
Ce mercredi 25 mars 2026, l’arène politique congolaise a été secouée par une rumeur persistante annonçant le ralliement de Jeanine Mabunda Lioko Mudiayi, ancienne présidente de l’Assemblée nationale, à l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), le parti présidentiel. Face à l’ampleur de la désinformation, l’entourage de cette figure de proue du Front Commun pour le Congo (FCC) a publié un démenti catégorique.
Dans le tumulte numérique des réseaux sociaux congolais, les « fake news » voyagent souvent plus vite que la vérité. Depuis vingt-quatre heures, des publications virales affirmaient que Jeanine Mabunda, autrefois pilier du régime de Joseph Kabila, aurait franchi le Rubicon pour rejoindre les rangs du pouvoir actuel. Cependant, la réaction de son cabinet ne s’est pas fait attendre.
Tout a commencé dans la pénombre numérique des groupes WhatsApp de Kinshasa, véritables poumons de l’information — et souvent de la désinformation — en République Démocratique du Congo. Dès la soirée du mardi 24 mars, des messages « transférés de nombreuses fois » ont commencé à inonder les smartphones des Congolais. Le contenu était d’une simplicité redoutable : une photo de Jeanine Mabunda, souriante, accompagnée d’un texte laconique annonçant son adhésion imminente à l’UDPS/Tshisekedi.
La machine à « fake news » s’est ensuite déplacée sur Facebook et X (anciennement Twitter), où des comptes aux milliers d’abonnés ont relayé l’information sans aucune vérification préalable. Pour donner du crédit à cette fable politique, des officines de manipulation ont eu recours à des techniques bien rodées :
- Les montages photo (Photoshops) : Des images de l’ancienne présidente de l’Assemblée nationale ont été grossièrement juxtaposées aux emblèmes de l’UDPS ou à des clichés aux côtés de hauts cadres du parti présidentiel, créant une illusion visuelle de proximité.
- Les fausses citations : Des visuels imitant la charte graphique de grands médias internationaux ou nationaux ont circulé, prêtant à Mme Mabunda des propos qu’elle n’a jamais tenus, affirmant son « choix de la raison » pour « accompagner la vision du Chef de l’État ».
- Les captures d’écran de sites parodiques : Plusieurs sites web éphémères, créés pour imiter l’apparence de portails d’actualité sérieux, ont publié des articles détaillant une prétendue cérémonie d’adhésion qui se serait tenue à huis clos.
Ce mercredi matin, 25 mars 2026, la rumeur avait atteint son paroxysme. Dans les « parlements debout » de la capitale, ces cercles de discussion informelle où se forge l’opinion publique, le sujet était sur toutes les lèvres. La rapidité de cette propagation illustre la fragilité de l’espace numérique congolais face aux enjeux de la déstabilisation politique. La rumeur ne s’est pas contentée d’évoquer un simple ralliement ; elle a été construite de manière à paraître inéluctable dans un contexte de recomposition permanente du paysage politique, forçant ainsi l’entourage de l’intéressée à sortir du silence pour éteindre l’incendie médiatique.
Un démenti cinglant pour couper court aux spéculations
C’est par le biais d’un communiqué officiel transmis à la presse ce mercredi que le bureau de l’ancienne « speaker » de la chambre basse du Parlement a tenu à rétablir les faits. Le message est sans équivoque :
« Mme Jeanine Mabunda n’a pas adhéré à l’UDPS et n’a accordé aucune interview allant dans ce sens. Ces informations sont dénuées de tout fondement. »
L’entourage de la députée honoraire dénonce une tentative de manipulation de l’opinion publique, visant à créer de la confusion au sein d’une classe politique déjà très fragmentée. Selon ses proches, l’ancienne présidente de l’Assemblée nationale reste fidèle à ses convictions et n’a pas entamé de démarche de transhumance politique vers la formation de Félix Tshisekedi.
Pourquoi une telle rumeur ? Le contexte de la « transhumance »
Pour comprendre pourquoi cette rumeur a pris une telle ampleur, il faut observer le paysage politique de la RDC. Depuis la rupture de la coalition FCC-CACH en 2020, la scène politique congolaise est marquée par un phénomène de « transhumance » : de nombreux anciens alliés de Joseph Kabila ont rejoint l’Union Sacrée de la Nation (la plateforme du Président Tshisekedi) pour conserver leurs privilèges ou par calcul électoral.
Jeanine Mabunda, de par son poids politique et son carnet d’adresses international, est une prise de choix pour n’importe quel camp.
Son silence relatif ces derniers mois a été interprété par certains analystes — et malveillants — comme le signe d’un rapprochement discret avec le pouvoir.
Le parcours d’une dame de fer
Jeanine Mabunda n’est pas une figure ordinaire. Première femme à avoir accédé au perchoir de l’Assemblée nationale en RDC (2019-2020), elle a dirigé des ministères clés, notamment celui du Portefeuille, et a servi comme conseillère spéciale en charge de la lutte contre les violences sexuelles.
Son éviction de la présidence de l’Assemblée nationale en décembre 2020, suite à une pétition de déchéance, avait marqué le basculement définitif de la majorité parlementaire en faveur de Félix Tshisekedi. Depuis lors, elle est restée une figure respectée au sein de l’opposition institutionnelle, bien que moins présente sur le devant de la scène médiatique.
Pour comprendre pourquoi l’opinion publique a pu accorder un crédit immédiat à la rumeur d’adhésion de Jeanine Mabunda à l’UDPS, il faut se replonger dans l’histoire récente de la « transhumance politique » en République Démocratique du Congo. Ce phénomène, souvent qualifié par les Congolais de « vagabondage politique », est devenu une constante depuis le basculement de la majorité parlementaire fin 2020.
L’adhésion supposée de Mme Mabunda s’inscrit dans une longue lignée de défections spectaculaires qui ont affaibli le Front Commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila. On se souvient notamment du ralliement de figures de proue qui, autrefois, juraient fidélité au Raïs. Le cas de Christophe Mboso N’Kodia Pwanga, passé de cadre du FCC à président de l’Assemblée nationale sous les couleurs de l’Union Sacrée, reste l’un des exemples les plus frappants de cette redistribution des cartes.
D’autres noms célèbres ont marqué cette rupture. Des personnalités comme Modeste Bahati Lukwebo, avec son regroupement AFDC-A, ont quitté le navire kabiliste pour devenir l’un des piliers de la nouvelle majorité. On peut également citer les anciens ministres ou gouverneurs qui, par stratégie de survie politique ou par conviction de « servir la nation » au sein du nouveau pouvoir, ont délaissé leurs anciennes couleurs pour le « Bleu-Blanc-Rouge » de la coalition présidentielle.
Cette dynamique a créé un précédent psychologique : dans l’esprit du citoyen lambda, aucun cadre du FCC n’est désormais considéré comme « indéboulonnable » dans ses convictions d’opposition. La transhumance n’est plus perçue comme une exception, mais comme une étape prévisible du parcours politique. En visant Jeanine Mabunda, les auteurs de la fausse information ont activé ce levier sensible, suggérant que même la « Gardienne du Temple », celle qui avait subi de plein fouet la chute du bureau de l’Assemblée nationale en 2020, aurait fini par céder aux sirènes de l’Union Sacrée.
Ce contexte historique donne ainsi une résonance particulière au démenti de ce 25 mars. Là où d’autres ont franchi le pas en silence ou avec fracas, le refus catégorique de Mme Mabunda de confirmer ces rumeurs agit comme un signal de résistance au sein d’une famille politique qui a vu ses rangs se clairsemer au fil des ans.
L’impact des réseaux sociaux sur la démocratie congolaise
Cette affaire souligne une fois de plus le défi majeur que représente la désinformation en RDC. Sur WhatsApp, Facebook et X (anciennement Twitter), des officines de communication fabriquent quotidiennement des rumeurs d’alliances ou de trahisons pour tester la réaction de l’opinion ou discréditer des adversaires politiques.
L’annonce d’une adhésion de Mabunda à l’UDPS visait sans doute deux objectifs :
- Affaiblir le FCC : En montrant que même les cadres les plus fidèles abandonnent le navire de Joseph Kabila.
- Tester la base de l’UDPS : Voir comment les militants du « Parti du Peuple », historiquement opposés aux cadres du régime précédent, réagiraient à l’arrivée d’une telle figure.
Quelle suite pour Jeanine Mabunda ?
Le démenti de ce 25 mars 2026 stabilise la position de l’élue, mais ne fait pas taire les questions sur son avenir politique. À l’approche des prochaines échéances électorales ou des remaniements institutionnels, chaque mouvement des « éléphants » de la politique congolaise est scruté à la loupe.
Pour l’instant, Jeanine Mabunda reste une figure d’opposition, ou du moins une personnalité indépendante au sein de sa famille politique d’origine. Son bureau appelle la presse et les citoyens à faire preuve de discernement et à ne se fier qu’aux canaux de communication officiels.
En résumé : Les points clés de l’actualité
La politique en République Démocratique du Congo reste un théâtre d’ombres où les alliances se font et se défont parfois en une nuit. Mais pour l’heure, le « mariage » entre Jeanine Mabunda et l’UDPS n’est qu’une fiction numérique.
Dossier suivi par la rédaction.
Esaïe Vumi objectif DK TV