RDC : Martin Fayulu : « Nous allons barrer la route à un troisième mandat de Félix Tshisekedi comme nous l’avions fait avec Joseph Kabila. Car le peuple ne cesse de me répéter : “Commandant du peuple, en 2028, alinga alinga te, ako kende” »

L’opposant congolais Martin Fayulu a tenu une conférence de presse ce vendredi 8 mai 2026, au cours de laquelle il a abordé plusieurs sujets majeurs liés à la situation politique en République démocratique du Congo (RDC). Entre ouverture au dialogue avec ses pairs de l’opposition et critiques virulentes à l’endroit du président Félix Tshisekedi, le leader de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé) a livré un message à la fois conciliant et combatif.

Une volonté affichée de dialogue avec l’opposition

Dans son intervention, Martin Fayulu a insisté sur la nécessité d’un dialogue permanent entre les acteurs politiques de l’opposition. Il a révélé entretenir des contacts réguliers avec plusieurs figures majeures du paysage politique congolais.

« Je discute tous les jours avec les opposants, nous nous appelons régulièrement », a-t-il déclaré, citant notamment Moïse Katumbi, Delly Sessanga et Jean-Marc Kabund. Fayulu a également confirmé avoir rencontré Moïse Katumbi lors d’un récent séjour en Belgique, preuve selon lui d’une dynamique de concertation au sein de l’opposition.

Cette posture traduit une volonté de renforcer l’unité des forces politiques opposées au pouvoir en place, dans un contexte où les tensions politiques restent vives. Fayulu s’est dit prêt à aller plus loin en organisant des rencontres formelles entre les leaders de l’opposition afin de dégager une stratégie commune.

Une rencontre assumée avec Félix Tshisekedi

L’un des points marquants de son intervention concerne sa récente rencontre avec le président Félix Tshisekedi. Un geste qui avait suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique et de la classe politique.

« Je ne regrette pas d’avoir rencontré Félix Tshisekedi », a affirmé Fayulu. Il explique que cette démarche visait à encourager le chef de l’État à ouvrir un dialogue national, notamment en collaboration avec les évêques catholiques, souvent considérés comme des médiateurs crédibles dans les crises politiques congolaises.

Selon lui, cette initiative s’inscrivait dans une logique patriotique : « Mon ambition personnelle ne peut pas être au-dessus du Congo », a-t-il insisté, malgré ses accusations persistantes selon lesquelles l’élection présidentielle de 2018 lui aurait été « volée ».

Cependant, Fayulu a exprimé des regrets quant à l’issue de cette rencontre. Il accuse le président Tshisekedi de ne pas avoir respecté les engagements pris lors de leurs échanges. « Je regrette qu’il n’ait pas respecté ce sur quoi nous nous étions mis d’accord », a-t-il déclaré, sans toutefois détailler publiquement la nature de ces engagements.

Le contentieux électoral de 2018 toujours au cœur du débat

Sans surprise, Martin Fayulu est revenu sur la question de l’élection présidentielle de 2018, un sujet qui continue de polariser la scène politique congolaise. Il a réitéré sa position selon laquelle le scrutin aurait été entaché d’irrégularités majeures.

Réagissant aux excuses récemment formulées par Félix Tshisekedi concernant une « escarmouche » politique, Fayulu a estimé que celles-ci étaient insuffisantes. « Il devrait également s’excuser d’avoir volé l’élection de 2018 », a-t-il déclaré, considérant cet épisode comme « la cause de tout ce qui nous est arrivé ».

Pour Fayulu, la contestation des résultats de 2018 reste un élément structurant de son combat politique. Il continue de se présenter comme le « président élu », une posture qui nourrit son discours et mobilise une partie de ses partisans.

Accusations graves sur la gestion de la guerre

Dans un ton plus critique, Martin Fayulu a accusé Félix Tshisekedi d’instrumentaliser la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC à des fins politiques. « Félix Tshisekedi est en train d’utiliser la guerre pour se pérenniser au pouvoir », a-t-il affirmé.

Cette déclaration intervient dans un contexte marqué par la persistance des conflits armés dans l’Est du pays, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Les autorités congolaises, de leur côté, mettent en avant les efforts diplomatiques et militaires déployés pour stabiliser la région.

Les propos de Fayulu risquent d’alimenter davantage les tensions politiques, en associant la crise sécuritaire à des enjeux de maintien au pouvoir.

Une opposition ferme à un éventuel troisième mandat

L’un des messages les plus forts de cette conférence de presse concerne la question d’un éventuel troisième mandat présidentiel. Bien que la Constitution congolaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels, le débat reste sensible dans le pays.

Martin Fayulu a clairement affiché son opposition à toute tentative de modification ou de contournement de cette disposition. « Nous allons barrer la route à un troisième mandat de Félix Tshisekedi », a-t-il déclaré, établissant un parallèle avec la mobilisation qui avait conduit au départ de Joseph Kabila après plusieurs années au pouvoir.

Il a également relayé un slogan populaire en lingala : « alinga alinga te, ako kende en 2028 » (qu’il le veuille ou non, il partira en 2028), qu’il présente comme l’expression de la volonté populaire.

Un appel à la responsabilité historique

Dans une adresse directe au chef de l’État, Martin Fayulu a invoqué l’héritage politique d’Étienne Tshisekedi, père de l’actuel président.

« Il serait regrettable que le fils d’Étienne Tshisekedi soit celui qui a fragilisé la cohésion nationale », a-t-il déclaré. Il a mis en garde contre les risques de division du pays et de « balkanisation », un terme souvent utilisé en RDC pour évoquer les craintes de fragmentation territoriale.

Fayulu a appelé Félix Tshisekedi à « reculer » afin de préserver l’unité nationale et l’héritage politique de son père, surnommé le « Sphinx de Limete ».

Une stratégie politique entre ouverture et confrontation

La conférence de presse du 8 mai 2026 illustre la stratégie politique actuelle de Martin Fayulu : maintenir une ligne critique forte contre le pouvoir en place tout en se positionnant comme un acteur ouvert au dialogue.

Cette double posture pourrait viser à consolider son image d’homme d’État, capable à la fois de défendre ses convictions et de privilégier l’intérêt national. Elle intervient également dans un contexte où l’opposition congolaise cherche à se restructurer en vue des prochaines échéances électorales.

Perspectives politiques

À deux ans de l’échéance de 2028, le climat politique en RDC reste marqué par une forte polarisation. Les déclarations de Martin Fayulu pourraient contribuer à relancer le débat sur la gouvernance, la légitimité électorale et l’avenir institutionnel du pays.

Reste à savoir si les appels au dialogue trouveront un écho favorable auprès du pouvoir en place et des autres forces politiques. En attendant, cette sortie médiatique confirme que Martin Fayulu entend rester un acteur central du jeu politique congolais.

Dans un paysage politique en constante évolution, ses prises de position continueront sans doute d’alimenter les débats, tant au sein de la classe politique que dans l’opinion publique congolaise.

Esaïe Vumi objectif DK TV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *