Ituri : plus de 100 enfants enlevés par les ADF à Mambasa, une alerte majeure sur une génération en danger

La situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo continue de se détériorer de manière alarmante. Dans le territoire de Mambasa, en Ituri, plus de 100 enfants ont été enlevés en l’espace de quelques semaines par les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), selon plusieurs sources concordantes issues de la société civile et des médias locaux. Ces mineurs sont utilisés comme combattants ou comme boucliers humains, suscitant une vive inquiétude quant à l’avenir de toute une génération.

Une alerte lancée par la société civile

L’alerte a été rendue publique le lundi 6 avril 2026 à Bunia par le Parlement des jeunes de l’Ituri. Dans une déclaration officielle, cette structure citoyenne a dénoncé un recrutement massif et systématique d’enfants par les ADF dans le territoire de Mambasa. Plus de 100 mineurs auraient ainsi été arrachés à leurs familles en quelques semaines seulement.

Selon les témoignages recueillis, ces enfants sont enlevés lors d’attaques de villages ou de incursions nocturnes. Une fois capturés, certains sont contraints de porter des armes et de participer aux combats, tandis que d’autres sont placés en première ligne comme boucliers humains pour protéger les combattants rebelles lors des affrontements.

Le président du Parlement des jeunes de l’Ituri, Gloire Abasi, a qualifié ces actes de « crimes contre l’humanité », soulignant que « l’enfant n’a pas sa place dans les groupes armés ».

Une escalade inquiétante des violences

Ces enlèvements massifs s’inscrivent dans un contexte plus large de recrudescence des violences dans la région. À Mambasa, les attaques attribuées aux ADF se multiplient à un rythme inquiétant. En seulement huit jours, au moins six attaques ont été recensées, visant aussi bien des villages reculés que des zones proches du centre urbain.

Dans la nuit du 5 au 6 avril 2026, des combattants ADF ont mené une incursion jusque dans Mambasa-centre, notamment dans les quartiers PK2, PK3 et PK4. Des habitations ont été incendiées, des commerces pillés et plusieurs civils enlevés ou contraints de transporter les biens volés.

Quelques jours plus tôt, le territoire avait déjà été le théâtre d’un massacre ayant coûté la vie à au moins 43 civils, confirmant la brutalité croissante des attaques dans cette zone stratégique de l’Ituri.

Une stratégie de terreur organisée

Les experts et observateurs locaux estiment que ces enlèvements d’enfants ne sont pas des actes isolés, mais s’inscrivent dans une stratégie bien organisée des ADF. Le groupe armé, historiquement actif dans l’est de la RDC, utilise depuis plusieurs années les civils – et particulièrement les enfants – pour renforcer ses capacités militaires et maintenir un climat de terreur.

Les ADF, affiliés à l’organisation État islamique sous l’appellation Province d’Afrique centrale (ISCAP), ont intensifié leurs activités ces dernières années, notamment dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.

L’utilisation d’enfants soldats constitue une violation grave du droit international humanitaire. En plus d’être enrôlés de force, ces enfants subissent souvent des violences physiques et psychologiques, et sont privés d’éducation, compromettant durablement leur avenir.

Une population plongée dans la psychose

À Mambasa, la population vit désormais dans une peur permanente. Les attaques répétées ont entraîné un climat de psychose généralisée. Les activités économiques sont quasiment à l’arrêt : commerces fermés, champs abandonnés, écoles désertées.

De nombreux habitants ont fui leurs villages pour se réfugier dans des zones jugées plus sûres, notamment le long de la route nationale numéro 4. Les déplacements sont devenus extrêmement risqués en raison des embuscades fréquentes et de la présence des groupes armés.

Dans certaines localités, les familles vivent dans l’angoisse quotidienne de voir leurs enfants enlevés. Cette situation fragilise davantage le tissu social déjà éprouvé par des années de conflit.

Des appels pressants au gouvernement et à la communauté internationale

Face à cette situation dramatique, plusieurs voix s’élèvent pour exiger une action urgente. Le Parlement des jeunes de l’Ituri appelle le gouvernement congolais à renforcer les opérations militaires contre les ADF et à sécuriser les zones civiles.

La structure a également interpellé la Cour pénale internationale (CPI) afin qu’elle engage des poursuites contre les responsables de ces crimes, notamment pour le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats.

De son côté, la société civile plaide pour une mobilisation accrue de la communauté internationale, notamment en matière de protection des enfants et de lutte contre les groupes armés actifs dans l’est de la RDC.

Les limites des opérations militaires

Malgré l’état de siège instauré en Ituri depuis mai 2021 et les opérations militaires menées conjointement par les FARDC et leurs partenaires, notamment dans le cadre de l’opération Shujaa, les attaques des ADF persistent.

Cette situation soulève des interrogations sur l’efficacité des stratégies actuelles de lutte contre les groupes armés. Plusieurs observateurs estiment que les opérations militaires, bien qu’importantes, ne suffisent pas à elles seules à éradiquer le phénomène.

Ils plaident pour une approche globale intégrant des actions sécuritaires, humanitaires et socio-économiques, afin de s’attaquer aux causes profondes du conflit.

Une crise humanitaire silencieuse

Au-delà des chiffres, la situation à Mambasa révèle une crise humanitaire majeure. Les enfants enlevés représentent une génération entière dont l’avenir est compromis. Privés de leur enfance, exposés à la violence et à l’endoctrinement, ces mineurs risquent de devenir à leur tour des acteurs du conflit.

Les organisations de défense des droits de l’homme tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences à long terme de cette situation, notamment en termes de reconstruction sociale et de stabilité régionale.

Conclusion : l’urgence d’agir

L’enlèvement de plus de 100 enfants à Mambasa par les ADF constitue un signal d’alarme majeur sur la gravité de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Derrière ces chiffres se cachent des vies brisées, des familles endeuillées et un avenir incertain pour toute une génération.

Face à cette tragédie, l’inaction n’est plus une option. Une réponse urgente, coordonnée et efficace est indispensable pour protéger les populations civiles, mettre fin aux exactions des groupes armés et garantir un avenir aux enfants de l’Ituri.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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