Le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo en visite officielle au Caire : un nouveau chapitre pour les relations RDC-Égypte

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, accompagné de la Première dame, Mme Denise Nyakeru, est arrivé vendredi 31 2025 au Caire, en Égypte, sur invitation de son homologue égyptien, le président Abdel Fattah al‑Sissi. L’arrivée s’inscrit dans le cadre d’une visite officielle peu après la participation du chef de l’État congolais à la Conférence de Paris consacrée à la crise humanitaire dans la région des Grands Lacs.

Cette visite officielle s’inscrit dans la continuité de la dynamique diplomatique engagée par le chef de l’État congolais depuis le début de la semaine. Après avoir pris part à la Conférence de Paris sur la crise humanitaire dans la région des Grands Lacs, Félix Tshisekedi poursuit ainsi une série de consultations africaines et internationales visant à mobiliser les partenaires du continent autour de la stabilité et du développement de la RDC.

Dès l’arrivée à l’aéroport international du Caire, le président congolais et la Première dame ont été accueillis avec les honneurs d’usage, puis se sont rendus directement au Palais présidentiel d’Al‑Ittihadiya pour une entrevue en tête-à-tête avec le président al-Sissi. Cette rencontre, qui a duré environ trente minutes, s’est focalisée sur les axes de coopération bilatérale entre la RDC et l’République arabe d’Égypte (RAE) ainsi que sur la consolidation d’une amitié historique entre les deux États.

Selon plusieurs sources proches de la Présidence congolaise, la visite au Caire vise trois objectifs principaux : relancer la coopération économique entre les deux pays, renforcer les liens sécuritaires, et consolider le dialogue politique sur les grands dossiers africains, notamment la crise des Grands Lacs et la gestion du bassin du Nil.

La relation entre la RDC et l’Égypte ne date pas d’hier : selon le site de l’State Information Service égyptien, les deux pays sont liés depuis les années 1960, l’Égypte ayant soutenu la lutte pour l’indépendance congolaise après 1960. Le document rappelle notamment que l’Égypte-Nasser avait joué un rôle symbolique aux débuts de la RDC.

Ces dernières années, la coopération politique, économique et militaire entre Le Caire et Kinshasa s’est intensifiée. Par exemple :

En mai 2022, un protocole de coopération militaire entre l’Égypte et la RDC a été signé, portant sur la défense, la formation et le partage d’expertise.

En février 2023, les ministres de la Défense des deux pays se sont rencontrés pour évoquer un renforcement de la coopération militaire et sécuritaire.

Sur le plan économique, des discussions récentes ont évoqué notamment le commerce, l’agriculture, l’énergie, l’infrastructure, ainsi que la question des eaux du Nil et l’appui technique de l’Égypte à la RDC.

Dans ce contexte, la visite du président Tshisekedi au Caire apparaît comme un nouveau jalon dans ce partenariat bilatéral.

Déjà en 2019, au début du premier mandat de Félix Tshisekedi, les deux pays avaient convenu de relancer la coopération suspendue depuis plusieurs années. L’Égypte avait alors proposé une assistance technique dans le domaine de l’irrigation, de la formation militaire et de la gestion des ressources en eau, des secteurs cruciaux pour la RDC.

“La relation entre la RDC et l’Égypte ne date pas d’hier…”

L’année 2024 avait déjà vu la visite d’une délégation égyptienne à Kinshasa, conduite par le ministre du Commerce extérieur, en vue d’examiner la possibilité d’ouvrir une ligne aérienne directe Kinshasa-Le Caire et de promouvoir les échanges commerciaux dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).

Plusieurs observateurs diplomatiques à Kinshasa estiment que cette visite traduit la volonté du président congolais d’élargir son cercle d’alliés africains, au moment où la région des Grands Lacs traverse une période d’incertitude. Pour le professeur David Mugalu, analyste politique à l’Université de Kinshasa, “le rapprochement entre Kinshasa et Le Caire pourrait permettre à la RDC de bénéficier d’un appui stratégique sur les plans sécuritaire et technologique, tout en diversifiant ses partenaires traditionnels.”

Au cours de l’entretien, plusieurs thèmes ont été abordés :

  1. Coopération bilatérale élargie
    Le président al-Sissi et son homologue congolais ont discuté de manière approfondie des voies de renforcement de la coopération entre leurs pays. Il a été question de coopération militaire — un secteur déjà bien structuré entre les deux États — mais aussi d’ouvertures supplémentaires dans les domaines économique, infrastructurel, éducatif et sanitaire. L’Égypte affirme son souhait d’accroître la présence de ses entreprises en RDC, notamment dans les secteurs stratégiques.
  2. Amélioration de la sécurité régionale
    La question de la sécurité a occupé une place centrale. L’Égypte, qui déploie des éléments militaires dans le cadre de la mission de l’United Nations Organisation Stabilization Mission in the DR Congo (MONUSCO) en RDC, réaffirme son engagement à renforcer la stabilité dans la région des Grands Lacs et à accompagner les initiatives congolaises dans ce domaine.
  3. Coopération sur le bassin du Nil et les ressources en eau
    Un point structurant de la relation est la question du bassin du Nil. La RDC, bien que située plus en amont, se montre consciente de l’importance de respecter les principes de « pas de nuisance » aux pays situés plus en aval (dont l’Égypte). Le renforcement d’un dialogue sur l’eau, les barrages, l’irrigation et la gestion des ressources hydriques a été évoqué.
  4. Dynamisation économique et commerciale
    Les deux chefs d’État ont mis l’accent sur la nécessité d’un partenariat économique accru. L’Égypte souhaite investir davantage en RDC et apporter son expertise dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’agriculture, de la santé et de l’éducation. De son côté, la RDC vise à recevoir des investissements, des transferts de compétences et une implantation plus forte des entreprises égyptiennes.
  5. Réactivation de la commission mixte RDC-Égypte
    Il a été mentionné que, sous le premier mandat du président Tshisekedi, les travaux de la commission mixte de coopération entre la RDC et l’Égypte avaient été relancés. L’entretien a permis de donner un nouvel élan à cette instance, afin qu’elle fonctionne de façon plus régulière et efficiente dans la mise en œuvre des accords bilatéraux. « Nos deux pays partagent une vision commune d’une Afrique unie, stable et prospère », a déclaré le président Abdel Fattah al-Sissi à l’issue de l’entretien, selon un communiqué de la présidence égyptienne. De son côté, le président Tshisekedi a salué “le leadership du Caire dans la promotion de la coopération africaine et le soutien constant de l’Égypte aux efforts de développement de la RDC”. Cette visite s’inscrit également dans le repositionnement diplomatique du président Tshisekedi, qui, depuis sa réélection en 2023, multiplie les démarches pour redéfinir la place de la RDC sur l’échiquier africain et mondial.

Cette visite officielle revêt plusieurs significations :

Renforcement des liens diplomatiques : Elle témoigne que la RDC cherche à diversifier ses partenariats diplomatiques et à s’ancrer davantage dans une coopération sud-sud dynamique, en renforçant ses rapports avec l’Afrique du Nord.

Sécurité et stabilité régionale : La crise humanitaire et sécuritaire dans l’Est de la RDC est un défi majeur. Le fait que l’Égypte s’engage davantage dans l’appui à la RDC en matière de sécurité est un signal important pour la région des Grands Lacs.

Intégration économique africaine : Le partenariat avec l’Égypte ouvre des opportunités pour la RDC de bénéficier d’investissements, de technologies et de savoir-faire. En retour, l’Égypte consolide sa présence économique sur le continent africain.

Gestion des ressources en eau : Dans un contexte mondial où l’eau devient une ressource stratégique, le dialogue entre ces deux pays autour du bassin du Nil et des affluents du Congo est un élément de coopération qui peut préfigurer une meilleure gouvernance partagée.

Image internationale : Pour le président Tshisekedi, cette visite marque son rôle de leader africain engagé dans les affaires continentales et diplomatiques, notamment après sa participation à la conférence de Paris sur la crise des Grands Lacs.

“Sécurité et stabilité régionale”

L’armée égyptienne, reconnue parmi les plus puissantes du continent, offre depuis plusieurs années une assistance technique et logistique à la Force armée congolaise (FARDC). Des officiers congolais suivent des formations stratégiques au Caire, notamment dans les domaines de la cartographie militaire, du renseignement et de la maintenance aérienne.

Après cette rencontre, plusieurs étapes sont à surveiller :

La convocation prochaine d’une session de la commission mixte RDC-Égypte pour formaliser des projets et accords concrets.

Le lancement possible d’un forum économique binationale RDC-Égypte, comme cela avait été évoqué lors de récentes discussions.

Le suivi des projets d’investissements et de coopération (énergie, infrastructures, santé) promise dans cet entretien.

L’évolution de la coopération militaire et sécuritaire, dans le contexte régional instable et face aux défis dans l’Est de la RDC.

Le renforcement du cadre juridique et diplomatique autour des questions hydriques (bassin du Nil) et la gestion partagée de l’eau entre pays amont et aval.

En marge des échanges entre les deux chefs d’État, la Première dame Denise Nyakeru Tshisekedi a été reçue par son homologue égyptienne, Mme Entissar El-Sissi. Les deux Premières dames ont évoqué les questions liées à la santé maternelle, à l’éducation des jeunes filles et à la promotion du leadership féminin. Un protocole d’accord entre leurs fondations respectives pourrait être envisagé dans les prochains mois.

Au-delà des relations bilatérales, la rencontre Tshisekedi–al-Sissi s’inscrit dans un effort plus large d’intégration continentale, dans lequel les deux pays, membres de l’Union africaine et du COMESA, ambitionnent de renforcer la coopération Sud-Sud et de promouvoir des solutions africaines aux défis africains.

La visite du président Félix Tshisekedi au Caire constitue une étape forte dans la relation entre la RDC et l’Égypte. Elle confirme une volonté des deux pays de transformer une amitié historique en un partenariat moderne et multidimensionnel : diplomatique, économique, sécuritaire et hydrique. Dans un contexte régional marqué par des tensions, tant humanitaires que sécuritaires, ce rapprochement présente des opportunités pour la RDC de bénéficier d’un appui stratégique à plusieurs niveaux. Pour l’Égypte, il s’agit de renforcer son ancrage continental et de participer activement au développement et à la stabilité de l’Afrique.

Le rendez-vous de vendredi au Palais d’Al-Ittihadiya pourrait bien marquer le début d’un nouveau chapitre dans les relations bilatérales RDC-Égypte, à condition que les engagements pris trouvent rapidement traduction dans des actions concrètes sur le terrain.

Le chef de l’État congolais devrait poursuivre dans les prochains jours sa tournée diplomatique africaine avant de regagner Kinshasa, où un compte rendu de cette mission est attendu au Conseil des ministres.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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