RDC : Les FARDC réaffirment leur soutien au général Olivier Gasita face à la contestation à Uvira

À Uvira, dans le Sud-Kivu, la nomination du général Olivier Gasita comme commandant adjoint des opérations militaires suscite de vives tensions. Alors que les FARDC réaffirment leur soutien indéfectible à l’officier, des factions Wazalendo et une partie de la population locale réclament son départ, provoquant des journées de “ville morte”, des affrontements meurtriers et une atmosphère de forte instabilité dans cette ville stratégique à la frontière avec le Burundi.

Dans un climat marqué par de fortes tensions sécuritaires à l’Est de la République démocratique du Congo, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont renouvelé, ce dimanche 07 septembre 2025 , leur soutien indéfectible au général de brigade Olivier Gasita Mukunda, nouvellement nommé commandant adjoint chargé des opérations et du renseignement de la 33ᵉ région militaire, basée à Uvira dans le Sud-Kivu.
Cette déclaration intervient au moment où des groupes armés locaux, notamment certains éléments des patriotes Wazalendo, rejettent sa nomination et appellent à son départ, plongeant la ville dans une atmosphère tendue.

Une nomination sous le feu des critiques

Le 2 septembre 2025, le général Olivier Gasita a pris ses fonctions à Uvira. Bien que sa nomination ait été entérinée par la hiérarchie militaire et confirmée par le chef de l’État, Félix Tshisekedi, une partie de la population locale et des groupes armés Wazalendo s’y opposent farouchement.

Les contestataires évoquent principalement l’appartenance supposée du général Gasita à la communauté Banyamulenge, régulièrement accusée — souvent sans preuve — de collusion avec les rebelles M23. Pour eux, sa présence à la tête des opérations dans une zone sensible comme le Sud-Kivu serait un facteur de division et d’instabilité.

Face à ces accusations, le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, a fermement répondu :

« Un militaire, officier de surcroît, n’appartient pas à une communauté. Il appartient à l’Armée nationale et sert la République démocratique du Congo dans son ensemble. »

Selon lui, les oppositions à la nomination de Gasita sont le fruit de manipulations politiques orchestrées par des acteurs cherchant à fragiliser l’armée nationale.

Une ville paralysée par les journées “ville morte”

Depuis la prise de fonction du général Gasita, Uvira vit au ralenti. Les organisations de la société civile ont décrété plusieurs journées de “ville morte” pour exiger son départ. Les commerces ont baissé leurs rideaux, les écoles ont suspendu les cours et l’activité économique est pratiquement paralysée.

Le président de la société civile locale, Jean-Claude Murhula, explique :

« La population ne demande qu’une chose : que le gouvernement prenne en compte les inquiétudes légitimes des habitants. Il ne s’agit pas de rejeter l’autorité de l’État, mais de garantir une paix durable. »

Pour les autorités provinciales, ces mouvements risquent toutefois de déstabiliser la région et de compromettre les opérations militaires en cours contre les groupes armés.

Violences meurtrières et drame humain

La tension est montée d’un cran le 5 septembre lorsqu’un jeune garçon de 8 ans, Gabriel Mpwaka, a été tué par balle et son frère de 10 ans gravement blessé, lors d’échanges de tirs entre des militaires et des manifestants.

Le drame a choqué l’opinion publique. Des images d’enfants blessés ont circulé sur les réseaux sociaux, déclenchant une vague d’indignation à travers le pays.

Trois jours plus tard, le 8 septembre, une marche pacifique organisée par des militants Wazalendo et des habitants a dégénéré. Selon le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, au moins trois civils ont été tués et cinq autres blessés lorsque des tirs ont éclaté.

Depuis la nomination du général Olivier Gasita le 2 septembre 2025, la ville d’Uvira est le théâtre de vives tensions. Selon les autorités militaires, lors des affrontements du 8 septembre, un enfant de 12 ans a été tué par balle, et neuf autres personnes ont été blessées, dont quatre militaires des FARDC et cinq civils.

Des sources locales rapportent un bilan plus lourd : au moins cinq morts et huit blessés graves, dont plusieurs civils.

Impact socio-économique : six jours de “ville morte”

Depuis le 2 septembre, les groupes Wazalendo ont décrété six journées de “ville morte” à Uvira. Cette paralysie a entraîné la fermeture des commerces, des écoles et des administrations, affectant gravement l’économie locale.

Situation sécuritaire : une région sous pression

La MONUSCO, dans son rapport de juin 2025, indique que plus de 100 groupes armés sont actifs dans l’est de la RDC, principalement dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette présence d’acteurs armés complique davantage la situation sécuritaire à Uvira.

Un témoin, présent lors de la manifestation, confie :

« Nous étions partis réclamer le départ du général Gasita, mais les militaires ont ouvert le feu sans sommation. C’était la panique totale. »

Les FARDC affirment, de leur côté, que des “éléments infiltrés” auraient provoqué les heurts en attaquant des positions militaires, poussant les forces loyalistes à réagir.

Le rôle controversé des Wazalendo

Le mouvement Wazalendo, constitué de milices d’autodéfense nées en 2022 pour soutenir l’armée face au M23, occupe une place centrale dans la crise actuelle. Initialement alliés des FARDC, plusieurs de leurs factions se sont progressivement radicalisées, contestant certaines décisions du gouvernement.

Le général Ekenge appelle les Wazalendo à faire preuve de retenue :

« Nous demandons à nos compatriotes Wazalendo de rester unis derrière nos institutions et de ne pas tomber dans le piège des manipulateurs qui veulent diviser les Congolais. »

Cependant, certains leaders Wazalendo accusent l’armée de marginaliser leurs combattants, malgré leur contribution dans la lutte contre le M23.

Uvira, une ville stratégique sous haute pression

Située à la frontière avec le Burundi, Uvira est un carrefour économique et militaire majeur. Son port alimente une grande partie de la région en produits essentiels, y compris en carburant, et son contrôle est considéré comme vital pour la stabilité du Sud-Kivu.

Historiquement, Uvira a souvent été le théâtre de tensions communautaires impliquant les Banyamulenge, les Bafuliiru et les Babembe. La présence de plusieurs groupes armés complique la situation, rendant la gouvernance locale extrêmement délicate.

Selon un rapport de la MONUSCO, publié en août 2025, plus de 17 groupes armés opèrent encore dans la région, exploitant les tensions ethniques et les rivalités politiques pour renforcer leur influence.

Une menace persistante du M23 et des acteurs régionaux

Derrière la crise actuelle se cache un enjeu sécuritaire plus large : la lutte contre le M23, soutenu selon plusieurs rapports par le Rwanda. Les FARDC craignent que la contestation autour de Gasita ne serve de prétexte aux rebelles pour renforcer leurs positions.

Un officier de l’état-major, sous couvert d’anonymat, confie :

« Chaque division au sein de l’armée nationale profite directement au M23. Uvira ne doit pas devenir une nouvelle brèche pour les agresseurs. »

Les tensions internes entre les FARDC, les Wazalendo et certaines communautés risquent d’affaiblir la ligne de front, déjà fragilisée dans plusieurs zones.

Appels à l’unité nationale

Dans une déclaration officielle, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a rappelé que la nation devait rester soudée :

« Un soldat appartient à l’Armée et sert la Nation, pas une communauté. Unis derrière nos institutions, nous résisterons à la manipulation et vaincrons l’agresseur. »

Le gouvernement appelle également les organisations internationales, y compris l’Union africaine et la CEEAC, à soutenir les efforts de pacification dans le Sud-Kivu.

Perspectives et enjeux à venir

La crise autour du général Gasita révèle les failles profondes de la gouvernance sécuritaire dans l’Est de la RDC. Si le gouvernement ne parvient pas à apaiser les tensions, Uvira pourrait basculer dans un cycle de violences intercommunautaires aux conséquences régionales.

Les experts en sécurité recommandent :

Un dialogue inclusif entre l’armée, la société civile et les Wazalendo.

Le renforcement des opérations militaires coordonnées contre les groupes rebelles.

Une médiation régionale, impliquant les pays voisins, pour limiter les ingérences extérieures.

La situation à Uvira illustre la fragilité de l’équilibre sécuritaire dans l’Est de la RDC. Entre les contestations locales, les rivalités communautaires, la menace du M23 et les ambitions régionales, la crise autour du général Gasita est un test majeur pour les FARDC et pour l’unité nationale.

Le message de l’armée reste clair : « L’ennemi, ce n’est pas le Congolais d’en face, mais ceux qui veulent diviser la République. »
La suite dépendra de la capacité des autorités à rétablir la confiance, restaurer la paix et préserver l’intégrité territoriale.

Perspective politique nationale

La crise à Uvira dépasse désormais le cadre local et interpelle directement le gouvernement central. La nomination du général Olivier Gasita, confirmée par le président Félix Tshisekedi, s’inscrit dans une stratégie nationale de renforcement de la sécurité à l’Est de la RDC, particulièrement face à la menace persistante du M23.

Selon des sources gouvernementales, cette décision vise à consolider la cohésion des FARDC et à assurer une coordination efficace des opérations militaires dans la région. Toutefois, la contestation de certains groupes Wazalendo et une partie de la population locale expose les fragilités politiques et sécuritaires du pays, ainsi que les tensions communautaires qui peuvent être exploitées par des acteurs externes.

Le gouvernement central appelle donc à l’unité nationale et à la coopération entre les forces armées, les acteurs locaux et la société civile. Dans ce contexte, plusieurs ministres envisagent de lancer un dialogue inclusif avec les leaders communautaires et les représentants des Wazalendo pour apaiser les tensions et renforcer la légitimité de l’autorité de l’État.

Cette crise met également en lumière l’enjeu plus large de la stabilité politique et sécuritaire dans l’Est de la RDC, un test pour la capacité du gouvernement à maintenir l’ordre tout en respectant les préoccupations locales.

La crise autour du général Olivier Gasita à Uvira illustre la fragilité persistante de la gouvernance sécuritaire dans l’Est de la RDC. Entre contestations locales, rivalités communautaires et menaces des groupes armés, la situation reste extrêmement volatile. La capacité du gouvernement à instaurer le dialogue, à renforcer les opérations militaires et à restaurer la confiance auprès des populations locales sera déterminante pour éviter que la ville ne bascule dans un cycle de violences durable.

L’enjeu dépasse Uvira : il s’agit de préserver l’unité nationale, de sécuriser les zones stratégiques et de démontrer que la République peut affirmer son autorité tout en respectant les droits des citoyens. Comme le rappelle le message des FARDC : « L’ennemi n’est pas le Congolais d’en face, mais ceux qui cherchent à diviser la nation. »

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