Kinshasa : Le ministre des Infrastructures ordonne l’assainissement autour de la CENI pour prévenir les inondations

Le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza, a donné ce vendredi 15 août des instructions fermes pour le nettoyage et l’assainissement des caniveaux autour du siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), situé près de la Gare centrale de Kinshasa. Cette décision vise à prévenir les risques d’inondations qui menacent les archives électorales et les installations stratégiques de l’institution.

Un site stratégique sous menace

Le siège de la CENI, situé dans le quartier animé de la Gare centrale, est au cœur d’une zone régulièrement affectée par les inondations lors de la saison des pluies. Outre l’importance de ses archives électorales, ce site abrite des équipements informatiques sensibles et des bureaux administratifs essentiels au bon fonctionnement de la commission.

Selon plusieurs experts en infrastructures urbaines, les inondations autour de la CENI résultent de la combinaison de plusieurs facteurs : l’obstruction chronique des caniveaux par des déchets plastiques et autres détritus, la faiblesse des systèmes de drainage et l’urbanisation anarchique de certaines zones environnantes. Ces problèmes, cumulés, rendent le site particulièrement vulnérable et exposé à des risques majeurs lors des fortes pluies.

Une intervention urgente

Alerté par cette situation, le ministre John Banza s’est rendu sur le site le 15 août pour constater l’état des infrastructures et évaluer les risques. Accompagné de techniciens de l’Office des voiries et drainage (OVD), il a ordonné le débouchage immédiat des caniveaux et le nettoyage complet de la zone.

« Il faut déboucher ces caniveaux. La protection des archives de la CENI est une urgence nationale. Nous ne pouvons pas prendre le risque que des documents électoraux essentiels soient détruits par l’eau », a déclaré le ministre lors de sa visite. Il a également donné des instructions pour que les travaux d’assainissement soient réalisés dans un délai maximal de 15 jours, afin de prévenir toute inondation imminente.

Contexte général : Kinshasa face aux inondations

La capitale de la République Démocratique du Congo est particulièrement exposée aux risques d’inondation. Avec plus de 14 millions d’habitants et une croissance urbaine rapide, Kinshasa souffre d’une urbanisation non planifiée, de la pollution des caniveaux et de l’absence d’infrastructures modernes de drainage.

Selon le Fonds d’assainissement de Kinshasa (Fonak), la ville produit environ 14 000 tonnes de déchets par jour, et les autorités estiment qu’il faudrait près de 13 millions de dollars par mois pour maintenir la ville propre et réduire le risque d’inondation. Les inondations de décembre 2022 ont tragiquement montré cette vulnérabilité : 141 personnes ont perdu la vie et plus de 38 000 habitations ont été affectées par les eaux de pluie.

Les causes structurelles des inondations

Outre la mauvaise gestion des déchets, plusieurs facteurs aggravent les risques :

  1. Construction illégale sur les zones d’écoulement des eaux : De nombreuses habitations et commerces se sont installés sur des zones autrefois dédiées au drainage naturel, ce qui bloque l’évacuation des eaux.
  2. Système de drainage obsolète : Les caniveaux et canalisations de Kinshasa datent souvent de plusieurs décennies et ne sont plus adaptés à l’urbanisation rapide de la ville.
  3. Accumulation de déchets plastiques et ménagers : Les habitants, faute de collecte régulière, jettent souvent leurs déchets dans les caniveaux, bloquant le flux des eaux de pluie.
  4. Saisons pluvieuses de plus en plus intenses : Les changements climatiques ont rendu les précipitations plus violentes, augmentant le risque d’inondations soudaines.

Des initiatives pour renforcer la résilience urbaine

Face à cette situation, les autorités congolaises ont mis en place plusieurs initiatives. Parmi elles :

Projet KIN-ELENDA : Soutenu par la Banque mondiale, ce projet vise à améliorer les conditions de vie dans les quartiers vulnérables et à investir dans des infrastructures structurantes. Il inclut des programmes de drainage urbain et de sensibilisation à la salubrité.

Commission ad hoc pour la voirie et l’assainissement : Sur ordre du président Félix Tshisekedi, cette commission a pour mission d’évaluer l’état de la voirie et des systèmes de drainage à Kinshasa, et de proposer des mesures d’urgence pour les zones à risque.

Ces initiatives visent à réduire les risques d’inondation tout en améliorant la qualité de vie des habitants. La collaboration des citoyens est également cruciale : le respect des règles d’hygiène et le tri des déchets peuvent considérablement limiter les blocages dans les caniveaux.

Une gouvernance proactive

Depuis sa nomination le 12 août 2025, le ministre John Banza a multiplié les visites de terrain. Le 14 août, il a inspecté des sites d’érosion dans la commune de Kimbanseke et a ordonné des interventions immédiates pour protéger les infrastructures locales.

Selon ses collaborateurs, le ministre accorde une attention particulière aux zones stratégiques comme la CENI, mais également aux quartiers périphériques souvent négligés, où les risques d’inondation peuvent avoir des conséquences humanitaires graves.

Impacts attendus

L’assainissement autour de la CENI est bien plus qu’une simple opération de nettoyage : il s’agit d’un test pilote pour démontrer l’efficacité des interventions rapides et ciblées sur des zones sensibles de la capitale. Si cette initiative réussit, elle pourrait servir de modèle pour d’autres quartiers à risque.

Les mesures prises contribueront également à :

Protéger les archives électorales et les installations publiques essentielles.

Réduire les pertes économiques liées aux inondations.

Sensibiliser la population à l’importance de la gestion des déchets et de l’entretien des caniveaux.

Renforcer la coordination entre les différentes institutions chargées des infrastructures et de la sécurité urbaine.

Perspectives à long terme

Pour rendre Kinshasa résiliente face aux inondations, les experts recommandent :

  1. La modernisation complète des systèmes de drainage dans toute la ville.
  2. La création de zones tampons pour l’écoulement naturel des eaux pluviales.
  3. L’amélioration de la collecte et du traitement des déchets urbains.
  4. La sensibilisation continue des citoyens à l’importance de la salubrité publique.

Le ministère des Infrastructures prévoit déjà d’étendre les opérations d’assainissement à d’autres sites publics sensibles, notamment les écoles, hôpitaux et bureaux gouvernementaux.

L’ordonnance du ministre John Banza pour l’assainissement autour du siège de la CENI illustre une volonté politique claire de protéger les institutions démocratiques et de renforcer la résilience de la ville face aux aléas climatiques. Cette initiative s’inscrit dans un cadre plus large de modernisation des infrastructures, de sensibilisation citoyenne et de gestion proactive des risques d’inondation.

Quartiers touchés : exemples concrets

Les inondations à Kinshasa affectent particulièrement les quartiers populaires où le drainage est insuffisant et les constructions souvent anarchiques. Parmi les zones les plus touchées :

Selembao et Lemba : Ces communes voient régulièrement leurs rues transformées en véritables rivières pendant la saison des pluies. Les habitants rapportent que l’eau pénètre parfois jusqu’aux maisons, détruisant meubles et provisions. Mme Mbadu, une riveraine de Selembao, témoigne : « Chaque pluie forte est un cauchemar. Nos enfants ne peuvent pas aller à l’école, et nos maisons sont inondées. »

Matete et Ngaba : Ces quartiers subissent des inondations fréquentes à cause des caniveaux obstrués et des constructions sur les voies d’évacuation des eaux. Selon un chef de quartier, « il suffit de quelques heures de pluie pour que les rues soient impraticables. Les véhicules restent bloqués et les habitants doivent traverser l’eau pour rentrer chez eux. »

Kimbanseke et Masina : Ces zones périphériques sont touchées à la fois par les inondations et l’érosion. Les sols meubles et l’absence de drainage efficace aggravent la situation. Les écoles et les marchés sont souvent submergés, entraînant des pertes économiques importantes pour les commerçants et des perturbations dans la scolarité des enfants.

Gombe et la Gare centrale : Même des quartiers centraux et administratifs ne sont pas épargnés. L’eau provenant des zones en amont descend vers ces quartiers, mettant en danger des bureaux publics et des infrastructures stratégiques, comme le siège de la CENI. Les archives électorales et les documents administratifs sensibles sont particulièrement à risque.

Ces exemples montrent que les inondations touchent à la fois les zones périphériques et centrales, affectant la vie quotidienne des habitants, les activités économiques et la sécurité des infrastructures publiques.

La réussite de ces mesures dépendra de la collaboration entre les autorités, les citoyens et les partenaires internationaux. Si elles sont bien mises en œuvre, elles permettront non seulement de protéger la CENI, mais aussi de jeter les bases d’une capitale plus sûre et mieux préparée face aux catastrophes naturelles.

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