
Depuis le vendredi 4 juillet 2025, la ville de Beni est plongée dans une crise énergétique majeure, marquée par une pénurie aiguë de carburant. Ce manque de carburant est consécutif à un blocage douanier de plus de 60 camions-citernes au poste frontalier de Kasindi, empêchant leur accès à la ville. Les conséquences sur la vie quotidienne des habitants sont déjà dramatiques : flambée des prix, paralysie partielle des transports, et tensions sociales croissantes.
À la base de cette crise, un désaccord entre les importateurs de produits pétroliers et la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA). La douane congolaise exige l’application stricte d’une nouvelle réglementation sur la déclaration des produits pétroliers, ce que contestent certains opérateurs économiques.
Les importateurs, notamment ceux en provenance de l’Ouganda et du Kenya, refusent les nouvelles modalités de dédouanement, les jugeant inadaptées et trop coûteuses. En réponse, la DGDA a suspendu l’entrée des camions-citernes jusqu’à nouvel ordre, créant un effet immédiat de rupture d’approvisionnement.
« La structure des prix des produits pétroliers est une norme nationale, elle ne peut pas être discutée localement », a déclaré un responsable de la DGDA à Radio Okapi.
L’effet domino ne s’est pas fait attendre. Dès les premières heures du blocage, les stations-service ont progressivement fermé, incapables d’être réapprovisionnées. Ce vide a été comblé par les vendeurs informels de carburant – surnommés localement les « Kadafi » qui ont aussitôt triplé les prix.
Prix officiel (avant la crise) : 3 400 CDF (~1,20 USD) le litre
Prix actuel chez les vendeurs informels : entre 5 000 et 6 000 CDF (~2,14 USD) le litre
Les chauffeurs de taxi-moto, principaux utilisateurs de carburant dans la ville, répercutent cette flambée sur les tarifs de transport. Une course qui coûtait 1 000 CDF est désormais facturée jusqu’à 3 000 CDF, mettant en difficulté les familles les plus modestes.
Les répercussions ne se limitent pas aux seuls transports. De nombreux secteurs de la vie urbaine sont affectés :
Hôpitaux et centres de santé peinent à faire fonctionner leurs groupes électrogènes.
Petits commerces tournant au carburant (moulins, congélateurs, groupes électrogènes) sont à l’arrêt.
Travailleurs informels (chauffeurs, livreurs, maraîchers) sont frappés de plein fouet par la hausse des coûts de mobilité.
« On ne peut plus travailler. Même trouver un taxi est devenu un luxe. On marche plus qu’on roule », témoigne une habitante du quartier Boikene.
Face à l’enlisement de la situation, la population de Beni commence à exprimer son exaspération. Plusieurs associations de la société civile ont lancé des appels à la responsabilité de l’État, demandant l’arbitrage rapide du gouvernement central pour éviter que la situation ne dégénère.
Les syndicats des transporteurs évoquent déjà la possibilité d’une grève générale si aucune solution n’est trouvée dans les prochains jours. Les autorités locales, elles, assurent être en pourparlers avec Kinshasa pour un règlement rapide du litige douanier.
À ce jour, aucun accord n’a encore été signé entre la DGDA et les importateurs. Toutefois, des négociations sont en cours à Goma et à Kinshasa pour débloquer la situation.
Plusieurs pistes sont évoquées :
La mise en place d’un cadre transitoire pour permettre l’entrée temporaire des camions-citernes.
L’instauration d’un moratoire sur la nouvelle réglementation douanière.
Une médiation du ministère des Finances pour apaiser les tensions.
La crise du carburant à Beni est révélatrice des fragilités logistiques et administratives du pays. Un simple litige entre importateurs et douaniers a suffi à désorganiser toute l’économie urbaine locale. Si une solution n’est pas trouvée rapidement, le risque d’un soulèvement populaire ou d’un blocage économique total n’est pas à écarter.
Dans cette ville déjà confrontée à l’insécurité et à la pauvreté, cette crise pétrolière agit comme un catalyseur de colère populaire. Les jours à venir seront décisifs pour éviter que la flamme sociale n’embrase une région déjà fragile.
Esaïe vumi objectif DK TV