RDC : Le Gouverneur de la Tshopo, Paulin Lendongolia, déchu de ses fonctions après une motion de défiance

Le Gouverneur de la province de la Tshopo, Paulin Lendongolia Lebabonga, a été déchu de ses fonctions ce lundi 27 octobre 2025, à l’issue d’un vote de défiance tenu à l’Assemblée provinciale à Kisangani. Sur 20 députés présents, 16 ont voté pour la motion, scellant ainsi la fin de son mandat

Cette décision, adoptée à la majorité absolue des députés provinciaux, marque un tournant décisif dans la gouvernance de cette jeune province du nord-est de la République démocratique du Congo.

Depuis plusieurs semaines, la tension était palpable à Kisangani, chef-lieu de la Tshopo. Des rumeurs persistantes faisaient état d’un mécontentement grandissant au sein de l’Assemblée provinciale face à la gestion du gouverneur Lendongolia. Plusieurs députés provinciaux lui reprochaient une mauvaise gouvernance, un manque de transparence dans la gestion des finances publiques, ainsi qu’un immobilisme administratif dans l’exécution des projets provinciaux.

Le climat s’est envenimé à la suite du dépôt officiel, la semaine dernière, d’une motion de défiance initiée par un groupe de députés provinciaux. Ceux-ci accusaient le gouverneur d’avoir failli à ses obligations constitutionnelles et de ne plus jouir de la confiance de l’organe délibérant. La motion a été inscrite à l’ordre du jour de la plénière de ce lundi 27 octobre 2025, sous haute tension.

Dès les premières heures de la matinée, l’hémicycle de l’Assemblée provinciale de la Tshopo a été placé sous une surveillance sécuritaire renforcée. Des forces de l’ordre étaient visibles aux abords du bâtiment, afin de prévenir tout débordement. À l’intérieur, les débats ont été houleux.

Selon plusieurs sources locales, sur les 25 députés provinciaux que compte l’Assemblée, 20 étaient présents à la séance plénière. Après lecture des griefs formulés contre le gouverneur, les discussions ont été ouvertes. Les uns ont plaidé pour une sanction politique exemplaire, tandis que d’autres ont tenté d’appeler à la retenue, évoquant un climat politique national déjà tendu.

Au terme des échanges, la motion a été soumise au vote. Le verdict est sans appel : 16 voix pour, 4 contre. Le gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga est ainsi déchu de ses fonctions, conformément aux dispositions de la Constitution et à la loi sur la libre administration des provinces.

Selon les termes de la motion, plusieurs reproches étaient formulés à l’encontre du gouverneur. D’abord, les députés lui ont reproché une mauvaise gestion des finances publiques, caractérisée par des dépenses non justifiées et une absence de reddition des comptes sur les fonds alloués par le gouvernement central. Ensuite, il lui est reproché une faible exécution du budget provincial, notamment dans les secteurs de la santé, des infrastructures et de l’éducation.

D’autres griefs évoquaient également une rupture du dialogue entre l’exécutif et le législatif provincial, un climat de méfiance généralisée et une marginalisation de certains partenaires politiques. Pour les initiateurs de la motion, ces éléments constituaient des preuves suffisantes pour justifier le retrait de confiance.

Avant le vote, le gouverneur Paulin Lendongolia a tenté de défendre son bilan. Dans un discours d’environ trente minutes, il a rappelé les réalisations accomplies sous son mandat, notamment la réhabilitation de certaines routes urbaines à Kisangani, le paiement régulier des agents provinciaux, et le renforcement de la coopération interprovinciale avec le Haut-Uélé et l’Ituri.

Il a également dénoncé une « motion politique » inspirée, selon lui, par des considérations partisanes. « Je n’ai rien à me reprocher sur le plan de la gestion. Tout ce que nous avons fait l’a été dans le respect des lois et dans l’intérêt de la population de la Tshopo », aurait-il déclaré devant les élus provinciaux, avant de quitter la salle de plénière sous les regards des journalistes et des observateurs.

« Je respecte la décision de l’Assemblée, même si elle ne reflète pas la réalité du terrain. J’ai travaillé pour le développement de la Tshopo et je laisse un bilan que chacun pourra juger », aurait déclaré Paulin Lendongolia à la presse après la plénière.

À la sortie de la plénière, les réactions n’ont pas tardé. Plusieurs députés provinciaux favorables à la motion ont salué « une victoire de la démocratie provinciale », affirmant que cette décision marque le retour de la redevabilité et de la responsabilité politique. D’autres, en revanche, estiment que cette destitution risque de plonger la province dans une nouvelle crise institutionnelle, en attendant la décision du vice-gouverneur ou la nomination d’un gouverneur intérimaire.

Dans les rues de Kisangani, la nouvelle s’est rapidement propagée. Des groupes de citoyens ont exprimé leur satisfaction, estimant que « le changement était nécessaire ». D’autres, plus réservés, craignent que cette décision n’aggrave la paralysie des services publics déjà affaiblis.

De son côté, le député provincial Jean-Claude Bosenge, initiateur de la motion, estime que « la déchéance du gouverneur n’est pas une victoire personnelle, mais une exigence de bonne gouvernance. Nous voulons une Tshopo gérée dans la transparence et la redevabilité ».

Conformément à la Constitution et à la loi sur la libre administration des provinces, le vice-gouverneur assurera l’intérim jusqu’à la désignation d’un nouveau gouverneur. Ce dernier devra être élu par les députés provinciaux dans un délai de 30 jours, sous la supervision de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Cependant, des observateurs politiques estiment que le dossier pourrait être porté devant la Cour constitutionnelle, si le gouverneur déchu décidait de contester la régularité du vote ou de dénoncer des irrégularités procédurales.

La destitution du gouverneur de la Tshopo intervient alors que plusieurs provinces congolaises connaissent une instabilité politique récurrente. Ces derniers mois, les tensions entre exécutifs et assemblées provinciales se sont accentuées, notamment autour de la gestion des ressources publiques et de la répartition des budgets décentralisés.

Le vote de la motion de défiance contre Paulin Lendongolia s’est déroulé dans un climat de tension palpable, en présence de vingt députés provinciaux…

La déchéance de Paulin Lendongolia intervient dans un contexte national marqué par une vague de motions contre plusieurs gouverneurs de province. Depuis le début de l’année 2025, au moins six provinces ont connu des tensions similaires, notamment au Kasaï, au Sankuru et au Haut-Lomami. Ces crises traduisent une volonté croissante des assemblées provinciales d’exercer pleinement leur pouvoir de contrôle sur les exécutifs provinciaux.

Pour certains analystes, cette dynamique, bien qu’expression d’une démocratie vivante, révèle également la fragilité institutionnelle du système provincial congolais, souvent miné par des rivalités politiques, des intérêts économiques et l’ingérence de certains partis.

La chute de Paulin Lendongolia Lebabonga constitue un événement majeur dans la vie politique de la Tshopo. Elle met en lumière la nécessité d’un dialogue renouvelé entre les institutions provinciales et d’une gouvernance plus transparente et participative.
Reste à savoir si cette déchéance ouvrira la voie à un nouveau souffle politique pour la Tshopo, ou si elle marquera le début d’une nouvelle période d’instabilité institutionnelle dans cette province stratégique du nord-est de la RDC.

Pour de nombreux habitants de Kisangani interrogés par News.cd, cette destitution est perçue comme un « signal fort » adressé à tous les responsables publics. « Nous voulons des dirigeants qui rendent des comptes, pas des promesses », a confié un jeune commerçant du marché central.

La Tshopo entre désormais dans une période de transition politique où les défis restent considérables : restaurer la confiance entre les institutions, relancer les projets de développement et redonner espoir à une population qui aspire à une gouvernance responsable.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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