RDC – Crise au Sud-Kivu : une délégation gouvernementale de haut niveau à Uvira pour restaurer l’autorité de l’État

Après plusieurs jours de manifestations contre une nomination militaire controversée, une délégation gouvernementale de haut niveau est arrivée ce jeudi 11 septembre 2025 à Uvira, au Sud-Kivu. Conduite par le vice-premier ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani Lukoo et accompagnée de plusieurs ministres, cette mission vise à pacifier la ville, restaurer l’autorité de l’État et dialoguer avec la population locale dans un contexte de tensions accrues et de méfiance généralisée.

Le gouvernement congolais a dépêché ce jeudi une importante délégation ministérielle dans la ville d’Uvira, au Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Objectif affiché : apaiser une situation explosive après plusieurs jours de manifestations violentes contre la nomination du Général Olivier Gasita Mukunda comme commandant adjoint de la 33ᵉ région militaire.

La mission est conduite par le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo. Il est accompagné du ministre d’État, ministre de l’Industrie, Aimé Boji Sangara, du ministre de la Coopération régionale, Floribert Anzuluni, ainsi que du ministre délégué à la Défense chargé des Anciens combattants, Éliezer Ntambwe.

Dans les rues d’Uvira, l’atmosphère était tendue mais étrangement calme. Les commerces avaient rouvert timidement, et quelques motos taxis circulaient, zigzaguant entre les barricades de fortune laissées par les manifestants des jours précédents. Des groupes de jeunes se rassemblaient sur les places publiques, discutant à voix basse de l’arrivée imminente des ministres. Les regards se tournaient vers l’aéroport de Kavimvira, où la délégation gouvernementale devait atterrir. Chaque voiture officielle qui passait provoquait un mélange de curiosité et d’inquiétude parmi les habitants. L’air chaud et humide portait le parfum des étals de fruits et des fumées de cuisine, mais derrière cette normalité apparente, le sentiment d’attente et d’incertitude pesait lourdement sur la ville.

Un contexte tendu à Uvira

Depuis plusieurs jours, la ville d’Uvira vit au rythme de protestations populaires, déclenchées par l’annonce de la nomination du Général Gasita. De nombreux habitants, mais aussi des représentants de la société civile et des groupes d’auto-défense dits « Wazalendo », accusent cet officier de proximité avec les rebelles du M23, responsables de l’occupation de Goma et de Bukavu ces derniers mois.

Les manifestations ont dégénéré : affrontements entre civils et forces de l’ordre, gaz lacrymogènes, routes barricadées, scènes de panique dans plusieurs quartiers. Plusieurs blessés ont été recensés. Dans ce climat de défiance, la présence de l’armée est perçue non pas comme une garantie de sécurité mais comme une menace.

« Nous ne voulons pas de commandants qui trahissent la nation. L’armée doit nous protéger, pas s’allier avec l’ennemi », déclarait un manifestant, joint par téléphone par un média local.

Objectifs de la mission gouvernementale

L’arrivée de la délégation s’inscrit dans une démarche de restauration de l’autorité de l’État. Les objectifs affichés sont multiples :

  1. Pacifier Uvira après plusieurs jours d’agitation et de violence.
  2. Réconforter la population traumatisée par les manifestations et par la crainte d’un nouvel embrasement.
  3. Évaluer la situation sécuritaire en tenant un conseil de sécurité sur place.
  4. Dialoguer avec les parties prenantes : autorités provinciales, société civile, et groupes locaux.
  5. Rassurer sur la légitimité des décisions prises par Kinshasa, notamment en matière militaire.

Le Vice-Premier ministre Jacquemain Shabani a souligné, à son arrivée :

« Le gouvernement est venu écouter, dialoguer et trouver ensemble des solutions pour que l’Est du pays retrouve la paix. Uvira ne doit pas être une zone de peur mais un espace de stabilité. »

Un accueil à la fois officiel et populaire

À l’aéroport de Kavimvira, la délégation a été accueillie par le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, entouré de responsables administratifs, de notables coutumiers et de représentants de la société civile.

Des membres du mouvement citoyen et des jeunes regroupés dans des associations locales se sont également mobilisés. Certains scandaient des slogans en faveur de la paix, tandis que d’autres exigeaient déjà la révocation du général contesté.

Un représentant de la société civile d’Uvira a confié :

« Nous voulons la paix. Mais elle ne viendra pas tant que des officiers compromis avec l’ennemi occupent des postes stratégiques. Le gouvernement doit prendre nos revendications au sérieux. »

Les enjeux derrière la crise

  1. Sécurité nationale et crédibilité de l’armée

La controverse autour du Général Gasita illustre la fragilité de la confiance entre populations et institutions sécuritaires. Dans une région marquée par des décennies de conflits armés, chaque nomination militaire est scrutée avec suspicion.

  1. Survie institutionnelle du Sud-Kivu

Depuis la chute de Bukavu aux mains du M23, Uvira est devenue le siège provisoire des institutions provinciales. La stabilité de la ville est donc cruciale pour le fonctionnement politique et administratif de toute la province.

  1. Crise de légitimité du pouvoir central

Le déplacement de quatre ministres à Uvira traduit la conscience qu’a Kinshasa de la gravité de la situation. Si le gouvernement échoue à apaiser la tension, cela pourrait accentuer le sentiment d’abandon ressenti par les habitants de l’Est.

Un Conseil de sécurité sous haute tension

Dans l’après-midi, la délégation a tenu un conseil de sécurité élargi dans les locaux de l’administration territoriale d’Uvira. À huis clos, plusieurs points étaient à l’ordre du jour :

Le maintien ou la révision de la nomination du général Gasita.

Le déploiement de forces de police pour sécuriser les quartiers sensibles.

La nécessité d’une communication officielle claire pour calmer les rumeurs.

Les modalités d’un dialogue permanent avec les forces vives locales.

Selon une source proche du gouvernorat, « le gouvernement veut éviter une décision précipitée mais se dit conscient que le statu quo est dangereux ».

Réactions et attentes de la population

Dans la ville, les avis restent partagés.

Pour certains, la venue de ministres constitue une preuve que l’État ne les a pas abandonnés. « Nous saluons la présence du gouvernement. Mais il faut des actes, pas seulement des discours », lance un commerçant du centre-ville.

D’autres, plus sceptiques, craignent une opération de communication sans résultats concrets. « On a déjà vu des délégations venir, promettre et repartir sans rien changer », soupire une enseignante rencontrée à Mulongwe.

Quels scénarios pour la suite ?

Les observateurs identifient trois scénarios possibles :

  1. Maintien du général Gasita : ce choix risquerait d’enflammer davantage la colère populaire.
  2. Révocation ou mutation : ce serait une victoire symbolique pour la société civile mais une défaite politique pour l’État, qui donnerait l’impression de céder à la pression de la rue.
  3. Compromis : maintien du général mais avec des garanties publiques et une surveillance renforcée, tout en ouvrant un dialogue structuré avec la société civile.

Prochaines étapes :

Tenue d’un conseil de sécurité élargi à Uvira pour évaluer la situation sur le terrain.

Renforcement du dispositif sécuritaire dans les quartiers sensibles afin de prévenir toute escalade de violence.

Rencontres avec la société civile, les leaders locaux et les groupes d’auto‑défense pour instaurer un dialogue constructif.

Communication officielle sur les décisions prises concernant les nominations militaires et les mesures de pacification.

Rapport détaillé au gouvernement central sur l’état de la province et les recommandations pour restaurer l’autorité de l’État de manière durable.

Analyse : un test pour le gouvernement Tshisekedi

Cette crise survient à un moment où le président Félix Tshisekedi fait face à une contestation croissante sur la gestion sécuritaire de l’Est. L’affaire de Bukavu et la perte de Goma ont déjà fragilisé son exécutif. L’« affaire Gasita » apparaît donc comme un test de plus : sera-t-il capable de concilier autorité et écoute des populations ?

Un politologue basé à Bukavu analyse :

« Uvira est aujourd’hui la vitrine du rapport entre Kinshasa et l’Est. Si le gouvernement échoue ici, il enverra un message d’impuissance qui renforcera les discours séparatistes ou autonomistes. »

une mission sous haute surveillance

L’arrivée de la délégation gouvernementale à Uvira, le 11 septembre 2025, symbolise la volonté de Kinshasa de reprendre la main face à une crise qui menaçait de dégénérer. Mais l’apaisement ne dépendra pas seulement de la présence des ministres : il faudra des décisions courageuses, une communication transparente et des actions visibles sur le terrain.

La population, quant à elle, attend plus que jamais des preuves tangibles que l’État congolais est là pour protéger, écouter et agir. Dans les prochains jours, chaque geste sera scruté, chaque déclaration pesée. La confiance est fragile, et l’avenir du Sud-Kivu se joue aussi dans cette capacité du pouvoir central à répondre aux attentes légitimes de ses citoyens.

La venue de la délégation gouvernementale à Uvira, le 11 septembre 2025, marque un tournant dans la gestion de la crise qui secoue le Sud-Kivu depuis plusieurs semaines. Au-delà de l’aspect symbolique, cette mission de haut niveau traduit la volonté de Kinshasa de réaffirmer son autorité dans une région où la confiance entre la population et les forces de l’ordre est mise à rude épreuve. Les habitants, confrontés à des violences répétées et à l’incertitude, observent désormais chaque geste et chaque déclaration des autorités avec une attention particulière.

Pour que cette intervention porte ses fruits, il faudra plus que des discours : des mesures concrètes de pacification, un dialogue sincère avec la société civile et les leaders locaux, ainsi qu’une transparence totale sur les décisions concernant les nominations militaires. La manière dont le gouvernement gérera le cas du Général Olivier Gasita Mukunda sera scrutée de près, car elle pourrait constituer un précédent pour la gestion future des tensions dans l’Est du pays.

Par ailleurs, l’État congolais est confronté à un défi majeur : restaurer l’autorité de ses institutions tout en respectant les attentes légitimes de la population. Les habitants d’Uvira et des zones environnantes ne demandent pas seulement la sécurité ; ils réclament également une gouvernance crédible, des décisions justes et une protection réelle contre les abus.

Si les ministres parviennent à instaurer un climat de confiance, à instaurer un dialogue inclusif et à démontrer que l’État est capable de protéger ses citoyens, Uvira pourrait redevenir un symbole de stabilité pour toute la province. Dans le cas contraire, toute erreur ou hésitation risque d’alimenter la défiance et de renforcer le sentiment d’abandon qui prévaut depuis la chute de Bukavu.

Ainsi, cette mission n’est pas uniquement une opération de gestion de crise : elle constitue un véritable test pour la crédibilité du gouvernement central, pour la cohésion nationale et pour la capacité de l’État à faire respecter ses institutions tout en restant proche des attentes de sa population. Les prochains jours, et même les semaines, seront cruciaux pour mesurer l’impact réel de cette intervention et déterminer si Uvira pourra enfin retrouver la paix et la stabilité nécessaires à son développement et à celui de l’ensemble du Sud-Kivu.

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