RDC – Économie & Sécurité : l’occupation de l’AFC/M23 fait chuter de 84 % les recettes du Sud-Kivu

La situation sécuritaire persistante dans l’est de la République démocratique du Congo continue de produire des effets économiques dévastateurs. Le gouverneur de la province du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a révélé ce jeudi 2 avril 2026 à Kinshasa que sa province a perdu « 84 % de ses recettes » à la suite de l’occupation d’une grande partie de son territoire par la rébellion de l’AFC/M23.

Cette déclaration, faite lors d’une conférence de presse dans la capitale congolaise, met en lumière l’ampleur de l’impact économique du conflit armé qui secoue les provinces du Nord et du Sud-Kivu depuis plusieurs années.

Une économie provinciale presque à l’arrêt

Selon le gouverneur Purusi, cette chute drastique des recettes publiques est directement liée à la perte de contrôle de plusieurs entités territoriales stratégiques, désormais sous administration de l’AFC/M23. Ces zones, historiquement riches en ressources minières, agricoles et commerciales, constituaient une part essentielle des revenus provinciaux.

La province du Sud-Kivu, connue pour son potentiel en minerais (or, coltan, cassitérite) et en agriculture, dépend fortement des taxes perçues sur les activités économiques locales. Or, l’occupation de ces territoires a entraîné une rupture de la chaîne de collecte fiscale, privant les autorités provinciales de leurs principales sources de financement.

Déjà fragilisée par des années d’instabilité, l’économie provinciale se retrouve aujourd’hui dans une situation critique. Les services publics, les infrastructures et les programmes sociaux sont directement affectés par cette baisse brutale des ressources.

L’occupation prolongée de zones stratégiques

La crise actuelle s’inscrit dans un contexte de contrôle territorial exercé par l’AFC/M23 sur plusieurs localités de l’est du pays. Depuis 2025, la rébellion a étendu son influence, allant jusqu’à occuper des villes majeures comme Bukavu pendant une période prolongée.

Cette présence rebelle a conduit à la mise en place d’administrations parallèles, notamment dans certaines zones du Nord-Kivu, ce qui a accentué la perte d’autorité de l’État congolais et la désorganisation des circuits économiques officiels.

Même lorsque des retraits partiels sont observés, ils sont souvent présentés par la rébellion comme des « repositionnements stratégiques », sans pour autant garantir un retour effectif de l’administration étatique.

Une pression sécuritaire persistante

Sur le terrain, la situation reste volatile. Des affrontements réguliers opposent les Forces armées de la RDC (FARDC) aux éléments de l’AFC/M23 dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, notamment dans les hauts plateaux de Fizi et dans la zone de Walungu.

Ces combats, en plus de provoquer des déplacements massifs de populations, perturbent profondément les activités économiques locales. Les agriculteurs abandonnent leurs champs, les commerçants fuient les zones de conflit, et les circuits d’approvisionnement sont gravement affectés.

La province, pourtant dotée de plus de 3 millions d’hectares de terres arables, reste paradoxalement dépendante des importations alimentaires, signe d’un système productif affaibli par l’insécurité.

Des conséquences sociales et humanitaires lourdes

Au-delà de l’impact budgétaire, la chute des recettes provinciales entraîne des conséquences sociales majeures. La réduction des capacités financières du gouvernement provincial limite sa capacité à répondre aux besoins essentiels de la population.

Les secteurs de la santé, de l’éducation et des infrastructures sont particulièrement touchés. Les salaires des agents publics, déjà irréguliers dans certaines zones, risquent d’être davantage compromis.

Par ailleurs, la crise humanitaire s’aggrave. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées à cause des violences, vivant dans des conditions précaires, sans accès suffisant à l’eau potable, à la nourriture ou aux soins médicaux.

Un défi majeur pour la gouvernance provinciale

Face à cette situation, le gouverneur Purusi se trouve confronté à un défi de taille : maintenir un minimum de fonctionnement administratif malgré l’effondrement des ressources.

Depuis l’occupation de certaines zones, l’administration provinciale a été contrainte de se replier et de fonctionner de manière partielle, notamment depuis des zones encore sous contrôle gouvernemental comme Uvira.

Cette gouvernance « en mode dégradé » complique la coordination des politiques publiques et la mise en œuvre des projets de développement.

Une crise révélatrice des fragilités structurelles

La situation du Sud-Kivu met également en évidence les fragilités structurelles de l’économie congolaise, particulièrement dans les zones en conflit. L’absence de diversification économique, la dépendance aux ressources naturelles et la faiblesse des institutions fiscales rendent les provinces vulnérables aux chocs sécuritaires.

Le conflit avec l’AFC/M23 illustre comment une crise sécuritaire peut rapidement se transformer en crise économique et sociale, avec des répercussions durables sur le développement local.

Appel à une solution durable

Dans ce contexte, les autorités provinciales et nationales appellent à une solution durable à la crise sécuritaire dans l’est du pays. Le processus de paix engagé sous médiation internationale, notamment à Doha, reste à ce jour dans une impasse, malgré quelques avancées initiales.

Pour le gouverneur du Sud-Kivu, la restauration de l’autorité de l’État dans les zones occupées constitue une condition indispensable à la relance économique de la province.

La perte de 84 % des recettes du Sud-Kivu constitue un signal d’alarme sur l’ampleur des conséquences économiques du conflit dans l’est de la RDC. Derrière ce chiffre se cache une réalité complexe faite de territoires occupés, d’institutions affaiblies et de populations en détresse.

Alors que les efforts diplomatiques peinent à produire des résultats concrets, la situation sur le terrain continue de se dégrader, rappelant l’urgence d’une réponse globale, à la fois sécuritaire, politique et économique, pour sortir durablement la région de la crise.

Esaïe Vumi objectif DK TV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *