
À la veille de l’ouverture de la session budgétaire de septembre et quelques jours après l’entrée en fonction du nouveau Gouvernement, le Président de l’Assemblée nationale, le Professeur Vital Kamerhe, a reçu au Palais du Peuple le Vice-Premier ministre, ministre du Budget, Adolphe Muzito Mfumusi, ainsi que son Vice-ministre, Elysé Bokumuana. Cette rencontre stratégique visait à aligner les priorités budgétaires nationales et à garantir une meilleure collaboration entre les deux institutions dans un contexte économique et social particulièrement tendu.

Un rendez-vous institutionnel à forte portée stratégique
La session budgétaire de septembre représente un moment constitutionnel majeur pour la République démocratique du Congo. Selon l’article 115 de la Constitution, le Gouvernement doit présenter le Projet de loi de finances pour l’exercice suivant au plus tard le 15 septembre de chaque année.
Cette rencontre du 23 août 2025 a donc été organisée dans un contexte marqué par :
L’installation récente du nouveau Gouvernement, dont la mission principale est de stabiliser les finances publiques et relancer la croissance.
Des attentes sociales immenses : lutte contre la pauvreté, création d’emplois, amélioration des infrastructures et renforcement de la sécurité, notamment à l’Est du pays.
Des tensions budgétaires persistantes, dues à une faible mobilisation des recettes internes et à la dépendance de la RDC vis-à-vis des exportations minières.
Le Président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a souligné l’importance de cette concertation préalable :
« Cette session budgétaire doit être une opportunité pour définir, ensemble, les véritables priorités nationales et garantir une gestion responsable des finances publiques », a-t-il déclaré.
Les enjeux de la rencontre : un budget 2026 au cœur des débats
Le Vice-Premier ministre Adolphe Muzito, qui vivait sa première prise de contact officielle avec l’Assemblée nationale dans ses nouvelles fonctions, a insisté sur la nécessité d’une approche concertée :
« Le projet de loi de finances 2026 sera élaboré avec la contribution active des élus nationaux. Nous voulons un budget qui réponde aux besoins réels de la population et qui reflète les engagements pris par le Gouvernement », a-t-il affirmé.
Les échanges ont porté sur plusieurs points clés :
- La mobilisation des recettes internes : renforcer la Direction générale des impôts (DGI) et la Direction générale des douanes (DGDA) pour réduire la dépendance aux financements extérieurs.
- La rationalisation des dépenses publiques : limiter les dépenses improductives et privilégier les investissements structurants.
- La priorisation des secteurs stratégiques :
Sécurité et défense pour restaurer l’autorité de l’État.
Éducation et santé pour améliorer le capital humain.
Infrastructures et énergie pour soutenir la croissance.
- La lutte contre la corruption : mise en place d’un mécanisme de suivi parlementaire plus rigoureux sur l’exécution budgétaire.
Un contexte économique complexe et des défis majeurs
L’élaboration du budget 2026 intervient dans une période marquée par des contraintes économiques importantes :
Un déficit budgétaire estimé à 3,5 % du PIB pour l’exercice 2025.
Une inflation qui oscille autour de 12 %, impactant directement le pouvoir d’achat des ménages.
Une forte dépendance vis-à-vis des exportations de cuivre et de cobalt, qui représentent plus de 75 % des recettes d’exportation.
Face à ces défis, le Gouvernement compte miser sur :
La diversification de l’économie, notamment en valorisant l’agriculture et les industries locales.
L’amélioration de la transparence budgétaire, afin de rassurer les bailleurs internationaux.
Le renforcement du partenariat Assemblée-Gouvernement, pour éviter les blocages institutionnels.
Encadré spécial : Budget 2026 – Les chiffres clés et priorités
Prévisions globales
Montant total estimé : 24 000 milliards CDF (≈ 9,5 milliards USD)
Taux de croissance visé : +5,2 %
Déficit prévu : 3,5 % du PIB
Inflation projetée : ramenée à 8 %
Répartition prévisionnelle du budget 2026
Sécurité et Défense : 25 %
Éducation et Recherche : 20 %
Santé publique : 15 %
Infrastructures et Énergie : 18 %
Agriculture et Développement rural : 10 %
Administration publique : 12 %
Mesures phares
Lancement du Programme national de réhabilitation des routes (PNRR).
Extension de la gratuité de l’enseignement primaire à toutes les provinces.
Création d’un fonds spécial pour la relance agricole.
Mise en œuvre d’un mécanisme anticorruption renforcé au sein du ministère du Budget.
L’engagement du Bureau de l’Assemblée nationale
Sous la présidence de Vital Kamerhe, l’Assemblée nationale entend jouer un rôle central dans le processus d’élaboration et de contrôle du budget. Le Bureau, composé notamment de la Questeure Chimène Polipoli, s’est engagé à garantir :
Des débats parlementaires inclusifs, intégrant les propositions des députés et des groupes politiques.
Un suivi rigoureux de l’exécution du budget par le Gouvernement.
La création d’un cadre permanent de concertation entre la Commission économique et financière et le ministère du Budget.
Vital Kamerhe a été clair :
« L’Assemblée nationale ne se contentera pas de voter un budget. Elle veillera à son exécution effective, car il s’agit de la crédibilité de l’État et de la confiance des citoyens envers leurs institutions. »
Réactions des députés et attentes des populations
Plusieurs députés présents ont salué cette démarche de collaboration, tout en exprimant leurs préoccupations :
Certains élus demandent plus de transparence sur les hypothèses macroéconomiques utilisées pour établir le budget.
D’autres souhaitent que le Gouvernement accorde une priorité claire aux dépenses sociales.
Du côté de la population, les attentes sont immenses. Les Congolais espèrent que le budget 2026 permettra :
Le paiement régulier des salaires des fonctionnaires.
La poursuite de la gratuité de l’enseignement primaire.
L’amélioration des services de santé et des infrastructures routières.
Perspectives et calendrier de la session budgétaire
Le calendrier adopté prévoit :
Dépôt officiel du Projet de loi de finances 2026 : 5 septembre 2025.
Examen en commissions : du 7 septembre au 20 octobre 2025.
Débats en plénière : à partir du 25 octobre 2025.
Adoption finale : au plus tard le 15 décembre 2025, conformément à la Constitution.
Le Vice-ministre du Budget, Elysé Bokumuana, a indiqué que des consultations sectorielles seraient menées dans les prochains jours pour intégrer les priorités régionales dans le projet.
La rencontre du 23 août 2025 au Palais du Peuple marque une étape cruciale dans la préparation de la session budgétaire. L’harmonisation des vues entre le Bureau de l’Assemblée nationale et le Gouvernement reflète une volonté commune de bâtir un budget réaliste, inclusif et tourné vers la relance économique. Pour le Président Vital Kamerhe, cette session sera décisive :
« Nous avons l’obligation de redonner confiance à nos concitoyens et de prouver que nos institutions travaillent dans l’intérêt général. »
Comparaison avec les budgets précédents : évolution, défis et perspectives
L’élaboration du budget 2026 intervient dans un contexte particulier marqué par une volonté de rupture avec les pratiques budgétaires antérieures et la nécessité de renforcer la crédibilité de la gestion des finances publiques. Pour mieux comprendre les ambitions affichées par le Gouvernement et l’Assemblée nationale, il est essentiel d’établir une comparaison détaillée entre le projet de loi de finances 2026 et les budgets précédents, notamment ceux de 2024 et 2025. Cette analyse met en lumière l’évolution des priorités, la capacité réelle de mobilisation des recettes, ainsi que les efforts déployés pour améliorer l’efficacité des dépenses publiques.
- Un budget 2026 en nette progression par rapport à 2025
En 2025, le budget national avait été fixé à 19 800 milliards CDF (≈ 7,8 milliards USD), avec un taux de croissance projeté de 4,5 %. Pour l’exercice 2026, les prévisions indiquent un budget de 24 000 milliards CDF (≈ 9,5 milliards USD), soit une hausse d’environ 21 %. Cette progression résulte principalement de deux facteurs :
Une meilleure mobilisation des recettes internes grâce au renforcement des capacités de la DGI et de la DGDA, avec un objectif de réduire la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs.
L’élargissement de l’assiette fiscale à travers la lutte contre la fraude et l’optimisation de la collecte des taxes minières et douanières.
Cette augmentation budgétaire reflète la volonté du Gouvernement d’accroître les investissements dans les secteurs prioritaires, tout en répondant aux besoins sociaux croissants.
- Réorientation des priorités par rapport à 2024 et 2025
Contrairement aux exercices budgétaires précédents, où les dépenses de fonctionnement représentaient plus de 45 % du budget global, le projet 2026 consacre une part plus importante aux dépenses d’investissement. En 2024 et 2025, les infrastructures, la santé et l’éducation avaient reçu une allocation combinée de 40 % des crédits budgétaires. Pour 2026, ces secteurs stratégiques bénéficieront de près de 53 % des ressources prévues, soit une réallocation massive pour stimuler la croissance économique et améliorer les conditions de vie des populations.
Infrastructures et énergie : la part allouée passe de 13 % en 2025 à 18 % en 2026, avec un accent particulier sur le Programme national de réhabilitation des routes (PNRR) et l’électrification des zones rurales.
Éducation : le budget de l’éducation augmente de 17 % à 20 %, afin de soutenir l’extension de la gratuité de l’enseignement primaire à toutes les provinces et le recrutement de nouveaux enseignants.
Santé publique : la part consacrée à la santé passe de 11 % en 2025 à 15 % en 2026, avec un accent sur la modernisation des hôpitaux et l’accès aux soins de base.
Cette évolution démontre une volonté affirmée d’investir dans le capital humain et de favoriser un développement durable, contrairement aux budgets précédents jugés trop centrés sur les dépenses de fonctionnement.
- Les défis hérités des exercices précédents
Malgré l’ambition affichée, le projet de budget 2026 doit composer avec plusieurs contraintes héritées des exercices antérieurs :
Un déficit budgétaire chronique : en 2025, le déficit s’élevait à 4,1 % du PIB. Pour 2026, le Gouvernement ambitionne de le ramener à 3,5 %, notamment grâce à une meilleure gestion des dépenses et à une mobilisation accrue des recettes.
Une dépendance persistante aux recettes minières : en 2024 et 2025, plus de 75 % des recettes d’exportation provenaient du cuivre et du cobalt. Le budget 2026 mise sur la diversification économique, mais les résultats de ces efforts ne seront perceptibles qu’à moyen terme.
La faible absorption des crédits d’investissement : plusieurs projets inscrits aux budgets 2024 et 2025 n’ont pas été réalisés faute de décaissements effectifs. Le Gouvernement promet de mettre en place un mécanisme de suivi rigoureux pour éviter ces retards.
- Un tournant vers une gouvernance budgétaire plus transparente
Comparé aux exercices précédents, le projet de loi de finances 2026 introduit plusieurs innovations destinées à renforcer la redevabilité et la transparence :
Mise en place d’un mécanisme anticorruption renforcé au sein du ministère du Budget et de l’Assemblée nationale pour contrôler l’exécution des crédits.
Création d’un cadre de concertation permanent entre la Commission économique et financière (ECOFIN) de l’Assemblée nationale et le ministère du Budget, afin de réduire les blocages institutionnels.
Intégration des priorités provinciales dans le budget national, grâce à des consultations régionales prévues avant le dépôt du projet de loi.
Ces nouvelles mesures visent à restaurer la confiance des partenaires techniques et financiers tout en garantissant une utilisation optimale des ressources publiques.
- Perspectives : un budget de relance inclusive
En comparaison avec les budgets 2024 et 2025, celui de 2026 marque un tournant stratégique. Le Gouvernement et l’Assemblée nationale ont affiché une volonté commune d’établir un budget :
Plus ambitieux en termes de volume et de croissance projetée.
Plus inclusif, intégrant les besoins exprimés par les provinces et les populations.
Plus rigoureux dans le suivi et le contrôle de l’exécution.
Si les objectifs fixés sont atteints, le budget 2026 pourrait constituer une étape décisive vers la relance économique, la réduction des inégalités sociales et la consolidation de la crédibilité financière de la RDC sur la scène internationale. Toutefois, cette réussite reste conditionnée à la capacité du Gouvernement à surmonter les défis structurels et à maintenir une discipline budgétaire stricte.
L’attention est désormais tournée vers le 5 septembre 2025, date de dépôt du projet de loi de finances 2026, qui sera l’un des documents les plus scrutés de l’année.
Esaïe vumi objectif DK TV