RDC : Vital Kamerhe démissionne de la présidence de l’Assemblée nationale

Un départ inattendu qui secoue la majorité et ouvre une nouvelle ère politique

C’est un coup de tonnerre au cœur de la vie politique congolaise : Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale et figure centrale de la majorité présidentielle, a annoncé sa démission volontaire. Dans une lettre lue à ses collègues, il explique avoir pris cette décision « pour des raisons de convenance personnelle », mais le contexte politique et les tensions internes montrent qu’il s’agit bien plus d’un acte politique majeur que d’un simple retrait individuel.

Depuis plusieurs semaines, les rumeurs enflaient à Kinshasa. Une pétition lancée par des députés réclamait la destitution de Vital Kamerhe et de plusieurs membres de son bureau. Les griefs portés contre lui étaient multiples : gestion jugée opaque des finances de l’Assemblée, ralentissement du contrôle parlementaire, et surtout, un manque de loyauté perçu vis-à-vis de l’Union Sacrée, coalition soutenant le président Félix Tshisekedi.

Face à ce contexte, la démission du président de la Chambre basse n’est pas une totale surprise. Elle apparaît plutôt comme une manière de devancer une humiliation publique : la destitution par vote. Kamerhe, fin stratège, a préféré partir de son plein gré, avec un mot d’ordre : préserver la stabilité de l’institution. « Ma petite personne ne doit pas bloquer une grande institution comme l’Assemblée nationale », aurait-il déclaré devant la conférence des présidents.

À 66 ans, Vital Kamerhe n’est pas un novice en politique. Ancien directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, ancien président de l’Assemblée entre 2006 et 2009, il a traversé plusieurs tempêtes, dont une condamnation retentissante dans l’affaire dite des « 100 jours », avant d’être réhabilité. Son retour à la tête de l’Assemblée nationale en 2024 symbolisait alors la réconciliation au sein de la majorité et le poids de son parti, l’Union pour la Nation Congolaise (UNC).

Sa démission ce 22 septembre 2025 marque donc un nouveau tournant, non seulement pour sa carrière, mais aussi pour l’équilibre politique congolais. Elle témoigne des fragilités de la coalition au pouvoir et des difficultés à maintenir une unité autour de figures aussi fortes que Vital Kamerhe.

La démission de Vital Kamerhe du 22 septembre 2025 n’est pas sans rappeler d’autres épisodes marquants de l’histoire politique congolaise. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’homme quitte la présidence de l’Assemblée nationale sous pression. En mars 2009 déjà, alors qu’il dirigeait la Chambre basse depuis 2006, Kamerhe avait été contraint de se retirer après un désaccord public avec le président de l’époque, Joseph Kabila, au sujet de l’intervention militaire rwandaise à l’Est du pays. Cet épisode avait marqué le début de sa rupture avec la majorité présidentielle de l’époque et son entrée dans l’opposition.

En RDC, les changements de leadership au sein de l’Assemblée nationale ont souvent été liés à des crises politiques plus larges. En 2012, par exemple, Évariste Boshab avait succédé à Aubin Minaku dans un contexte où le pouvoir cherchait à renforcer son contrôle sur le Parlement. Plus récemment, en 2021, Jeanine Mabunda avait été destituée de la présidence de l’Assemblée nationale par une pétition soutenue par la nouvelle majorité de Félix Tshisekedi, ouvrant la voie à l’élection de Christophe Mboso.

Ces précédents montrent que la présidence de l’Assemblée nationale est une fonction hautement politique, soumise aux rapports de force entre les différentes coalitions. Les démissions ou destitutions qui s’y produisent traduisent généralement des recompositions profondes au sein du pouvoir et annoncent parfois de nouvelles orientations pour le pays.

Ainsi, la démission de Vital Kamerhe s’inscrit dans une continuité historique : celle d’une Assemblée nationale utilisée à la fois comme instrument de légitimation politique et comme terrain de rivalités internes. Elle illustre aussi une constante de la vie politique congolaise : aucun poste, même le plus prestigieux, n’est à l’abri des recomptes de pouvoir et des réalignements stratégiques.

  1. Les tensions internes à l’Union Sacrée

L’Union Sacrée, coalition hétéroclite, regroupe une mosaïque de partis et de courants politiques. Si elle a permis au président Félix Tshisekedi de gouverner avec une majorité confortable, elle est traversée par des rivalités. Kamerhe, avec son poids politique et son influence régionale au Sud-Kivu, a parfois été perçu comme un allié encombrant.

  1. La question de la transparence

Des voix de plus en plus insistantes au sein de l’Assemblée accusaient la présidence de ne pas rendre suffisamment compte de l’utilisation des fonds parlementaires. Dans un contexte de crise économique, de difficultés sociales et de demandes accrues de bonne gouvernance, ces accusations ont pesé lourdement.

  1. Le contrôle parlementaire en berne

Beaucoup reprochaient à Kamerhe de freiner les enquêtes et interpellations de ministres, préférant protéger l’exécutif. Une position qui, paradoxalement, a fini par irriter jusque dans les rangs de l’UDPS, le parti présidentiel, qui veut afficher une image de rupture avec les pratiques passées.

Selon les documents consultés par la presse parlementaire, la pétition contre Vital Kamerhe avait recueilli plus de 230 signatures sur les 500 députés que compte l’Assemblée nationale, soit près de la moitié de l’hémicycle. Ce chiffre témoignait de la profondeur du malaise et rendait quasiment inévitable une issue défavorable pour l’ancien président de l’Assemblée.

D’après le rapport préliminaire de la Commission spéciale chargée d’examiner les pétitions, plusieurs griefs étaient formulés :

mauvaise gouvernance et absence de transparence dans la gestion des fonds alloués à l’Assemblée ;

blocage systématique du contrôle parlementaire, avec le refus d’autoriser certaines interpellations de ministres ;

gestion jugée trop centralisée, marginalisant plusieurs membres du bureau.

Le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale précise, à l’article 26, que tout membre du bureau peut être démis de ses fonctions par un vote de la plénière, à la suite d’une pétition signée par un dixième des députés nationaux. Or, dans le cas de Kamerhe, le seuil avait été largement dépassé, renforçant la légitimité de la démarche.

Dans sa lettre de démission datée du 22 septembre 2025, dont une copie circule sur les réseaux sociaux et a été confirmée par le secrétariat général de l’Assemblée, Vital Kamerhe a écrit :

« Je viens par la présente déposer, pour des raisons de convenance personnelle, ma démission volontaire aux fonctions de Président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. »

Cette formulation officielle, brève et sans justification politique explicite, respecte les usages protocolaires, mais laisse apparaître en filigrane le poids des pressions institutionnelles et politiques qui pesaient sur lui.

Dès l’annonce de sa démission, les réactions ont fusé.

Du côté de l’opposition, certains leaders parlent d’une victoire symbolique de la démocratie. « C’est un signal fort que même les plus puissants doivent rendre des comptes », a lancé un député de l’opposition proche de Moïse Katumbi.

Au sein de la majorité, les réactions oscillent entre regret et soulagement. Plusieurs cadres de l’UDPS saluent « un geste de responsabilité » mais insistent sur la nécessité d’élire rapidement un successeur.

À l’international, des observateurs diplomatiques y voient une « épreuve de vérité » pour la démocratie congolaise. La Mission des Nations unies en RDC (MONUSCO) a salué « une transition pacifique qui montre la vitalité des institutions ».

La démission de Vital Kamerhe entraîne de facto une vacance à la présidence de l’Assemblée nationale. Conformément au règlement intérieur, le premier vice-président assurera l’intérim en attendant l’élection d’un nouveau président. Le nom d’Isaac Tshilumbayi, actuel premier vice-président, est cité comme possible successeur par intérim.

Cette transition arrive à un moment sensible : plusieurs textes de loi importants, dont la réforme électorale et la loi sur la décentralisation financière, étaient en discussion. L’instabilité risque de ralentir l’agenda législatif.

L’affaire Kamerhe ne se limite pas à une question de personnes. Elle met en lumière des problèmes structurels :

La difficulté d’instaurer une gouvernance transparente dans un pays où les institutions sont souvent accusées d’opacité.

La personnalisation du pouvoir : la politique congolaise reste dominée par des figures fortes, parfois au détriment de l’institution.

Le défi de l’unité nationale : la coalition au pouvoir reflète les fragilités d’un système où les alliances se font et se défont au gré des rapports de force.

  1. Élection rapide d’un nouveau président consensuel : Cela permettrait de stabiliser l’Assemblée et de relancer le travail parlementaire.
  2. Course au pouvoir interne : Si les partis de la majorité s’affrontent pour imposer leur candidat, la crise pourrait s’aggraver.
  3. Retour en coulisses de Kamerhe : Bien qu’ayant démissionné, il reste une figure politique influente. Certains analystes estiment qu’il pourrait jouer un rôle dans les négociations futures, voire préparer une nouvelle candidature en 2028..

Un étudiant en sciences politiques confie : « C’est la preuve que notre démocratie progresse. On ne reste pas éternellement au pouvoir quand le peuple n’est pas satisfait. »

Une commerçante du marché Gambela nuance : « Les politiciens démissionnent, mais nous, notre vie ne change pas. On veut voir des résultats concrets dans nos poches. »

Un cadre d’une ONG locale insiste : « Il faut que cette démission serve de leçon. Les institutions ne doivent pas être bloquées par des querelles personnelles. »

Dans les couloirs du Palais du peuple, la démission de Vital Kamerhe a provoqué des réactions contrastées. Un député de la majorité, sous couvert d’anonymat, a confié :

« C’est un choix douloureux, mais nécessaire. Le président Kamerhe était un homme d’expérience, mais les critiques étaient devenues trop lourdes. En partant, il évite une crise plus profonde au sein de notre coalition. »

Du côté de l’opposition, certains élus n’ont pas caché leur satisfaction. Pour un député proche de Moïse Katumbi :

« Le départ de Kamerhe est une victoire pour la démocratie. Cela montre que personne n’est au-dessus des règles. Nous espérons que son successeur sera plus attentif aux exigences de transparence et de contrôle. »

Les juristes et constitutionnalistes, eux, insistent sur la portée institutionnelle de ce geste. Le professeur Jean-Bosco Kalala, spécialiste en droit public à l’Université de Kinshasa, explique :

« La démission de Vital Kamerhe n’est pas un simple fait politique. Elle illustre l’application des mécanismes prévus par la Constitution et le Règlement intérieur. C’est une leçon de responsabilité politique qui peut renforcer la crédibilité de l’Assemblée nationale, à condition que l’intérim et la succession se déroulent dans le respect des procédures. »

Enfin, dans la société civile, plusieurs organisations saluent un pas en avant. Une activiste d’une ONG de lutte contre la corruption estime que :

« Les institutions commencent enfin à s’autoréguler. La pression citoyenne, relayée par certains députés, a contribué à ce départ. Mais il ne faut pas que cela s’arrête à une démission : il faut aussi des réformes structurelles. »

Ces témoignages reflètent l’éventail des sentiments suscités par cette décision : entre regrets, soulagement et appels à un nouveau départ.

La démission de Vital Kamerhe, annoncée officiellement le 22 septembre 2025, restera une date marquante de l’histoire parlementaire congolaise. Elle illustre la montée en puissance d’une exigence de transparence et de discipline politique au sein même de la majorité présidentielle. Elle reflète aussi la fragilité des équilibres politiques en RDC, où chaque démission ou nomination peut redessiner le paysage.

Si cette décision est saluée comme un acte de responsabilité, elle ouvre néanmoins une période d’incertitude. La stabilité de l’Assemblée nationale dépendra désormais de la capacité de la majorité à trouver rapidement un consensus, et du gouvernement à rassurer une population qui attend des réformes concrètes plutôt que des querelles de pouvoir.

Au-delà du départ d’un homme, c’est donc toute la crédibilité du système politique congolais qui est à l’épreuve.

Esaïe vumi objectif DK TV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *