
L’opposant congolais Jean-Marc Kabund est monté au créneau cette semaine pour dénoncer à la fois les projets supposés de révision constitutionnelle et la gestion globale du pays par le régime du président Félix Tshisekedi. Dans une série de déclarations publiques devant ses partisans, l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale a livré un discours sans concession, mêlant analyse juridique, critique politique et mobilisation de l’opposition.
Une révision constitutionnelle jugée impossible
Au cœur de son intervention, Jean-Marc Kabund a fermement rejeté toute possibilité de révision de la Constitution dans le contexte actuel. « Moi, je vous dis ceci : ils ne le feront pas. Il n’y aura pas de révision », a-t-il affirmé avec assurance. Selon lui, même si la révision est prévue par les textes, les conditions actuelles du pays rendent une telle démarche inapplicable.
L’opposant s’appuie notamment sur l’esprit de la Constitution qui encadre strictement les modalités de sa révision, particulièrement en période de crise sécuritaire ou institutionnelle. « La révision est constitutionnelle, mais la Constitution stipule que, dans le contexte actuel du pays, on ne peut pas la réviser », a-t-il insisté.
Ces propos interviennent alors que plusieurs débats agitent la classe politique congolaise autour de l’opportunité ou non de modifier certaines dispositions constitutionnelles. Bien que le gouvernement n’ait pas officiellement annoncé de projet en ce sens, des voix proches du pouvoir ont, ces derniers mois, évoqué la nécessité de réformes institutionnelles.
« Le changement n’est pas dans la Constitution »
Dans la même logique, Jean-Marc Kabund a critiqué ceux qui, selon lui, présentent la révision constitutionnelle comme une solution aux problèmes du pays. « Ceux qui parlent de changement : le changement n’est pas dans la Constitution », a-t-il martelé, estimant que les difficultés actuelles relèvent davantage de la gouvernance que des textes fondamentaux.
Pour l’ancien cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), dont il fut longtemps une figure influente avant sa rupture avec le pouvoir, la priorité devrait être le respect strict de la Constitution existante et non sa modification.
Cette position rejoint celle de plusieurs acteurs de la société civile et de l’opposition, qui craignent qu’un éventuel processus de révision ne serve des intérêts politiques particuliers, notamment à l’approche des prochaines échéances électorales.
De graves accusations sur les droits humains
Au-delà de la question constitutionnelle, Jean-Marc Kabund a également accusé le régime en place de violations massives des droits et libertés fondamentaux. « Ce régime aussi s’est illustré par des violations massives des droits et libertés des Congolais », a-t-il déclaré.
Pour étayer ses propos, il a fait référence à un rapport publié en mars par Organisation des Nations unies, évoquant notamment l’arrestation de plusieurs opposants. « L’ONU a publié, au mois de mars, un rapport indiquant qu’en janvier, 40 membres de partis d’opposition ont été arrêtés », a-t-il précisé.
Ces allégations s’inscrivent dans un contexte où plusieurs organisations internationales et ONG de défense des droits humains, telles que Amnesty International ou Human Rights Watch, ont régulièrement exprimé leurs préoccupations quant aux restrictions de l’espace civique en RDC. Des rapports récents font état d’arrestations arbitraires, de restrictions à la liberté d’expression et de pressions sur des acteurs politiques et des journalistes.
Toutefois, les autorités congolaises ont, à plusieurs reprises, rejeté ces accusations, affirmant respecter les droits fondamentaux et dénonçant des « interprétations biaisées » de la situation par certaines organisations.
Un appel à mettre fin au « régime des farceurs »
Dans un ton particulièrement virulent, Jean-Marc Kabund a appelé ses partisans à se mobiliser pour mettre fin au pouvoir en place. « Nous devons tout faire pour mettre fin à ce régime des farceurs, des voleurs », a-t-il lancé, suscitant des acclamations dans l’assistance.
Ce discours marque un durcissement de la posture de l’opposant, qui se positionne désormais comme l’une des voix les plus critiques à l’égard du régime de Félix Tshisekedi. Depuis sa sortie de la majorité présidentielle, Kabund multiplie les prises de parole dénonçant ce qu’il qualifie de dérives autoritaires et de mauvaise gouvernance.
Ses déclarations pourraient toutefois raviver les tensions politiques dans un contexte déjà marqué par une polarisation accrue entre pouvoir et opposition.
Une situation sécuritaire alarmante
Jean-Marc Kabund a également évoqué la situation sécuritaire préoccupante dans l’est du pays et dans certaines zones urbaines, y voyant le signe d’un affaiblissement de l’État. « La situation sécuritaire actuelle traduit l’absence de l’État dans notre pays. L’État n’existe pas pour assurer la paix », a-t-il affirmé.
La République démocratique du Congo fait face depuis plusieurs années à des conflits armés persistants, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, où des groupes armés continuent de semer l’insécurité. Malgré les opérations militaires et les efforts diplomatiques, la situation reste fragile.
Plusieurs sources médiatiques internationales, dont Radio France Internationale et BBC News, ont récemment souligné la complexité de la crise sécuritaire congolaise, marquée par des déplacements massifs de populations, des violences récurrentes et des difficultés d’accès humanitaire.
Réactions attendues du pouvoir
À ce stade, aucune réaction officielle du gouvernement ou de la présidence n’a été enregistrée suite aux déclarations de Jean-Marc Kabund. Néanmoins, par le passé, les autorités ont souvent répondu aux critiques de l’opposition en appelant au respect des institutions et en dénonçant des discours jugés « populistes » ou « déstabilisateurs ».
Du côté des analystes politiques, ces prises de position sont perçues comme une stratégie de repositionnement en vue des prochaines échéances politiques. En se posant en défenseur de la Constitution et des libertés publiques, Kabund cherche à consolider sa base et à élargir son audience au sein de l’opposition.
Un climat politique sous tension
Les déclarations de Jean-Marc Kabund interviennent dans un climat politique tendu, où les débats sur la gouvernance, les droits humains et les réformes institutionnelles occupent une place centrale.
Alors que le pays tente de faire face à des défis multiples — sécuritaires, économiques et sociaux —, les divergences entre pouvoir et opposition semblent s’accentuer. La question de la révision constitutionnelle, bien qu’encore hypothétique, pourrait devenir un point de cristallisation des tensions dans les mois à venir.
En attendant, les propos de Jean-Marc Kabund traduisent une volonté claire de peser dans le débat public et de s’imposer comme un acteur incontournable de la scène politique congolaise. Reste à savoir si ces prises de position trouveront un écho suffisant auprès de la population et si elles influenceront réellement l’évolution du paysage politique en République démocratique du Congo.
Esaïe Vumi objectif DK TV