RDC – Justice : Constant Mutamba condamné à 3 ans de travaux forcés pour détournement de 19 millions USD

La Cour de cassation a rendu, ce mardi 2 septembre, son verdict très attendu dans l’affaire Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice. Après plusieurs semaines d’un procès médiatisé et marqué par de nombreux rebondissements, l’ex-ministre a été condamné à trois (3) ans de travaux forcés pour détournement de deniers publics, dans le cadre d’un marché public de construction d’une prison à Kisangani.

Le silence est lourd, les regards fixés sur le banc des accusés. Dans une salle d’audience bondée, chacun retient son souffle. Après plusieurs semaines de débats houleux, de reports inattendus et de tensions dans les rues de Kinshasa, l’heure de vérité vient de sonner pour Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice. La voix grave du président de la Cour retentit : “Trois ans de travaux forcés pour détournement de deniers publics”. Un verdict qui secoue la scène politique congolaise et qui divise déjà l’opinion.

Un parcours politique fulgurant avant la chute

Âgé de 37 ans, Constant Mutamba s’était imposé ces dernières années comme l’un des visages les plus médiatiques de la scène politique congolaise. Avocat de formation, fondateur du parti Nouvel Élan, il avait été nommé ministre de la Justice et Garde des Sceaux en mai 2024, sous le gouvernement de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka.

Mais son ascension rapide a brutalement pris fin. En juin 2025, son nom a été cité dans un scandale financier portant sur un montant colossal : 19 millions USD destinés à la construction d’une nouvelle prison centrale à Kisangani. La Cour de cassation s’est saisie du dossier et, le 17 juin 2025, Mutamba a présenté sa démission après la levée de son immunité parlementaire.

Les origines de l’affaire : un contrat controversé

L’affaire débute par un marché public signé entre le ministère de la Justice et une société privée, Zion Construction, pour la construction d’un complexe pénitentiaire moderne à Kisangani.

Le ministère public accuse Constant Mutamba d’avoir ordonné le transfert direct de 19 millions USD à cette société sans respecter les procédures légales :

absence d’approbation du Conseil des ministres,

non-validation par le Secrétariat général à la Justice,

marché de gré à gré jugé irrégulier.

Selon l’accusation, Zion Construction serait une société-écran, sans expérience réelle dans le secteur, ayant servi de façade pour détourner les fonds publics.

L’ouverture du procès : tensions et médiatisation

Le procès s’est ouvert le 23 juillet 2025 devant la Cour de cassation, en audience publique, dans une salle comble sous haute tension.

Dès la première audience, Constant Mutamba a rejeté en bloc toutes les accusations :

« Je n’ai jamais pris un seul dollar de ces 19 millions. L’argent est toujours logé dans un compte séquestre à la Rawbank. Je n’ai pas détourné un centime ! »,
— a-t-il déclaré devant les juges, entouré de ses avocats.

Son équipe de défense a insisté sur le fait que la décision de financer le projet avait été validée en Conseil des ministres et que l’argent n’avait jamais quitté le système bancaire de l’État. Elle a dénoncé un “complot politique” visant à écarter un ministre jugé trop indépendant.

Les réquisitions du ministère public : 10 ans requis

Le 13 août 2025, le ministère public a requis une peine très lourde :

10 ans de travaux forcés

Interdiction définitive d’exercer une fonction publique

Inéligibilité à vie

Restitution intégrale des 19 millions USD

Privation du droit à la libération conditionnelle

Pour les procureurs, Mutamba aurait volontairement orchestré ce détournement, en usant de son pouvoir ministériel pour favoriser une société privée au détriment de l’État congolais.

Des rebondissements jusqu’au verdict

Le verdict était initialement attendu le 27 août 2025, mais la Cour de cassation a reporté l’audience au 1ᵉʳ septembre, invoquant des “raisons techniques et administratives”.

Cette décision a provoqué de fortes tensions à Kinshasa. La veille du jugement, des sympathisants de Constant Mutamba ont organisé une veillée de prière devant sa résidence à Ngaliema. La police a dispersé le rassemblement de manière violente, causant quatre blessés graves.

Le verdict final : une condamnation atténuée

Le 2 septembre 2025, la Cour de cassation a finalement tranché. Contrairement aux réquisitions initiales, la peine a été largement réduite :

3 ans de travaux forcés

Interdiction d’exercer toute fonction publique

Interdiction du droit de vote et d’éligibilité pour 5 ans après l’exécution de la peine

Privation de la libération conditionnelle et de la réhabilitation

Restitution des 19 millions USD

Cette décision a surpris de nombreux observateurs. Pour certains, il s’agit d’un compromis judiciaire visant à préserver l’image de la justice congolaise. Pour d’autres, la réduction de la peine prouve l’absence de preuves solides.

Les 5 points clés du verdict de la Cour de cassation

  1. Trois ans de travaux forcés
    L’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, a été condamné à 3 ans de travaux forcés pour détournement de deniers publics.
  2. Restitution de 19 millions USD
    Mutamba est tenu de rembourser intégralement les 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison à Kisangani.
  3. Interdiction des fonctions publiques
    Il lui est formellement interdit d’occuper toute fonction publique après exécution de sa peine.
  4. Privation des droits civiques
    Mutamba perd son droit de vote et son éligibilité pendant 5 ans après la fin de sa peine.
  5. Aucune libération conditionnelle possible
    La Cour a également prononcé la privation du droit à la libération conditionnelle et à la réhabilitation judiciaire. Réactions de la population : entre colère, déception et espoir

Dans les rues de Kinshasa, le verdict de la Cour de cassation suscite des sentiments partagés. Pour certains, la condamnation de Constant Mutamba est une victoire de la justice ; pour d’autres, elle ne reflète qu’une instrumentalisation politique.

À la place Victoire, Patrick, étudiant en sciences politiques à l’Université de Kinshasa, exprime son scepticisme :

« Si Mutamba est coupable, il doit payer. Mais la justice doit frapper tous les corrompus, pas seulement les opposants. »

Dans la commune de Ngaliema, Chantal, vendeuse au marché de Kintambo, s’interroge :

« On parle de 19 millions de dollars. Trois ans seulement, ce n’est pas assez. Avec cet argent, on aurait pu construire des écoles et des hôpitaux. »

D’autres, en revanche, saluent une avancée dans la lutte contre la corruption. Junior, militant d’une ONG locale, souligne :

« Peu importe la durée de la peine, l’essentiel est que la justice ait osé condamner un ancien ministre. C’est un signal fort pour les autres responsables. »

Cependant, dans les réseaux sociaux, de nombreux internautes dénoncent une justice sélective et accusent les autorités d’avoir “sacrifié” Mutamba pour calmer l’opinion publique.

Réactions politiques et opinions divisées

La condamnation de Constant Mutamba a immédiatement suscité de vives réactions :

Les partisans de Mutamba dénoncent une “cabale politique” destinée à éliminer un adversaire jugé gênant.

Les ONG anticorruption saluent une “victoire de la transparence”, tout en regrettant la clémence de la peine.

Le gouvernement s’est montré discret, se contentant d’appeler au respect de la décision judiciaire.

Les suites possibles : appel ou amnistie ?

Bien que la Cour de cassation soit la juridiction suprême en matière pénale pour les ministres, les avocats de Constant Mutamba ont annoncé qu’ils envisageaient de saisir la Cour constitutionnelle pour contester la procédure.

Par ailleurs, certains analystes évoquent la possibilité d’une amnistie présidentielle ou d’une réduction de peine dans le cadre des prochaines réformes judiciaires.

Un procès qui marque l’histoire judiciaire de la RDC

Le procès Mutamba restera comme l’un des plus marquants de la décennie, tant par l’ampleur des sommes en jeu que par la symbolique politique :

Il met en lumière les failles dans la gestion des finances publiques.

Il interroge sur l’indépendance réelle de la justice congolaise.

Il pourrait servir de précédent pour d’autres procès de hauts responsables accusés de corruption.

La condamnation de Constant Mutamba à 3 ans de travaux forcés et à la restitution de 19 millions USD marque un tournant dans la lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo. Mais le débat reste ouvert : s’agit-il d’une victoire de la justice ou d’une instrumentalisation politique ?

Ce procès, suivi par l’opinion publique congolaise et la communauté internationale, continue de diviser. Une chose est sûre : il ouvre une nouvelle page de l’histoire judiciaire du pays.

La condamnation de Constant Mutamba à trois ans de travaux forcés et à la restitution de 19 millions USD marque une étape importante dans la lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo. Pour certains, ce verdict est un signal fort envoyé aux gestionnaires des fonds publics : désormais, nul n’est au-dessus de la loi. Pour d’autres, il ne s’agit que d’une justice sélective, dictée par des intérêts politiques.

Ce procès aura profondément marqué l’opinion publique et laisse plusieurs questions en suspens : la RDC entre-t-elle dans une nouvelle ère de transparence ou assiste-t-on à une instrumentalisation de la justice à des fins politiques ? L’avenir de Constant Mutamba reste incertain, tout comme les véritables retombées de cette affaire sur la scène politique nationale.

Une chose est sûre : ce dossier restera dans l’histoire judiciaire congolaise comme l’un des plus emblématiques de ces dernières années.

Esaïe vumi objectif DK TV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *