
Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a pris part ce lundi 22 septembre 2025, au siège des Nations unies à New York, à la Conférence de haut niveau marquant le 80ᵉ anniversaire de l’Organisation des Nations unies (ONU). Aux côtés de plusieurs autres chefs d’État et de gouvernement, le chef de l’État congolais a participé à cet événement hautement symbolique, placé sous le signe de la réflexion sur les défis actuels et de la réaffirmation de l’idéal multilatéral.

Créée en 1945 à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU célèbre cette année huit décennies d’existence. L’institution, qui a accompagné la communauté internationale dans les moments les plus sombres comme dans les avancées les plus marquantes en matière de paix, de droits humains et de développement, a tenu à marquer cet anniversaire par une conférence de haut niveau.
La rencontre a réuni à New York des dizaines de dirigeants mondiaux. Pour le président Tshisekedi, la présence à cette tribune prestigieuse constitue une double opportunité : renforcer le positionnement diplomatique de la RDC sur la scène internationale et plaider pour une meilleure prise en compte des souffrances de son peuple, particulièrement dans l’Est du pays.
Prenant la parole en ouverture, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dressé un constat alarmant de la situation internationale actuelle. Selon lui, le monde traverse une période marquée par des divisions profondes, un affaiblissement du respect du droit international, et une recrudescence des conflits armés qui prennent souvent pour cible les populations civiles.
« Le monde est aujourd’hui profondément divisé », a affirmé António Guterres, insistant sur le fait que la pauvreté, la faim et les inégalités continuent de s’aggraver dans de nombreuses régions.
Le chef de l’ONU a également regretté le ralentissement des progrès dans la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD), pourtant fixés comme horizon commun pour 2030.
Dans ce contexte, il a rappelé l’esprit des fondateurs de l’organisation internationale : « Ils n’étaient pas des idéalistes détachés de la réalité. Ils avaient vécu la guerre, ils savaient que la paix exigeait du courage, une vision et une solidarité durable ».
Sa conclusion a été claire : « La seule voie possible, c’est celle de l’unité ». Unité des États face aux défis transnationaux, unité des peuples contre les inégalités, unité des institutions internationales pour préserver la paix et la dignité humaine.
14,5 % des ODD sont en bonne voie d’être atteints en RDC.
La majorité des ODD connaissent une stagnation ou des progrès insuffisants, notamment dans les domaines de la pauvreté, de l’éducation, de la santé et de l’égalité des sexes.
Les disparités entre les zones urbaines et rurales persistent, avec des taux d’analphabétisme plus élevés en milieu rural, particulièrement chez les femmes.
Plus de 7,3 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays.
Environ 1,1 million de réfugiés et demandeurs d’asile congolais se trouvent dans les pays voisins.
Plus de 6,7 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, avec une concentration majeure dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Depuis mars 2022, des vagues successives de violence ont entraîné le déplacement de 4,6 millions de personnes dans ces deux provinces.
Dans le Nord-Kivu, les cas signalés de violence sexiste sont passés de 20 771 au début de l’année 2023 à 27 328 en 2024, dont 63 % de viols.
Plus de 530 000 réfugiés et demandeurs d’asile se trouvent actuellement en RDC.
Plus de 1,1 million de réfugiés et demandeurs d’asile de la RDC se trouvent dans les pays voisins.
Ces données illustrent la gravité de la situation en RDC et renforcent le plaidoyer du président Félix Tshisekedi pour une reconnaissance internationale du « Génocost » et un soutien accru à son pays.
Le président Félix Tshisekedi, en marge de ces commémorations, a saisi l’occasion pour mettre en avant plusieurs priorités de la RDC sur la scène internationale.
Depuis plusieurs années, la diplomatie congolaise milite pour que la communauté internationale reconnaisse officiellement ce que Kinshasa appelle le « Génocost » – contraction de « génocide » et « exploitation économique ». Ce terme désigne les massacres et atrocités commis contre les Congolais, notamment dans l’Est, où la guerre est alimentée par la convoitise sur les ressources naturelles du pays.
Pour Tshisekedi, il est impératif que la souffrance du peuple congolais ne soit pas reléguée au second plan :
« Les victimes ont droit à la vérité, à la justice et aux réparations. Le monde ne peut rester indifférent face à ce drame qui dure depuis plus de deux décennies », a-t-il plaidé.
En parallèle, la RDC s’est vu confier la vice-présidence de cette 80ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce rôle, que Félix Tshisekedi endosse désormais, offre à Kinshasa une visibilité diplomatique accrue et une place stratégique dans la conduite des débats au sein de l’institution.
Le chef de l’État congolais a rappelé que, malgré les efforts déployés, la RDC reste confrontée à une situation sécuritaire préoccupante dans ses provinces orientales. Les groupes armés continuent de semer la terreur, entraînant déplacements massifs de populations, violences sexuelles et violations répétées des droits humains.
Le président a insisté sur la nécessité d’un appui plus ferme de la communauté internationale pour mettre fin à cette tragédie humaine.
« Si le monde hésite encore à reconnaître cette tragédie pour ce qu’elle est — un génocide rampant — nous n’attendrons pas que d’autres valident notre douleur. Nous sommes les premiers témoins ; nous serons les premiers à poursuivre la justice. »
Cette déclaration souligne l’appel pressant du président congolais à la reconnaissance internationale du « Génocost », un terme désignant les atrocités commises dans l’Est de la RDC, souvent liées à l’exploitation illégale de ses ressources naturelles.
Enfin, Tshisekedi a annoncé la tenue d’une séance de travail avec le Fonds national des réparations des victimes des violences sexuelles liées aux conflits (FONAREV). Pour lui, la justice transitionnelle et la réparation des victimes constituent un pilier essentiel de la réconciliation nationale.
La participation de Félix Tshisekedi à cet événement commémoratif dépasse la simple présence protocolaire. Elle s’inscrit dans une stratégie diplomatique plus large.
Renforcer la crédibilité internationale de la RDC : longtemps perçue comme un pays victime de crises récurrentes, la RDC veut désormais apparaître comme un acteur diplomatique engagé et force de proposition.
Mobiliser autour du « Génocost » : la reconnaissance internationale de ce concept pourrait ouvrir la voie à des enquêtes, à des poursuites judiciaires et à des réparations symboliques ou matérielles.
Accroître son influence à l’ONU : la vice-présidence de l’Assemblée générale est un levier diplomatique qui pourrait être utilisé pour orienter certains débats sur des thématiques chères à la RDC, comme la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles ou la protection des populations civiles.
Obtenir un soutien renforcé à l’Est : Tshisekedi espère convaincre la communauté internationale que la paix en RDC est indissociable de la stabilité de la région des Grands Lacs et, par extension, de la paix mondiale.
Lors de la conférence, António Guterres a souligné les défis mondiaux actuels, notamment les divisions profondes, l’affaiblissement du respect du droit international et la recrudescence des conflits armés. Il a insisté sur la nécessité d’une unité mondiale pour faire face à ces enjeux.
En marge de la conférence, le président Tshisekedi a rencontré Massad Boulos pour discuter du partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis. Cette rencontre souligne l’engagement des États-Unis envers la RDC et leur soutien aux initiatives de paix et de développement.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Turk, a présenté un compte-rendu sur la situation en RDC, appelant toutes les parties au conflit à s’engager dans un processus de paix inclusif.
La communauté internationale a exprimé son soutien à la RDC, appelant à une reconnaissance mondiale du « Génocost » et à des actions concrètes pour mettre fin aux violences dans l’Est du pays.
Malgré ce plaidoyer, plusieurs obstacles persistent.
Sur le plan sécuritaire, la multiplicité des groupes armés et l’implication d’acteurs régionaux compliquent toute solution rapide.
Sur le plan économique, la dépendance aux matières premières expose la RDC à des dynamiques de pillage et de prédation, qu’aucune reconnaissance symbolique ne suffira à enrayer sans réformes profondes.
Sur le plan diplomatique, convaincre les grandes puissances de reconnaître le « Génocost » nécessitera une campagne de longue haleine, impliquant des rapports juridiques solides, une documentation historique irréfutable et une coalition internationale déterminée.
La situation sécuritaire en République démocratique du Congo, notamment dans les provinces de l’Est, a des répercussions directes sur l’ensemble de la région des Grands Lacs. Les conflits armés persistants favorisent la prolifération de groupes rebelles transfrontaliers et alimentent les réseaux illégaux d’exploitation des ressources naturelles, impactant la stabilité des pays voisins comme le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et la Tanzanie.
Le président Félix Tshisekedi a souligné lors de la conférence de l’ONU que la paix en RDC est indissociable de la sécurité régionale : « La stabilité de notre pays est un gage pour celle de l’Afrique centrale et des Grands Lacs », a-t-il déclaré.
De plus, le rôle stratégique de la RDC, riche en minerais essentiels pour les technologies modernes, attire l’attention des grandes puissances et des organisations internationales. La reconnaissance internationale du « Génocost » pourrait ainsi non seulement renforcer la justice pour les victimes, mais aussi influencer la diplomatie économique et sécuritaire de la région.
Enfin, la coopération régionale est perçue comme indispensable. Tshisekedi plaide pour des mécanismes conjoints de sécurité et de développement, mettant en avant l’importance d’une coordination efficace entre les États de la région, l’ONU et l’Union africaine pour prévenir les crises futures et stabiliser durablement l’Est de la RDC.
Ces éléments permettent de montrer que la diplomatie congolaise ne se limite pas à une logique interne, mais s’inscrit dans une vision régionale et géopolitique de long terme.
L’anniversaire des 80 ans de l’ONU intervient à un moment où l’organisation est de plus en plus critiquée pour son manque d’efficacité face aux crises contemporaines. Que ce soit en Ukraine, en Palestine, en RDC ou encore au Soudan, l’institution peine parfois à imposer ses résolutions.
Pour António Guterres, la commémoration n’est pas une simple célébration, mais une invitation à repenser le multilatéralisme afin de l’adapter aux réalités du XXIᵉ siècle : montée des nationalismes, changements climatiques, cybermenaces, migrations massives, et inégalités économiques croissantes.
La Conférence de haut niveau sur les 80 ans de l’ONU, tenue le 22 septembre 2025, restera un moment symbolique à plus d’un titre. Pour António Guterres, elle fut l’occasion de rappeler que seule l’unité peut sauver un monde fragmenté. Pour Félix Tshisekedi, elle a constitué une tribune mondiale pour défendre la mémoire des victimes congolaises, réclamer justice et consolider l’influence diplomatique de la RDC.
La suite dépendra de la capacité des États à transformer les discours en actes. Si l’unité prônée par Guterres se matérialise par des actions concrètes, la célébration des 80 ans de l’ONU pourra être perçue comme un tournant. À défaut, elle restera une commémoration de plus, sans impact réel sur les vies de millions de personnes qui, du Kivu à Gaza, du Sahel à l’Ukraine, continuent d’attendre paix et dignité.
Esaïe vumi objectif DK TV