquer un tournant historique dans la gestion du développement en République démocratique du Congo, en jetant les bases d’une gouvernance plus efficace, plus inclusive et plus orientée vers les résultats.

Selon les autorités, les opérations de terrain du recensement pourraient débuter dans les prochains mois, après la mobilisation complète des financements et la finalisation des préparatifs techniques.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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