RDC — Drame sur la RN1 : collision entre une remorque et un Mitsubishi Lancer, les véhicules pillés sous les yeux impuissants des riverains

Une collision grave entre un poids lourd et un véhicule léger a eu lieu sur la Route Nationale n°1, entre Kinshasa et Matadi, dans la nuit du 26 au 27 septembre 2025. Selon plusieurs témoins rencontrés sur place, une remorque en provenance de Kinshasa est entrée en collision avec une Mitsubishi Lancer venant de Matadi. L’accident a causé plusieurs blessés graves, transportés en urgence vers une structure sanitaire locale.

Mais ce qui choque davantage, c’est le pillage systématique des deux véhicules accidentés par des habitants de la zone, avant toute intervention des forces de l’ordre ou des secours. Selon les riverains, aucune autorité ne s’est déplacée sur les lieux dans les heures qui ont suivi le drame.

La RN1, qui relie Kinshasa au port maritime de Matadi, est connue pour être l’un des axes les plus meurtriers du pays. Le tronçon, bien que bitumé, est marqué par de nombreuses pentes dangereuses, un manque d’éclairage, des signalisations absentes ou inopérantes, et une circulation mêlant véhicules lourds et transports de fortune.

« C’est la route de la mort. Chaque semaine, on voit un accident ici », déplore Lukusa Mavakala, un chauffeur de bus de la ligne Matadi–Kinshasa interrogé à Mbanza-Ngungu.

Témoignage : « Ils sont venus avec des outils pour tout démonter »

Sur les lieux de l’accident, des témoins racontent une scène de chaos et de désespoir. Pauline Nsiala, commerçante dans un village voisin, a été parmi les premières à se rendre sur place.

« Il faisait déjà nuit. Les gens criaient. Certains ont tenté d’aider les blessés, mais d’autres sont venus avec des outils. Ils ont démonté les phares, les pneus, même les batteries. C’était honteux, mais personne ne pouvait les arrêter. »

Un autre témoin, qui a requis l’anonymat, parle d’un pillage organisé, exécuté « comme si c’était normal ». « Des motos sont venues. Ils ont pris des pièces entières et sont repartis dans la forêt », dit

Selon les informations recueillies auprès d’un infirmier du centre de santé de Songololo, trois personnes grièvement blessées ont été transférées par des civils vers le centre médical local. Le personnel soignant affirme ne pas avoir reçu de coordination avec les autorités sanitaires provinciales.

« On a reçu trois blessés, dont deux dans un état critique. Ils ont été stabilisés ici, mais nous n’avons pas d’ambulance ni de matériel pour les cas graves. On a demandé leur transfert à Matadi. On attend toujours la réponse », explique un infirmier sous couvert d’anonymat, craignant des sanctions.

L’accident survenu sur la RN1 met une fois de plus en lumière le manque criant de dispositifs de secours d’urgence en dehors des centres urbains. Dans le Kongo-Central, comme dans d’autres provinces, les structures médicales rurales sont souvent sous-équipées, sans ambulances ni personnel d’intervention rapide.

Selon plusieurs sources médicales, la plupart des évacuations sont assurées par des particuliers, des chauffeurs de passage ou des familles, souvent dans des conditions précaires. Les premiers gestes de survie sont laissés à l’initiative de civils, sans formation, ni matériel adapté.

« Même un simple brancard ou une perfusion manque parfois. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, mais on n’est pas préparés pour les urgences graves », déplore un infirmier de Songololo.

Dans certains cas, les blessés doivent attendre plusieurs heures, voire toute une nuit, avant de recevoir une aide médicale appropriée — un délai souvent fatal.

À ce jour, aucune déclaration n’a été faite par la police nationale, la commission provinciale de prévention routière ou les autorités territoriales du Kongo-Central sur l’accident. Interrogée par téléphone, une source administrative au sein du territoire de Mbanza-Ngungu reconnaît avoir été alertée, mais évoque un manque de moyens logistiques pour se rendre rapidement sur les lieux.

« C’est une zone éloignée. La nuit, sans véhicule, sans motards, c’est difficile. On ne peut pas tout couvrir à la fois », affirme ce fonctionnaire qui a requis l’anonymat.

Ce type de scènes, autrefois rares, tend à se multiplier sur les axes routiers isolés. En l’absence de dispositifs d’intervention rapide, les véhicules accidentés deviennent des cibles faciles pour des populations démunies, parfois motivées par la pauvreté, parfois simplement par opportunisme.

« Ce n’est pas une population criminelle. C’est l’absence de l’État qui crée cette loi de la jungle. Les gens sont livrés à eux-mêmes. Un accident devient une opportunité de récupérer ce qu’on peut », explique le sociologue Jonas Mbaki, chercheur à l’Université de Kinshasa.

D’après les données de la Commission nationale de prévention routière (CNPR), la RN1 est le théâtre de centaines de drames chaque année. En 2023, elle a enregistré plus de 1 600 accidents, causant 384 morts et plus de 700 blessés.

Rien que sur les six premiers mois de 2024, 356 accidents ont été rapportés, faisant 142 morts, selon un rapport publié en octobre 2024 par Infobascongo. Plusieurs ONG de la société civile dénoncent un manque d’investissements dans la sécurité routière et une absence de politique de prévention cohérente.

Selon les statistiques disponibles, la RN1 demeure l’une des routes les plus dangereuses non seulement en RDC, mais dans toute l’Afrique centrale. À elle seule, elle concentre environ 35 % des décès liés aux accidents de la route recensés sur les grands axes nationaux du pays.

La RN2 (Kinshasa – Kikwit) a enregistré 212 morts en 2023, contre 384 sur la RN1.

Sur la RN4 (Kisangani – Bunia), plus de 120 accidents ont été signalés la même année, causant 97 décès.

Le taux de mortalité routière en RDC est estimé par l’OMS à 27,2 pour 100 000 habitants, soit bien au-dessus de la moyenne mondiale fixée à 18,2.

Ces chiffres alarmants révèlent l’ampleur du défi sécuritaire que représente la RN1, souvent décrite par les chauffeurs comme une « route de la mort ».

Face à la recrudescence des accidents et aux scènes de pillage, des voix s’élèvent pour réclamer une présence permanente de la police routière, des unités de secours mobiles et un renforcement du contrôle technique obligatoire.

« On ne peut plus tolérer que des vies soient perdues chaque semaine sur cet axe. Il faut un plan d’urgence pour la RN1. Le gouvernement doit agir maintenant », martèle Céline Kanza, militante des droits humains dans le Bas-Congo.

Voici le texte pour l’encadré ou l’aparté sur la corruption et le contrôle technique défaillant, à insérer avant ou après la section « Appel à des mesures urgentes » :

Derrière les nombreux accidents impliquant des véhicules vétustes ou défectueux, se cache un système de contrôle technique largement corrompu. Officiellement obligatoire, ce contrôle est dans les faits souvent contourné par des paiements informels.

« Il suffit de payer un agent, et on vous délivre un certificat sans même voir le véhicule. C’est une pratique courante, tout le monde le sait », confie un mécanicien basé à Matadi.

Résultat : des poids lourds avec des freins défaillants, des pneus lisses ou des systèmes d’éclairage hors service circulent librement sur des routes à fort trafic, mettant en danger des milliers de vies.

Certains syndicats de transporteurs dénoncent cette situation depuis des années, sans réponse concrète des autorités. Le manque de sanctions, la tolérance institutionnelle et l’inaction de la police routière entretiennent un cercle vicieux où la négligence devient la norme.

À l’heure où nous mettons sous presse, les circonstances précises de la collision restent floues. Aucun rapport officiel n’a été rendu public. L’identité des blessés n’a pas encore été communiquée. Les familles, elles, attendent des nouvelles, souvent sans moyens de transport ou de communication pour joindre les centres médicaux.

L’accident survenu fin septembre sur la RN1 n’est pas un fait isolé. Il reflète la crise silencieuse de la sécurité routière en RDC : infrastructures vieillissantes, absence de régulation stricte, interventions tardives, et désormais, un phénomène préoccupant de pillage post-accident, qui ajoute à la détresse des victimes.

Une question demeure : combien faudra-t-il de drames pour qu’un plan d’action concret soit enfin mis en œuvre ?

Il ne s’agit plus simplement de déplorer des drames isolés, mais de reconnaître l’échec d’un système incapable de protéger ses citoyens. Tant que l’État restera absent sur les routes, tant que les secours seront improvisés et que l’impunité règnera après chaque collision, la RN1 continuera de tuer en silence. Un plan d’action national, clair et chiffré, est désormais une exigence vitale, pas une option. Chaque jour sans réforme, c’est une vie de plus en danger.

Esaïe vumi objectif DK TV

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