
Le Vice-Premier Ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières de la République Démocratique du Congo (RDC), Jacquemain Shabani Lukoo, est arrivé ce lundi 15 septembre à Pékin, capitale de la République Populaire de Chine, pour un bref séjour de travail. Cette mission officielle, hautement stratégique, s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération bilatérale en matière de sécurité publique entre Kinshasa et Pékin.

« Nous venons en Chine avec un esprit d’ouverture et de coopération, afin que la sécurité de nos peuples soit garantie. Cette mission traduit la volonté ferme du gouvernement congolais, sous l’impulsion du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, de renforcer nos partenariats stratégiques pour faire face aux menaces sécuritaires qui pèsent sur la République Démocratique du Congo et sur le monde. » — Jacquemain Shabani Lukoo, Vice-Premier Ministre de l’Intérieur.
L’arrivée du VPM congolais marque une étape importante dans la consolidation des relations entre la RDC et la Chine, relations qui ne se limitent plus au domaine économique et minier, mais s’élargissent désormais à des enjeux cruciaux de sécurité intérieure et internationale.
Le Vice-Premier Ministre de l’Intérieur n’effectue pas ce déplacement seul. Il est accompagné d’une délégation restreinte composée de hauts responsables de son cabinet, de cadres techniques du ministère de l’Intérieur, ainsi que de diplomates congolais en poste à Pékin. L’ambassade de la RDC en Chine joue un rôle central dans la coordination de cette mission, en facilitant les rencontres bilatérales et en assurant le lien entre les deux parties. Ce dispositif logistique et diplomatique témoigne du caractère stratégique de la visite et de la volonté de Kinshasa de donner un suivi concret aux discussions qui seront engagées.
Durant son séjour, Jacquemain Shabani prendra part, au nom de la République Démocratique du Congo, au Forum de coopération internationale en matière de sécurité publique, prévu le mercredi 17 septembre 2025. Cet événement, organisé par la Chine, réunit des délégations de plusieurs pays afin de réfléchir sur des solutions concertées face aux menaces sécuritaires transnationales.
Le forum se tiendra autour du thème central :
« Façonner ensemble la sécurité publique mondiale, une action unie pour faire face à des menaces diversifiées ».
Cette thématique reflète la nécessité pour les États, grands comme petits, de conjuguer leurs efforts dans un monde où les menaces à la sécurité publique se complexifient : cybercriminalité, terrorisme, criminalité transnationale, catastrophes naturelles, ou encore insécurité urbaine.
Mais avant ce grand rendez-vous, Jacquemain Shabani aura, ce mardi 16 septembre, une réunion bilatérale de haut niveau avec son homologue chinois, Son Excellence Monsieur Wang Xiaohong, Conseiller d’État et Ministre de la Sécurité publique de la République Populaire de Chine. Cette rencontre est très attendue, car elle permettra de poser les bases d’une coopération renforcée, concrète et durable entre les deux pays.
La réunion prévue avec Wang Xiaohong abordera plusieurs thématiques prioritaires, parmi lesquelles :
- Le renforcement des capacités des forces de l’ordre congolaises : Pékin pourrait accompagner Kinshasa dans la formation technique et opérationnelle de la Police nationale congolaise (PNC), notamment en matière de maintien de l’ordre, de lutte contre la criminalité urbaine et de gestion des manifestations publiques.
- La coopération technologique en matière sécuritaire : La Chine, leader mondial dans la vidéosurveillance et les systèmes de sécurité intelligents, pourrait mettre à disposition de la RDC des équipements de pointe pour mieux contrôler la criminalité dans les grandes agglomérations, notamment Kinshasa, Lubumbashi et Goma.
- La lutte contre la criminalité transnationale : Le trafic de drogues, le blanchiment d’argent, la cybercriminalité et la traite des êtres humains sont des défis croissants. Un partenariat renforcé permettrait un échange d’informations stratégiques et opérationnelles entre les deux États.
- Le contexte sécuritaire régional : La RDC subit depuis plusieurs années une agression armée dans sa partie orientale attribuée au Rwanda, à travers le soutien aux groupes armés dont le M23. Pékin pourrait, dans le cadre de la coopération sécuritaire, offrir son appui diplomatique et technique à Kinshasa pour stabiliser cette région en proie aux violences.
- La cybersécurité et la lutte contre les menaces numériques
À l’ère du numérique, la République Démocratique du Congo fait face à une montée inquiétante des menaces liées à la cybersécurité : attaques informatiques contre les institutions publiques, propagation de fausses informations sur les réseaux sociaux, espionnage numérique et fraudes électroniques. Ces défis, encore peu encadrés par des dispositifs légaux robustes, fragilisent la stabilité du pays et exposent ses citoyens à de multiples risques. La Chine, considérée comme un acteur majeur en matière de sécurité digitale et de contrôle technologique, pourrait accompagner la RDC dans la mise en place de systèmes de protection modernes, dans la formation de spécialistes en cybersécurité et dans l’élaboration d’une stratégie nationale capable de répondre aux nouvelles formes de criminalité numérique.
Ce forum, placé sous le leadership de la Chine, ne se limite pas à un échange bilatéral entre Pékin et Kinshasa. Il réunit des délégations venues de plusieurs continents, notamment de l’Afrique du Sud, de l’Égypte, du Brésil, de la Russie, mais aussi de pays européens et asiatiques. L’objectif est de bâtir une plateforme de dialogue global où chaque État, selon ses réalités et priorités, peut partager ses expériences et proposer des solutions concrètes face aux défis communs. Cette dimension multilatérale confère à l’événement une portée stratégique, en inscrivant la coopération sécuritaire dans une dynamique mondiale, solidaire et inclusive.
Une mission dans un contexte congolais marqué par de multiples défis sécuritaires
La venue du Vice-Premier Ministre à Pékin intervient à un moment où la RDC traverse une situation sécuritaire préoccupante.
À l’Est du pays, les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et du Sud-Kivu restent en proie aux violences armées. L’armée congolaise (FARDC) et les forces régionales peinent à éradiquer la menace des groupes armés, en particulier le M23, qui continue de contrôler certaines zones stratégiques.
Dans les grandes villes, la criminalité urbaine persiste : phénomène de « Kuluna » à Kinshasa, banditisme armé, insécurité routière et montée de la cybercriminalité sont autant de défis pour les autorités.
La sécurité publique globale est également fragilisée par les catastrophes naturelles, l’explosion démographique, et le manque d’infrastructures adaptées pour assurer la prévention et la gestion des crises.
Dans ce contexte, la coopération internationale, notamment avec la Chine, apparaît comme un levier essentiel pour renforcer la capacité de l’État congolais à assurer la sécurité de ses citoyens.
Historiquement, la coopération sino-congolaise s’est concentrée sur le domaine économique, avec des investissements massifs de la Chine dans les secteurs minier, énergétique et infrastructurel. La RDC, riche en cobalt, cuivre et autres ressources stratégiques, constitue un partenaire incontournable pour Pékin dans sa quête d’approvisionnement en matières premières.
Mais ces dernières années, les deux pays ont élargi leur partenariat à d’autres secteurs :
Éducation et formation : de nombreux étudiants congolais bénéficient de bourses d’études en Chine.
Santé : la Chine a multiplié les dons de matériels médicaux, notamment lors de la pandémie de Covid-19.
Sécurité : désormais, Kinshasa et Pékin entendent bâtir une relation de confiance dans ce domaine sensible, ce qui illustre la montée en puissance de la diplomatie sécuritaire chinoise en Afrique.
La participation de la RDC au forum international de sécurité publique à Pékin s’inscrit dans une tendance mondiale où la coopération sécuritaire n’est plus exclusivement dominée par les puissances occidentales.
Pour Kinshasa, diversifier ses partenariats stratégiques est une nécessité afin d’échapper à toute dépendance unilatérale. En se tournant vers la Chine, la RDC envoie un message clair : elle souhaite bâtir une diplomatie sécuritaire multipolaire, ouverte à tous les partenaires prêts à contribuer à la stabilité du pays et de la région.
De son côté, la Chine poursuit son agenda africain, qui consiste à affirmer son rôle de puissance mondiale non seulement dans l’économie, mais aussi dans la sécurité internationale. Pékin cherche à se positionner comme un acteur incontournable dans la gestion des défis globaux, tout en consolidant ses alliances stratégiques avec les pays du Sud.
Au terme de ce séjour, il n’est pas exclu que les deux parties signent ou annoncent des protocoles d’accords portant sur la coopération sécuritaire. Ceux-ci pourraient inclure :
L’envoi d’experts chinois pour former la police congolaise.
La fourniture d’équipements technologiques modernes de surveillance et de sécurité.
Le développement de programmes conjoints de lutte contre la criminalité transnationale.
Un soutien diplomatique renforcé de la Chine à la RDC dans les forums internationaux sur les questions sécuritaires.
La visite du Vice-Premier Ministre Jacquemain Shabani à Pékin, du 15 au 17 septembre 2025, représente bien plus qu’une simple mission diplomatique. Elle symbolise la volonté de la République Démocratique du Congo de s’inscrire dans une dynamique internationale proactive en matière de sécurité publique, tout en diversifiant ses partenariats stratégiques.
Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires internes et externes, cette coopération renforcée avec la Chine pourrait offrir à la RDC des outils indispensables pour mieux protéger sa population, stabiliser son territoire et affirmer son rôle d’acteur majeur en Afrique centrale.
La mission du Vice-Premier Ministre Jacquemain Shabani à Pékin ne doit pas être considérée comme un simple voyage diplomatique, mais comme une étape décisive dans la redéfinition des priorités sécuritaires de la République Démocratique du Congo. Elle illustre la volonté d’un pays en pleine mutation de s’ouvrir à des partenariats stratégiques capables de répondre aux défis multiformes auxquels il fait face, de l’insécurité urbaine à la guerre à l’Est, en passant par la criminalité transnationale et les menaces numériques.
L’importance de ce déplacement réside également dans son caractère prospectif : au-delà des accords qui pourraient être signés, cette rencontre ouvre un champ d’opportunités pour renforcer la professionnalisation de la police congolaise, moderniser les infrastructures sécuritaires et inscrire la RDC dans le cercle des nations engagées dans la construction d’une gouvernance mondiale de la sécurité publique.
Mais les implications de ce rapprochement dépassent le cadre national. Elles traduisent un mouvement plus large vers une diplomatie sécuritaire multipolaire, où la coopération ne se limite plus à un face-à-face exclusif avec les partenaires occidentaux, mais s’élargit à de nouvelles puissances comme la Chine. Dans ce contexte, la RDC apparaît non seulement comme un bénéficiaire de cette dynamique, mais aussi comme un acteur qui peut apporter sa contribution à la réflexion globale, en partageant son expérience d’un pays confronté à des menaces diverses et complexes.
L’avenir de cette coopération dépendra de la capacité des deux États à transformer les engagements en actions concrètes et mesurables. La Chine, forte de son expertise technologique et organisationnelle, a l’opportunité d’accompagner la RDC dans sa quête de stabilité et de modernisation. En retour, Kinshasa peut offrir à Pékin un partenariat durable au cœur de l’Afrique, une région stratégique tant sur le plan géopolitique qu’économique.
En définitive, ce séjour ouvre une nouvelle page dans les relations sino-congolaises. Si les engagements pris à Pékin trouvent une application réelle, ils pourraient constituer un tournant décisif non seulement pour la sécurité de la RDC, mais aussi pour la consolidation d’un ordre international fondé sur la coopération et la solidarité. La rencontre de Pékin pourrait ainsi marquer le point de départ d’une ère où la sécurité publique se pense et se construit collectivement, au-delà des frontières, pour le bien des peuples.
Esaïe vumi objectif DK TV