
Dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 août 2025, une nouvelle tragédie a frappé l’est de la République démocratique du Congo. Des hommes armés, attribués aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), ont attaqué le quartier Mbimbi, à Oicha, chef-lieu du territoire de Beni. Le bilan est lourd : au moins neuf civils tués, plusieurs brûlés vifs, et une dizaine de maisons réduites en cendres. Cette attaque s’ajoute à une série de violences meurtrières qui ont ensanglanté la province du Nord-Kivu en l’espace de quelques jours.
Un carnage au cœur de la nuit
Selon les témoignages recueillis par les autorités locales et confirmés par plusieurs sources humanitaires, les assaillants ont surgi vers minuit, surprenant les habitants dans leur sommeil. Armés de machettes, de fusils et de torches incendiaires, ils ont frappé sans distinction.
Certains civils ont été tués dans leurs maisons, d’autres brûlés vifs alors que les flammes ravageaient les habitations. Des images insoutenables, largement relayées sur les réseaux sociaux, montrent notamment le corps calciné d’un enfant, symbole glaçant de l’horreur qui s’est abattue sur Oicha cette nuit-là.
« Ils sont venus en silence, ils ont commencé par tirer avant de mettre le feu. Les gens criaient, mais personne n’a pu leur échapper », raconte un rescapé, encore sous le choc.
Le porte-parole de l’armée congolaise dans la région, le lieutenant Marc Elongo, a confirmé l’attaque et dénoncé la cruauté des assaillants : « Les ADF visent délibérément des civils pour semer la terreur et détourner notre attention des opérations militaires en cours. C’est une stratégie de représailles. »
Un bilan qui s’alourdit
Si les premières estimations faisaient état d’au moins neuf morts, les autorités locales redoutent que ce chiffre augmente, car plusieurs personnes sont portées disparues.
Dans le même temps, une autre attaque menée par des combattants ADF dans le secteur de Bapere, territoire voisin de Lubero, a fait plus de 40 victimes en deux jours. Selon un décompte provisoire, près de 60 civils ont été massacrés entre le 15 et le 17 août 2025 dans les territoires de Beni et de Lubero. Les autorités provinciales parlent d’un « carnage coordonné », destiné à punir les populations civiles après la perte d’une importante base des rebelles détruite par les forces congolaises et ougandaises.
Un deuil officiel a été décrété le lundi 18 août dans plusieurs zones touchées. Des équipes de la Croix-Rouge, assistées par des jeunes volontaires et des militaires, ont organisé des inhumations collectives.
« C’est un désastre humanitaire. Les familles pleurent, certaines n’ont plus de maison, d’autres ont perdu tous leurs proches », déclare un représentant de la société civile de Beni.
Les ADF : une menace persistante
Les Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe d’origine ougandaise né dans les années 1990, sont actives dans l’est de la RDC depuis plus de deux décennies. Affiliées depuis 2019 à l’État islamique (Province d’Afrique centrale, ISCAP), elles sont régulièrement accusées de massacres de civils, d’enlèvements et d’attaques contre les forces armées. Leur mode opératoire repose sur des assauts nocturnes, la terreur psychologique et des représailles sanglantes contre les communautés soupçonnées de collaborer avec l’armée.
Ces dernières années, l’armée congolaise (FARDC) et les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) mènent des opérations conjointes contre les ADF. Plusieurs bases ont été détruites, mais le groupe conserve une forte capacité de nuisance.
Le massacre d’Oicha en est une illustration dramatique : malgré la présence militaire, les ADF continuent de frapper le cœur des zones habitées.
Des précédents sanglants
Ce n’est pas la première fois que la région de Beni paie un tel tribut à la violence. Depuis le début de l’année 2025, plusieurs massacres ont endeuillé l’est de la RDC :
Février 2025 : plus de 70 civils tués à Kasanga, territoire de Lubero, dont de nombreuses victimes décapitées dans une église.
Juillet 2025 : à Komanda, dans la province voisine de l’Ituri, une attaque contre une église catholique a fait entre 43 et 50 morts lors d’une veillée de prière.
Août 2025 (semaine précédente) : plusieurs embuscades dans les villages de Mangina et de Bapere ont déjà coûté la vie à des dizaines de personnes.
Ces attaques révèlent une stratégie claire : cibler les lieux de culte, les villages reculés et les zones rurales pour terroriser la population et entraver toute tentative de stabilisation.
L’impact humain et psychologique
Au-delà des bilans macabres, chaque attaque laisse derrière elle un paysage de désolation. À Oicha, des familles entières sont désormais sans abri, après que leurs maisons ont été réduites en cendres.
La peur domine : les survivants se réfugient dans les écoles, les églises ou chez des proches. Le traumatisme psychologique est immense, en particulier chez les enfants. Les organisations humanitaires alertent sur le risque d’une nouvelle vague de déplacements massifs de population, aggravant une crise humanitaire déjà dramatique.
« Les habitants ne dorment plus. Chaque bruit dans la nuit leur rappelle l’attaque. Les enfants ne veulent plus rester seuls », témoigne une religieuse de la paroisse locale.
Les autorités appelées à réagir
Face à cette nouvelle tragédie, les réactions se multiplient. Les autorités provinciales du Nord-Kivu appellent le gouvernement central à renforcer la sécurité et à accélérer la riposte militaire.
La société civile, quant à elle, exprime sa colère. « On nous dit que les ADF sont affaiblis, mais chaque semaine, ils reviennent tuer nos familles. Où est l’armée ? Où est la MONUSCO ? », s’indigne un leader communautaire de Beni.
Des parlementaires congolais demandent une enquête internationale sur les liens financiers et logistiques des ADF, soupçonnant des complicités locales et régionales qui facilitent leur survie.
Analyse : une guerre asymétrique difficile à contenir
Le massacre d’Oicha illustre l’une des plus grandes difficultés sécuritaires de la RDC : la lutte contre des groupes armés mobiles, capables de se fondre dans la population et de frapper par surprise.
Malgré la mise en place de l’état de siège depuis 2021 dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, les résultats restent mitigés. Les forces armées congolaises manquent de moyens logistiques et de renseignement. Les opérations conjointes avec l’Ouganda ont certes détruit plusieurs camps rebelles, mais elles n’ont pas réussi à protéger les civils.
Pour certains analystes, les ADF utilisent une stratégie de « guerre psychologique » : chaque attaque vise moins à occuper un territoire qu’à terroriser les populations, décrédibiliser l’État et montrer leur résilience.
Conclusion : un cycle de violence qui se perpétue
L’attaque d’Oicha, dans la nuit du 16 au 17 août 2025, restera comme un nouveau symbole de la tragédie de l’est de la RDC. Des innocents massacrés dans leur sommeil, des maisons incendiées, une communauté brisée par la peur.
Malgré les offensives militaires et les promesses de sécurisation, le cycle de violences continue de se répéter, laissant planer un sentiment d’abandon sur des millions de Congolais pris au piège d’une guerre sans fin.
La question demeure : combien de massacres faudra-t-il encore avant qu’une solution durable ne soit trouvée pour mettre fin aux atrocités commises par les ADF et autres groupes armés dans cette région martyre ?
Esaïe vumi objectif DK TV