RDC – Réforme fiscale : Judith Suminwa lance la campagne nationale de sensibilisation à Kinshasa

La République démocratique du Congo (RDC) se prépare à une transformation majeure de son système fiscal. La Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka, représentant le Chef de l’État Félix Tshisekedi, a procédé ce jeudi au lancement officiel de la campagne nationale de sensibilisation sur la réforme de la fiscalité directe. Celle-ci entrera en vigueur dès le 1er janvier 2026 avec l’introduction de deux impôts uniques : l’Impôt sur les Sociétés (IS) et l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP).

Un tournant historique pour les finances publiques

La réforme de la fiscalité directe, instituée par la loi n°23/053 du 30 novembre 2023, marque une rupture avec le régime fiscal jusque-là en vigueur. Jusque-là, les contribuables congolais étaient soumis à une mosaïque d’impôts directs complexes, souvent perçus comme inefficaces et injustes.

Avec ce nouveau dispositif, la RDC se dote désormais d’un système simplifié et modernisé, reposant sur deux piliers :

L’IS : destiné aux entreprises,

L’IRPP : applicable à l’ensemble des revenus des particuliers.

Selon les experts présents, cette réforme n’est pas seulement technique : elle traduit la volonté du pays de « rationaliser la fiscalité, améliorer l’équité et renforcer la mobilisation des recettes publiques ».

Les objectifs de la réforme : simplifier, élargir, équitabiliser

Dans son allocution, la Première Ministre Judith Suminwa a insisté sur l’importance de cette réforme pour le développement de la RDC. L’ambition est triple :

  1. Simplification du système fiscal : en réduisant le nombre d’impôts et en introduisant une déclaration unique pour les personnes physiques, le gouvernement espère améliorer la lisibilité du système et réduire les tracasseries administratives.
  2. Élargissement de l’assiette fiscale : aujourd’hui, une grande partie de l’économie congolaise échappe à l’impôt, notamment dans le secteur informel. L’IRPP permettra de mieux capter les revenus des ménages, tandis que l’IS renforcera la contribution des entreprises.
  3. Renforcement de l’équité fiscale : l’introduction de barèmes progressifs permettra d’adapter la charge fiscale à la capacité contributive réelle des contribuables.

Le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Li-Botayi, a pour sa part rappelé que la mobilisation des recettes fiscales est la condition sine qua non de l’autonomie financière de l’État : « Un pays qui ne mobilise pas ses propres ressources reste dépendant de l’aide extérieure », a-t-il souligné.

Un dispositif institutionnel clair

La réussite de cette réforme repose sur un dispositif de gouvernance bien défini :

Le pilotage politique est assuré par le Gouvernement, garant de la vision et de la volonté politique.

L’orientation stratégique est confiée au COREF (Comité d’Orientation de la Réforme des Finances Publiques), qui assure la cohérence du processus.

La mise en œuvre opérationnelle est du ressort de la Direction Générale des Impôts (DGI), appelée à jouer un rôle central dans l’application de la réforme et dans la vulgarisation auprès des contribuables.

Cette clarification des rôles vise à éviter les chevauchements institutionnels et à assurer une coordination efficace.

Une cérémonie sous le signe du dialogue

La cérémonie de lancement, organisée à Kinshasa, a réuni un large panel d’acteurs : membres du Gouvernement, représentants du secteur privé, partenaires techniques et financiers, ainsi que la société civile.

Cette diversité témoigne de la volonté des autorités de conduire la réforme dans un esprit de concertation et de transparence. Le secteur privé, souvent critique face à la lourdeur et à l’instabilité du système fiscal, a salué la volonté de simplification, tout en appelant à une application progressive et pragmatique.

Les innovations majeures introduites

Parmi les nouveautés les plus marquantes, on peut citer :

L’instauration d’acompte provisionnel pour les entreprises, garantissant une collecte régulière des recettes fiscales.

L’imposition des dividendes et plus-values mobilières par voie de retenue à la source.

La mise en place d’un régime spécial pour les micro-entreprises, afin de ne pas étouffer les petits opérateurs.

L’inclusion du personnel domestique dans le champ d’application de l’IRPP, une première dans l’histoire fiscale congolaise.

La définition de règles pour identifier les États et territoires non coopératifs, afin de lutter contre l’évasion fiscale et les pratiques abusives.

Les défis à relever

Si la réforme suscite l’espoir, plusieurs défis sont déjà identifiés :

La compréhension et l’appropriation : il faudra un effort pédagogique considérable pour informer les contribuables, notamment dans les provinces et au sein du secteur informel.

La capacité administrative : la DGI devra renforcer ses effectifs, moderniser ses outils numériques et garantir l’intégrité de son personnel.

L’acceptabilité sociale : toute réforme fiscale est sensible. Le gouvernement devra convaincre que cette réforme vise l’équité et non la surcharge fiscale.

La cohérence réglementaire : les décrets d’application devront être clairs et publiés à temps pour éviter les zones grises et les interprétations contradictoires.

Une réforme inscrite dans une vision plus large

Cette réforme s’inscrit dans la stratégie plus large du gouvernement congolais visant à moderniser la gestion des finances publiques. Depuis 2019, plusieurs réformes structurelles ont été engagées : digitalisation de la chaîne de la dépense publique, lutte contre la fraude et la corruption, renforcement du contrôle budgétaire.

En matière fiscale, la RDC cherche à se rapprocher des standards internationaux en matière de transparence et de mobilisation domestique. Cette réforme de la fiscalité directe est perçue comme une étape décisive vers cet objectif.

Réactions et perspectives

Les partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale et le FMI, présents à la cérémonie, ont salué cette initiative. Ils y voient un signal positif pour la stabilité macroéconomique et l’attractivité du climat des affaires.

Le secteur privé, représenté par la Fédération des entreprises du Congo (FEC), a insisté sur la nécessité d’un dialogue permanent : « La réforme est bienvenue, mais elle doit être accompagnée d’un environnement économique favorable : infrastructures, énergie, sécurité juridique », a déclaré un représentant.

Pour la société civile, l’essentiel est que cette réforme bénéficie réellement à la population, par une meilleure redistribution et une utilisation transparente des recettes collectées.

La République démocratique du Congo mobilise aujourd’hui environ 13 % de son PIB en recettes fiscales, un taux largement en dessous de la moyenne africaine qui avoisine 18 %, selon les données de la Banque africaine de développement. À titre de comparaison, des pays comme le Rwanda et la Côte d’Ivoire dépassent les 20 % grâce à des réformes similaires qui ont simplifié la fiscalité et élargi l’assiette contributive.

Avec l’entrée en vigueur de l’Impôt sur les Sociétés (IS) et de l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP) en janvier 2026, le gouvernement congolais ambitionne de porter progressivement le taux de mobilisation des recettes internes à 20 % du PIB d’ici 2030. Cette hausse permettrait de réduire la dépendance de la RDC vis-à-vis de l’aide extérieure, qui finance encore une part importante des dépenses publiques.

Les projections du ministère des Finances estiment que la réforme pourrait générer plus de 2 milliards de dollars supplémentaires par an si elle est correctement appliquée et si le secteur informel, qui représente près de 65 % de l’économie nationale, est mieux intégré au système fiscal.

Cette réforme place ainsi la RDC sur la voie de ses voisins réformateurs, tout en répondant aux exigences des bailleurs de fonds internationaux qui réclament une augmentation des recettes domestiques pour financer le développements

Au-delà de sa dimension purement technique, la réforme de la fiscalité directe revêt une portée éminemment politique et sociale. Pour le président Félix Tshisekedi, elle s’inscrit dans une vision de modernisation de l’État et de consolidation de l’autonomie budgétaire de la République démocratique du Congo. À trois ans de l’échéance électorale de 2028, cette réforme est aussi perçue comme un signal fort adressé aux partenaires internationaux et aux électeurs : celui d’un pays qui veut se doter de moyens financiers propres pour financer son développement.

Sur le plan social, les enjeux sont tout aussi importants. L’instauration de l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP) suscite des attentes et parfois des inquiétudes. Une partie de la population redoute une pression fiscale accrue sur les ménages déjà fragilisés par l’inflation et la cherté de la vie. D’autres, en revanche, voient dans l’IRPP une opportunité de rétablir une forme de justice fiscale, où chacun contribue selon ses moyens, y compris les grandes fortunes et les hauts revenus qui échappaient souvent à l’impôt.

Le secteur privé, de son côté, appelle à un équilibre entre efficacité fiscale et climat des affaires. Pour les entreprises, la réussite de cette réforme dépendra de la capacité du gouvernement à lutter contre la corruption, à simplifier réellement les procédures et à garantir la sécurité juridique. Une fiscalité claire et équitable peut devenir un atout pour attirer les investisseurs, mais une mauvaise application risquerait d’alourdir les contraintes et de décourager l’investissement.

Enfin, sur le plan sociopolitique, la réforme est attendue comme un test de confiance entre l’État et les citoyens. Si les recettes collectées sont utilisées de manière transparente pour améliorer les services publics, les infrastructures et les conditions de vie, la population pourrait adhérer à ce nouvel effort fiscal. Mais dans le cas contraire, un sentiment de méfiance et de rejet pourrait émerger, fragilisant la relation entre gouvernés et gouvernants.

un pari sur l’avenir

Avec le lancement officiel de la campagne de sensibilisation, le compte à rebours est lancé. D’ici au 1er janvier 2026, la RDC doit préparer ses institutions, ses agents et ses contribuables à ce changement majeur.

La réforme de la fiscalité directe est à la fois une opportunité historique et un pari risqué : elle pourrait transformer la relation entre l’État et les citoyens, renforcer la confiance fiscale et accroître l’autonomie budgétaire du pays. Mais sa réussite dépendra de la pédagogie, de la rigueur et de la transparence avec lesquelles elle sera mise en œuvre.

Le lancement officiel de la campagne nationale de sensibilisation à la réforme de la fiscalité directe, le 11 septembre 2025 à Kinshasa, marque une étape charnière dans l’histoire récente de la République démocratique du Congo. En choisissant de concentrer son système fiscal autour de deux impôts uniques – l’Impôt sur les Sociétés (IS) et l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP) – le pays envoie un message clair : celui de rompre avec une fiscalité complexe, peu lisible et inefficace, pour bâtir un modèle plus simple, plus équitable et plus moderne.

Mais une réforme fiscale, aussi ambitieuse soit-elle, ne se décrète pas uniquement par la loi. Elle exige une préparation minutieuse, une pédagogie adaptée et une adhésion massive de toutes les parties prenantes. L’État devra non seulement convaincre les grandes entreprises et les investisseurs, mais aussi accompagner les petites et moyennes entreprises, ainsi que les travailleurs du secteur informel, qui constituent l’essentiel du tissu économique national. L’expérience d’autres pays africains montre que la réussite d’une telle transition repose sur la transparence, la constance et la capacité des institutions fiscales à se montrer à la fois fermes et justes.

Sur le plan politique, cette réforme est une promesse faite aux Congolais : celle d’un État qui aspire à financer son développement par ses propres moyens, sans dépendre excessivement de l’aide extérieure. Elle constitue également un pari sur l’avenir, dans un contexte où la confiance entre gouvernants et gouvernés reste fragile. Si les recettes supplémentaires générées par l’IS et l’IRPP sont utilisées à bon escient – pour améliorer les infrastructures, renforcer les services publics, investir dans l’éducation et la santé – la population pourrait y voir un signe tangible que le sacrifice consenti n’est pas vain. Dans le cas contraire, la réforme risque de se heurter à une résistance sociale et à une méfiance renforcée.

Socialement, la question est donc simple mais cruciale : les Congolais accepteront-ils de contribuer davantage si, en retour, ils perçoivent des améliorations concrètes dans leur quotidien ? La réponse dépendra de la gouvernance. Une réforme fiscale réussie ne se mesure pas seulement en termes de recettes collectées, mais aussi en termes de confiance et de légitimité.

À l’approche de 2026, la RDC se trouve à la croisée des chemins. L’adhésion de la société civile, l’engagement du secteur privé, la rigueur du gouvernement et la transparence des institutions seront les clés de la réussite. Ce chantier fiscal, présenté comme une opportunité historique, pourrait devenir le socle d’un nouvel équilibre entre l’État et ses citoyens, entre les obligations fiscales et le droit au développement.

En somme, l’IS et l’IRPP ne sont pas seulement des outils techniques : ils représentent une nouvelle philosophie de gouvernance publique. S’ils tiennent leurs promesses, ils contribueront à écrire une nouvelle page de l’histoire fiscale congolaise, marquée par la justice, la responsabilité et l’espérance.

Esaïe vumi objectif DK

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