M23–AFC à Goma : le cri d’alarme d’une population qui exprime son désarroi

Alors que les regards du monde sont rivés sur les tractations diplomatiques et les engagements de paix signés à Doha ou à Luanda, la réalité sur le terrain dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) demeure tragique. À Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, la présence persistante des rebelles du M23, alliés à l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), continue de semer la terreur, la misère et l’incertitude. La population locale, exaspérée, crie son désarroi dans un silence international assourdissant.

Une insécurité qui s’installe dans la durée

Depuis la résurgence du M23 en 2021, la situation sécuritaire n’a cessé de se dégrader dans les territoires de Rutshuru, Masisi, Nyiragongo et maintenant dans les environs de Goma. Malgré les promesses de désengagement, les rebelles du M23/AFC renforcent leurs positions, contrôlant des localités entières, érigeant des barrières, et imposant un ordre parallèle. Les populations civiles, prises au piège entre les lignes de front, vivent dans la peur constante.

« Nous ne savons plus où aller. Chaque jour, nous perdons des proches, des maisons, de l’espoir », confie Esther, une déplacée de Kibumba, rencontrée dans un camp improvisé à Munigi.

Des milliers de déplacés dans des conditions inhumaines

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) estime à plus de 1,4 million le nombre de personnes déplacées dans les provinces du Nord-Kivu depuis le début de la crise. À Goma, les camps de fortune débordent. Des familles entières dorment à même le sol, sans nourriture suffisante, sans eau potable, ni accès aux soins médicaux.

« Mes enfants n’ont rien mangé depuis deux jours. Il n’y a pas d’aide, et personne ne nous protège », déclare un père de famille dans le camp de Bulengo.

Le système de santé, déjà fragile, est au bord de l’effondrement. Les ONG présentes sur place, telles que Médecins Sans Frontières (MSF) et le CICR, tirent la sonnette d’alarme sur les épidémies de choléra, la malnutrition et les violences sexuelles.

La société civile en colère : « Nous sommes abandonnés ! »

Face à cette tragédie humanitaire, la société civile de Goma hausse le ton. Les manifestations spontanées se multiplient, malgré la peur des répressions. Les leaders communautaires et religieux dénoncent l’inaction des autorités congolaises et l’hypocrisie de la communauté internationale.

« L’État congolais a failli à son devoir de protéger. Et l’ONU ? Elle parle pendant que nous mourons », s’indigne un activiste du mouvement LUCHA.

Entre géopolitique et duplicité

Cette crise dépasse largement le cadre d’un simple conflit armé. La présence du M23/AFC est perçue comme le prolongement d’un agenda géopolitique plus vaste. Plusieurs rapports d’experts pointent la complicité du Rwanda dans le soutien logistique et militaire aux rebelles, malgré les démentis de Kigali. En juin 2025, le président rwandais Paul Kagame a une nouvelle fois nié toute implication, tout en appelant à « une solution africaine au conflit congolais ».

Mais à Goma, la population ne croit plus aux discours. L’impression d’un abandon total domine. Ni les Forces Armées de la RDC (FARDC), ni les efforts diplomatiques, ni même la Mission de l’ONU (MONUSCO), en phase de retrait, ne semblent en mesure d’inverser la tendance.

L’appel à l’aide : « Nous n’avons plus de voix »

Dans un message audio largement relayé sur les réseaux sociaux, une femme de Sake, localité désormais aux portes du front, lançait un appel désespéré :

« Nous sommes en train de mourir. Nos enfants pleurent, nos maris sont tués, nos maisons brûlées. Dites au monde que Goma existe encore, que nous avons besoin d’aide ! »

Vers quel avenir ?

L’accord de Doha signé récemment entre Kinshasa et le M23/AFC sous la médiation du Qatar, qui prévoit un cessez-le-feu simultané avec le retrait des forces rwandaises et la neutralisation des FDLR, reste encore flou sur ses mécanismes d’application. Pendant que les diplomates négocient, les Congolais de Goma endurent.

Pour la population du Nord-Kivu, le mot « paix » est devenu une chimère. Et tant que la justice, la vérité et la volonté politique resteront absentes, le cri d’alarme de Goma risque de se perdre dans le vacarme des intérêts étrangers.

Esaïe vumi objectif DK TV

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