45ᵉ sommet de la SADC à Antananarivo : entre ambitions économiques et urgence sécuritaire en RDC

Il L’Afrique australe vit un moment fort. Le 45ᵉ sommet ordinaire de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) s’est ouvert ce matin au Centre de conférence international d’Ivato, dans la capitale malgache. L’événement, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement de la région, illustre l’importance croissante d’une organisation née en 1980 et qui, quarante-cinq ans plus tard, veut se réinventer face aux défis économiques, climatiques et sécuritaires.

Une rencontre de haut niveau sous un thème stratégique

Placée sous le thème « Promouvoir l’industrialisation, la transformation du système agricole et la transition énergétique pour une SADC résiliente », cette édition met en avant une vision tournée vers la croissance durable et l’intégration économique régionale. Trois priorités sont affichées :

L’industrialisation, moteur de création d’emplois et de réduction de la dépendance aux importations.

La modernisation agricole, afin de renforcer la sécurité alimentaire dans une région régulièrement touchée par les sécheresses et les inondations.

La transition énergétique inclusive, enjeu crucial dans un contexte de crise climatique et de besoins croissants en électricité.

Pour Andry Rajoelina, président malgache et nouveau président en exercice de la SADC, ce sommet doit servir de catalyseur : « La SADC a le devoir de se transformer en une puissance économique capable de répondre aux aspirations de ses 400 millions d’habitants. Notre résilience dépendra de notre capacité à innover, à coopérer et à transformer nos ressources en opportunités. »

Un passage de témoin symbolique

Le sommet marque la fin du mandat du président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa, qui cède la présidence tournante à Andry Rajoelina. Dans son discours, Mnangagwa a rappelé les efforts menés pour renforcer la coopération entre la SADC et les autres blocs africains, notamment la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), soulignant l’importance de l’intégration continentale dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

« L’Afrique australe doit être au cœur de la ZLECAf. Ce n’est qu’en parlant d’une seule voix que nous pourrons défendre nos intérêts et renforcer notre compétitivité face aux autres blocs économiques mondiaux », a-t-il affirmé.

La sécurité en RDC, sujet brûlant du sommet

Si le thème officiel du sommet met en avant l’économie, la sécurité régionale occupe une place centrale dans les discussions. La situation dramatique de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), en proie à l’activisme du groupe armé M23, est qualifiée d’« agression » par Kinshasa et figure parmi les priorités des chefs d’État.

Depuis plusieurs années, la SADC a déployé des missions de maintien de la paix en RDC, la plus récente étant la SAMIDRC (Mission de la SADC en RDC), active de décembre 2023 à mars 2025. Bien qu’elle ait officiellement achevé son mandat, son rôle dans la stabilisation de certaines zones a été salué par plusieurs dirigeants présents à Antananarivo.

La RDC, représentée par le président Félix Tshisekedi, a rappelé l’urgence de la solidarité régionale : « La paix en RDC est la condition de la paix en Afrique australe. Nous appelons à une action coordonnée de la SADC pour mettre fin à l’agression dont notre pays est victime. »

Diplomatie et processus de paix : Washington, Luanda, Doha

Le sommet s’inscrit dans la continuité des initiatives diplomatiques récentes :

En juin 2025, la signature de l’accord de Washington a jeté les bases d’un engagement international renforcé pour la paix dans la région des Grands Lacs.

En février 2025, les processus de Luanda (sous l’égide de l’Angola) et de Nairobi (piloté par la Communauté d’Afrique de l’Est) ont été fusionnés afin d’harmoniser les médiations et éviter les duplications.

En juillet 2025, des discussions à Doha entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23 ont abouti à une déclaration de principes et un cessez-le-feu fragile, qui doit encore être consolidé.

Les dirigeants présents à Antananarivo entendent réaffirmer l’engagement de la SADC dans ce processus de paix, en apportant un soutien diplomatique, logistique et militaire si nécessaire.

Une dimension économique incontournable

En parallèle des préoccupations sécuritaires, le sommet vise aussi à donner un nouveau souffle au projet d’intégration économique régionale. Avec un PIB combiné d’environ 900 milliards de dollars, la SADC représente un bloc stratégique, mais encore insuffisamment intégré.

Les défis sont nombreux :

Faiblesse des infrastructures de transport et d’énergie, qui freinent le commerce intra-régional.

Dépendance aux exportations de matières premières non transformées, rendant les économies vulnérables aux chocs extérieurs.

Inégalités internes, entre pays plus industrialisés (Afrique du Sud, Maurice) et ceux encore fragiles (Malawi, Mozambique, Lesotho).

Rajoelina, en prenant la présidence, a insisté sur l’urgence de renforcer les chaînes de valeur régionales : « Nos ressources minières, agricoles et énergétiques doivent cesser de profiter à d’autres continents. La SADC doit les transformer localement, créer de l’emploi et bâtir une prospérité partagée. »

Les coulisses du sommet : jeunesse, partenariats et visibilité

Outre les sessions officielles, le sommet est marqué par plusieurs activités parallèles :

La Semaine de l’industrialisation de la SADC, qui a permis aux acteurs privés et aux institutions de discuter d’innovation et d’investissement.

Le Dialogue SADC–États-Unis, tenu en marge du sommet, qui illustre la volonté de la région de diversifier ses partenariats internationaux.

Les concours annuels de la SADC (rédaction, médias, innovations technologiques) dont les lauréats ont été honorés à Antananarivo, symbolisant l’engagement de la SADC à promouvoir la jeunesse.

Ces activités visent à élargir l’impact du sommet au-delà de la diplomatie et à inclure la société civile, le secteur privé et les partenaires extérieurs.

Une organisation à la croisée des chemins

Quarante-cinq ans après sa création, la SADC reste confrontée à une équation complexe : comment concilier sécurité et développement, souveraineté nationale et intégration régionale, ambitions économiques et réalités sociales ?

L’économiste botswanais Kabelo Moabi, présent comme observateur, résume le dilemme : « La SADC ne peut pas ignorer la question sécuritaire, car sans paix, il n’y aura pas d’investissement. Mais elle ne doit pas non plus sacrifier son agenda économique. L’équilibre entre sécurité et développement sera la clé du succès du mandat malgache. »

un sommet décisif

Le 45ᵉ sommet de la SADC, ouvert ce dimanche 17 août 2025 à Antananarivo, est bien plus qu’un rendez-vous protocolaire. C’est un moment où les dirigeants africains sont appelés à prendre des décisions courageuses pour répondre à trois urgences : la paix en RDC, la relance de l’intégration économique et la transition énergétique face aux défis climatiques.

Entre le passage de témoin de Mnangagwa à Rajoelina, la place accordée à la RDC dans les discussions, et les ambitions économiques affichées, ce sommet pourrait marquer un tournant dans l’histoire de la SADC. Mais son succès dépendra surtout de la capacité des dirigeants à traduire leurs déclarations en actes concrets, visibles pour les millions de citoyens qui attendent des changements tangibles dans leur vie quotidienne.

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