
Après des mois d’attente, la société publique TRANSCO a réceptionné 30 nouveaux bus Mercedes-Benz, assemblés localement par Suprême Automobile dans son usine de Limete. Une avancée saluée par les autorités, les syndicats et les usagers, mais qui ne masque pas les retards chroniques accumulés dans le montage et la livraison de ces véhicules censés moderniser la mobilité urbaine à Kinshasa.
Un événement attendu : la cérémonie du 25 août 2025
Le lundi 25 août 2025, la grande cour de l’usine Suprême Automobile à Limete vibrait au rythme des chants, des discours et des applaudissements. TRANSCO recevait officiellement 30 nouveaux bus Mercedes-Benz flambant neufs. Pour le gouvernement, c’est un signal fort : l’État tient à renforcer le transport en commun dans une ville où près de 15 millions d’habitants dépendent des bus pour se déplacer.
Le directeur général intérimaire de TRANSCO, Sylvestre Bilambo, a salué « un pas décisif dans la modernisation du réseau », tout en appelant à la responsabilité collective :
« Ces bus appartiennent à l’État, donc à tous les Congolais. Chacun de nous doit veiller à les protéger et à les entretenir », a-t-il déclaré.
De son côté, la présidente de la délégation syndicale, Bijoux Mwange, n’a pas caché son soulagement :
« Ces véhicules arrivent à un moment crucial pour la survie de TRANSCO. Les anciens bus sont fatigués, souvent en panne. Nous nous engageons à les protéger et à servir la population. »
Le secrétaire général aux Transports, Jean-Marie Abolia, a promis que le gouvernement « continuera à soutenir TRANSCO et à investir dans la modernisation du transport public ».
Une promesse ancienne : rappel du projet initial
L’arrivée de ces 30 bus fait partie d’un plan ambitieux lancé en 2023, avec pour objectif de doter TRANSCO d’un nouveau parc moderne de 230 bus Mercedes-Benz, assemblés localement grâce à un partenariat entre l’État congolais et Suprême Automobile.
L’usine de Limete, inaugurée en grande pompe, devait produire 20 à 25 bus par mois, en s’appuyant sur une main-d’œuvre locale qualifiée. Plus de 500 techniciens congolais ont été formés par des ingénieurs de Mercedes-Benz Allemagne pour assurer le montage, la maintenance et la gestion des pièces détachées.
Pour les autorités, ce projet devait être un symbole de souveraineté industrielle : fabriquer localement pour réduire la dépendance aux importations, créer des emplois et moderniser le transport urbain.
Cependant, deux ans plus tard, la réalité est moins reluisante. Le calendrier initial a pris plusieurs mois de retard. Les livraisons sont irrégulières, et l’impact sur le terrain reste limité. Aujourd’hui, moins de 90 bus sur les 230 promis circulent réellement à Kinshasa.
Un rythme de livraison très en dessous des attentes
Entre novembre 2023 et août 2025, voici la chronologie des livraisons :
Novembre 2023 → 21 bus livrés. Un lancement réussi, avec beaucoup d’espoir.
Avril 2024 → 10 bus supplémentaires, mais déjà 5 mois de retard par rapport au planning initial.
Mai 2024 → 9 bus livrés un mois plus tard.
Juillet 2024 → 16 nouveaux bus réceptionnés, portant le total à 56 bus.
Août 2025 → 30 bus ajoutés, 13 mois après le dernier lot.
En près de deux ans, seuls 86 bus ont été livrés, soit moins de 40 % des objectifs initiaux. Pourtant, au lancement, les prévisions tablaient sur une production mensuelle régulière.
Cette lenteur a un impact considérable :
- Un parc insuffisant : Kinshasa compte plus de 15 millions d’habitants, mais seulement environ 300 bus TRANSCO sont actuellement en circulation, toutes marques confondues. Résultat : les bus sont surchargés et les usagers attendent parfois plus d’une heure aux arrêts.
- Un vieillissement du matériel existant : de nombreux bus achetés en 2013 et 2015 sont aujourd’hui à bout de souffle. En moyenne, plus de 45 % des véhicules sont immobilisés faute de pièces ou de réparations.
- Une mauvaise image de TRANSCO : la société, pourtant stratégique, subit de vives critiques de la part des usagers, qui dénoncent des « pannes constantes » et « un manque d’efficacité ».
Critique : les causes des retards
Plusieurs facteurs expliquent ces lenteurs :
Déficit de financement : le projet initial reposait sur un financement conjoint État-partenaire privé, mais les décaissements ont été irréguliers, ralentissant la cadence de montage.
Manque de pièces détachées : certaines pièces essentielles viennent d’Allemagne et d’Afrique du Sud, ce qui provoque des goulots d’étranglement dans la chaîne logistique.
Sous-utilisation de l’usine locale : l’usine de Limete, conçue pour assembler 25 bus par mois, n’en a produit que 86 en près de deux ans. Ce rendement inférieur à 20 % de la capacité prévue pose question.
Gestion interne perfectible : selon plusieurs sources syndicales, il existe aussi des problèmes d’organisation dans la coordination entre TRANSCO, Suprême Automobile et le ministère des Transports.
La voix des usagers : entre espoir et scepticisme
Si l’arrivée des 30 nouveaux bus Mercedes-Benz suscite un certain soulagement, les usagers, eux, restent partagés entre optimisme et frustration.
“Chaque matin, je dois me lever à 4h pour espérer trouver un bus à 6h”, raconte Grâce, vendeuse au marché de Gambela. “Quand les bus TRANSCO ne viennent pas, je paie trois fois plus cher dans les taxis-bus privés.”
Pour Marc, étudiant à l’Université Pédagogique Nationale (UPN), la situation reste critique :
“Ces nouveaux bus, c’est bien, mais si on n’en met pas assez, ça ne change rien. On continue de voyager debout, serrés comme des sardines. Parfois, on attend plus d’une heure à l’arrêt.”
D’autres usagers expriment des inquiétudes sur la durabilité du projet. Patrick, chauffeur de taxi-bus dans la commune de Masina, craint une mauvaise gestion :
“Les bus sont beaux aujourd’hui, mais dans six mois, s’il n’y a pas d’entretien, ils vont tomber en panne comme les anciens. Il faut penser à la maintenance.”
Ces témoignages montrent que, malgré l’arrivée de nouveaux véhicules, la population attend des solutions durables pour améliorer la mobilité à Kinshasa.
Recommandations et perspectives
Pour relancer le projet et atteindre les objectifs initiaux, plusieurs solutions s’imposent :
- Établir un calendrier clair : un plan mensuel de production et de livraison, rendu public, permettrait de restaurer la confiance des usagers.
- Augmenter la cadence de montage : si l’usine passait à 15 bus par mois dès 2026, TRANSCO pourrait disposer de 200 nouveaux véhicules d’ici fin 2027.
- Améliorer la gestion des stocks de pièces détachées : importer en avance les pièces critiques pour éviter les ruptures d’approvisionnement.
- Former davantage de techniciens : renforcer les compétences locales pour réduire la dépendance aux experts étrangers.
- Assurer la maintenance préventive : anticiper les pannes afin de prolonger la durée de vie des bus déjà en circulation.
Enjeux économiques et sociaux
Au-delà de la mobilité urbaine, le projet TRANSCO-Suprême Automobile représente un véritable levier de développement économique et social pour la RDC. L’assemblage local des bus Mercedes-Benz offre une opportunité unique de créer de l’emploi, de renforcer les compétences techniques et de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations de véhicules.
Selon les projections initiales, l’usine de Limete pourrait générer plus de 2 000 emplois directs et indirects dans les années à venir, notamment dans la formation, la maintenance et la gestion logistique. Plus de 500 techniciens congolais ont déjà été formés par des ingénieurs de Mercedes-Benz Allemagne, mais ce chiffre pourrait être largement augmenté si la production atteignait son rythme prévu.
Sur le plan social, un réseau de transport public efficace permettrait de réduire les coûts de déplacement, faciliter l’accès à l’emploi et désengorger la circulation dans une ville où les embouteillages coûtent chaque année des milliards de francs congolais en pertes économiques.
Cependant, sans financement régulier, bonne gouvernance et coordination efficace entre l’État, TRANSCO et Suprême Automobile, le risque est grand que ce projet ambitieux reste au stade de promesse, sans véritable impact sur la vie quotidienne des Kinois.
un progrès… mais un goût d’inachevé
La réception des 30 nouveaux bus Mercedes-Benz, le 25 août 2025, est un signal positif pour la modernisation du transport public à Kinshasa. Mais cette avancée ne doit pas masquer la réalité des retards accumulés. Si le gouvernement et Suprême Automobile veulent réellement transformer la mobilité urbaine, il faudra accélérer le rythme, améliorer la transparence et optimiser la production locale.
Pour les Kinois, l’enjeu est clair : réduire les attentes interminables, voyager dans des conditions dignes et restaurer la confiance dans TRANSCO. Sans un plan d’action urgent, la promesse d’un réseau moderne risque de rester lettre morte.
L’arrivée des 30 nouveaux bus Mercedes-Benz constitue une avancée significative pour le transport public à Kinshasa, mais elle reste loin de résoudre les défis actuels. Avec une population de plus de 15 millions d’habitants, la capitale congolaise a besoin d’un réseau de transport moderne, efficace et fiable pour répondre aux besoins quotidiens des usagers.
Le succès du projet TRANSCO-Suprême Automobile repose désormais sur trois leviers essentiels :
- Accélérer la production pour combler le retard et atteindre les objectifs initiaux.
- Assurer une gestion transparente des financements et des livraisons afin de restaurer la confiance des citoyens.
- Renforcer la maintenance préventive pour prolonger la durée de vie des bus et éviter la dégradation rapide du parc existant.
Sans un engagement ferme du gouvernement, de TRANSCO et de Suprême Automobile, Kinshasa risque de rester confrontée aux mêmes problèmes : embouteillages, longues attentes aux arrêts et transports surchargés.
Pour les Kinois, l’attente est claire : des solutions concrètes, durables et visibles sur le terrain.
Pour rappel , malgré l’arrivage de ces nouveaux bus , Certains chauffeurs de bus TRANSCO arrêtent parfois les passagers avant leur destination prévue. Cette pratique, qui peut être considérée comme un “demi-terrain”, oblige les voyageurs à descendre à des arrêts improvisés et à chercher un autre moyen de transport, allongeant leur temps de trajet et augmentant leurs dépenses. Les chauffeurs invoquent parfois la surcharge des véhicules ou les contraintes du parcours, mais cela provoque frustration, insécurité et inconfort pour les usagers.
Esaïe vumi objectif DK TV