RDC – Justice : Guillaume Ngefa inaugure une tournée des maisons carcérales

Guillaume Ngefa Atondoko, ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, a entamé officiellement une série de visites dans les établissements pénitentiaires de la République démocratique du Congo (RDC). La première étape de cette mission de terrain l’a conduit à la prison centrale de Makala, située à Kinshasa.

Contexte ministériel et trajectoire personnelle

Guillaume Ngefa Atondoko est nommé ministre de la Justice et garde des Sceaux le 8 août 2025, dans le gouvernement Suminwa II dirigé par le président Félix Tshisekedi .

Juriste et militant des droits humains chevronné, il a dirigé la Division des droits de l’homme de la MINUSMA au Mali et est salué pour son engagement historique en faveur de la démocratie et des droits humains . Son profil internationalement respecté renforce la crédibilité de sa désignation.

Pourquoi visiter la prison centrale de Makala en priorité ?

La prison de Makala — ou Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK) — est l’une des institutions carcérales les plus emblématiques, mais également les plus problématiques de RDC.

Fondée en 1957 durant la période coloniale, elle était conçue pour accueillir 1 500 détenus. Pourtant, elle en hébergerait aujourd’hui jusqu’à 10 à 15 000, soit un taux de surpopulation catastrophique .

Les conditions de détention y sont jugées « inhumaines » par de nombreuses ONG et médias : promiscuité extrême, nourriture indigente, insalubrité, violences, gestion interne par des codétenus transformant ce lieu en un « vrai camp de concentration » .

En septembre 2024, une tentative d’évasion sanglante y a fait au moins 129 à 131 morts, soulignant l’extrême tension au sein de l’établissement et l’urgence d’une prise en charge de sa situation .

Objectifs et symbolique de la visite du 18 août 2025

Le choix de commencer cette tournée carcérale avec Makala envoie un message fort :

  1. Visibilité politique et réactivité

À peine dix jours après sa nomination, le ministre Ngefa fait le choix d’une action visible et symbolique. Il affirme ainsi son intention de ne pas rester en coulisses, mais de se confronter rapidement aux réalités du terrain.

  1. Réponse aux urgences humanitaires

La surpopulation à Makala est liée à la lenteur des procédures judiciaires, au traitement inégalitaire entre détenus, et à l’usage abusif de la détention provisoire. Sa visite intervient dans un contexte où les images diffusées récemment ont renouvelé les critiques sur l’état des lieux .

  1. Début d’une réforme systémique

Ce premier déplacement en prison peut être interprété comme le point de départ d’une dynamique de réforme pénitentiaire, notamment en lien avec la création de nouvelles structures carcérales, efforts de désengorgement et réhabilitation des établissements existants .

État des lieux : la surpopulation carcérale et ses conséquences

La prison de Makala n’est pas un cas isolé : elle incarne une crise pénitentiaire nationale.

Surpopulation record : près de 15 000 détenus, pour une capacité initiale de 1 500, selon divers rapports officiels et associations .

Victimes tragiques : en 2023, plus de 500 morts y sont signalées — due à la malnutrition, aux maladies, à l’étouffement ou aux violences d’une vie carcérale dégradée .

Tentative d’évasion dramatique : la nuit du 1er au 2 septembre 2024, qui a entraîné la mort d’au moins 131 détenus et mis en lumière le désespoir qui règne à l’intérieur .

Réformes engagées avant ou parallèlement à cette visite

Plusieurs actions institutionnelles et réformes témoignant d’un mouvement de restructuration étaient déjà en cours ou annoncées :

Mars 2024 :

Mise en place d’une commission spéciale pour désengorger Makala et la prison militaire de Ndolo, pilotée par la ministre Rose Mutombo, avec la participation de hauts magistrats et représentants judiciaires .

Une opération de tri des détenus a été menée à Makala, permettant de transférer certains condamnés dans d’autres établissements moins encombrés, comme Luzumu ou Angenga .

Novembre 2024 :

Annonce de la construction de cinq nouvelles maisons carcérales modernes et de la réhabilitation des prisons existantes, afin de répondre aux demandes liées à la détention provisoire, sans attendre 12 à 24 mois pour la construction des prisons .

Le portrait d’un ministre à l’aube d’une réforme

Guillaume Ngefa se distingue par son parcours atypique — défenseur des droits humains internationalement reconnu, partisan de la justice indépendante — ce qui lui donne une stature d’outsider crédible pour impulser une réforme urgente .

Sa rencontre du 21 août 2025 avec le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, illustre son approche concertée. Cette première visite du chef du parquet auprès d’un ministre récemment nommé témoigne d’une volonté d’harmoniser les actions judiciaires et exécutives pour restaurer la cohésion institutionnelle .

En résumé — Chronologie et portée de la visite

Événement Date exacte

Nomination de Guillaume Ngefa comme ministre de la Justice et garde des Sceaux 8 août 2025
Visite inaugurale à la prison centrale de Makala Lundi 18 août 2025 (objet de cet article)
Rencontre avec le procureur général près la Cour de cassation (Firmin Mvonde) Jeudi 21 août 2025

Implications futures et portée symbolique

Le choix de Makala comme premier arrêt n’est pas anodin — il incarne tous les défis du système carcéral (surpopulation, lenteur judiciaire, conditions inhumaines, urgences médicales).

Cette visite peut annoncer une priorité gouvernementale sur la réforme de la justice pénitentiaire, en combinant désengorgement, réhabilitation et construction de nouvelles structures.

Elle envoie également un signal fort aux acteurs judiciaires, à la communauté internationale, aux ONG et aux citoyens: la justice doit redevenir une institution crédible, humaine et respectueuse des droits fondamentaux.

Le plan de réforme annoncé par le ministère de la Justice

Lors de sa visite inaugurale à la prison centrale de Makala, le ministre Guillaume Ngefa a présenté les grandes lignes d’un plan d’urgence pour la réforme pénitentiaire. Cette initiative, qui devrait être lancée dès septembre 2025, s’articule autour de quatre axes stratégiques majeurs visant à améliorer les conditions carcérales et restaurer la crédibilité du système judiciaire congolais.

  1. Désengorgement immédiat des prisons

Le ministère prévoit de réduire la surpopulation carcérale grâce à :

La libération conditionnelle des détenus ayant purgé une grande partie de leur peine.

L’accélération du traitement des dossiers des personnes en détention provisoire, qui représentent près de 75 % des prisonniers à Makala.

Le transfert d’une partie des condamnés vers des établissements pénitentiaires moins surchargés, comme Luzumu, Angenga ou Buluwo.

« Il est urgent de rétablir la dignité humaine dans nos prisons. Aucun détenu ne doit mourir parce qu’il est entassé dans une cellule insalubre », a déclaré Guillaume Ngefa.

  1. Accélération des procédures judiciaires

Un programme spécial sera mis en place pour réduire les délais de jugement :

Création de tribunaux mobiles afin de traiter rapidement les affaires en attente.

Renforcement du personnel judiciaire par le recrutement de 200 nouveaux magistrats et 300 greffiers.

Digitalisation progressive des dossiers pour fluidifier le suivi des procédures et limiter les pertes de documents.

  1. Amélioration des conditions de détention

Le plan prévoit d’investir dans la réhabilitation des infrastructures carcérales existantes :

Réfection des dortoirs, cuisines, infirmeries et installations sanitaires.

Augmentation du budget alloué à la ration alimentaire quotidienne.

Mise en place d’un programme d’accès aux soins de santé et à l’eau potable.

Selon le ministère, près de 50 % des décès en détention sont liés à la malnutrition, à l’absence de soins et à la promiscuité extrême.

  1. Construction de nouvelles prisons modernes

Pour répondre durablement à la surpopulation, cinq nouveaux établissements pénitentiaires verront le jour d’ici 2028.
Ces nouvelles structures seront :

Plus sécurisées et mieux adaptées aux standards internationaux.

Équipées d’ateliers de formation professionnelle pour favoriser la réinsertion des détenus.

Dotées de systèmes modernes de surveillance et de contrôle.

Un budget prévisionnel de 50 millions de dollars sera mobilisé, avec le soutien de partenaires internationaux, dont l’Union européenne, la MONUSCO et des ONG locales spécialisées dans les droits humains.

Un signal fort pour la réforme de la justice

Avec ce plan, Guillaume Ngefa entend transformer la politique pénitentiaire congolaise. Il affirme vouloir associer la société civile, les ONG, les magistrats et les familles des détenus afin d’établir un consensus national sur les priorités.

« La justice congolaise doit redevenir un pilier de confiance et non une source de peur. Nous devons construire un système qui respecte la dignité humaine et favorise la réinsertion », a conclu le ministre.

Témoignage sur la situation humaine

Un rappel des dernières données tragiques :

« Plus de 500 détenus de la prison centrale de Makala ont péri entre janvier et fin novembre, à cause des mauvaises conditions de détention. »
« Même si on mange dix fois par jour, avec l’étouffement, il est difficile de vivre. » — FBCP

Ces mots crient l’urgence d’agir — ce que la visite du 18 août 2025 semble vouloir incarner.

Le lundi 18 août 2025, le ministre Guillaume Ngefa a lancé concrètement son action ministérielle par une visite à la prison de Makala, point noir du système pénitentiaire congolais.

Cette démarche est riche de symboles : elle insuffle une dynamique de réforme, met en lumière les urgences humanitaires, et esquisse une collaboration institutionnelle renforcée. Elle intervient dans un contexte où la communauté nationale et internationale attendent des actions musclées pour remplacer les images de souffrance par un horizon d’humanité, d’efficacité et de justice.

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