
Le Président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, est arrivé ce lundi 24 novembre 2025 en milieu de matinée à Luanda, capitale de la République d’Angola, où il prend part au 7ᵉ Sommet Union africaine – Union européenne (UA–UE Summit). Ce rendez-vous diplomatique majeur, organisé tous les trois ans, réunit les dirigeants africains et européens autour d’une vision commune destinée à redéfinir et à renforcer le partenariat stratégique entre les deux continents. Pour cette nouvelle édition, la ville de Luanda devient, pendant quarante-huit heures, le centre de gravité des discussions politiques, économiques et sécuritaires qui façonneront les relations Afrique–Europe pour la prochaine décennie.

Depuis son lancement officiel en avril 2000 au Caire lors du tout premier Sommet Afrique–Europe, le partenariat UA–UE s’est progressivement structuré autour d’une vision commune fondée sur le dialogue politique, la coopération économique et la gouvernance mondiale. Les sommets successifs de Lisbonne (2007), Bruxelles (2014) et Abidjan (2017) ont marqué des étapes déterminantes, notamment avec l’adoption de la Stratégie conjointe Afrique–Europe, qui vise à établir une relation plus équilibrée et plus respectueuse des priorités africaines. Au fil des années, ces rencontres ont permis d’aborder des thématiques majeures telles que la paix et la sécurité, l’investissement, les migrations, la gestion des crises humanitaires et la transformation structurelle des économies africaines. Le 7ᵉ Sommet de Luanda s’inscrit ainsi dans une continuité historique, tout en se distinguant par son ambition de réorienter profondément le partenariat face aux mutations géopolitiques, climatiques et technologiques de la dernière décennie.
L’arrivée du Président Tshisekedi intervient dans un contexte géopolitique particulièrement sensible, marqué par la multiplication des conflits régionaux, les tensions commerciales mondiales, les défis de gouvernance et les nouvelles dynamiques de coopération internationale. Après plusieurs cycles de rencontres axés sur la coopération économique classique, ce 7ᵉ Sommet introduit une dimension plus stratégique et plus pragmatique, centrée sur la gestion collective des enjeux contemporains tels que la paix, la sécurité, la transition écologique et la transformation numérique.
Durant ces deux jours, les Chefs d’État et de gouvernement des deux continents auront pour mission d’examiner les opportunités et les défis communs qui affectent simultanément l’Afrique et l’Europe. L’objectif global est clair : consolider une coopération mutuellement bénéfique, repenser les mécanismes du multilatéralisme et accélérer la mise en œuvre d’un partenariat rénové, fondé sur l’équité, la responsabilité partagée et les intérêts convergents.
La cérémonie d’ouverture, prévue en fin de matinée, sera marquée par plusieurs allocutions de haute importance diplomatique. Le premier à prendre la parole est le Président angolais, Joâo Lourenço, en sa double qualité de Président en exercice de l’Union africaine et d’hôte du Sommet. Son discours devrait poser les bases des discussions en insistant sur la nécessité de « ressusciter un partenariat qui repose sur un dialogue égalitaire et sur une compréhension profonde des transformations internes aux deux continents ».
Suivra l’intervention du Président du Conseil européen, qui portera la voix collective de l’Union européenne, en rappelant les engagements déjà pris dans les domaines du commerce, de l’investissement, de la migration, de l’éducation et du soutien aux transitions technologiques. Le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, prononcera ensuite un message articulé autour des impératifs du multilatéralisme, de la prévention des conflits et du renforcement du respect du droit international, un thème qui devrait dominer les délibérations finales.
Le Président Félix Tshisekedi interviendra au cours de la première session thématique consacrée à la Paix, à la Sécurité, à la Gouvernance et au Multilatéralisme. Selon son entourage, le Chef de l’État congolais compte mettre en lumière les avancées et les défis persistants en matière de stabilisation de l’Est de la RDC, tout en insistant sur la nécessité d’un engagement international plus coordonné, plus cohérent et plus robuste pour lutter contre les groupes armés transnationaux et les risques terroristes.
Dans cette intervention, il devrait également aborder des questions cruciales telles que :
la réforme des dispositifs de maintien de la paix,
l’amélioration des processus électoraux sur le continent africain,
le renforcement des institutions publiques,
la lutte contre la corruption,
ainsi que la revalorisation du rôle de l’Union africaine dans le règlement des crises internes.
Il est attendu que le Président Tshisekedi rappelle que la sécurité de l’Afrique centrale est un enjeu continental et mondial, et que la stabilité de la RDC demeure essentielle pour l’équilibre de toute la région des Grands Lacs.
La République démocratique du Congo occupe une position stratégique au sein du partenariat UA–UE en raison de son poids géopolitique, de ses potentialités économiques et de son rôle central dans la stabilité régionale. Dotée d’un territoire vaste et riche en ressources naturelles indispensables aux transitions énergétique et numérique mondiales — notamment le cobalt, le cuivre, le lithium, le germanium et plusieurs terres rares — la RDC s’impose comme un partenaire incontournable dans les discussions liées aux chaînes de valeur industrielles et aux investissements responsables. Sur le plan sécuritaire, la situation dans l’Est du pays constitue un enjeu majeur pour les deux continents, car elle influence directement la sécurité des Grands Lacs et les stratégies globales de lutte contre les groupes armés transnationaux. Par ailleurs, la RDC, engagée dans des réformes économiques, institutionnelles et de gouvernance, plaide pour un partenariat plus équilibré, fondé sur le transfert de technologies, l’industrialisation locale et la valorisation du contenu africain. Cette position singulière fait du pays l’un des acteurs les plus écoutés lors des concertations UA–UE, particulièrement dans les débats liés aux minerais stratégiques, à l’intégration économique continentale et à la promotion du multilatéralisme.
Le Sommet de Luanda s’inscrit dans la continuité d’un partenariat Afrique–Europe vieux de 25 ans. Dans ce quart de siècle, le contexte international a profondément évolué, tout comme les attentes des deux continents. L’Afrique, forte de sa croissance démographique, de ses ressources naturelles stratégiques, de son potentiel numérique et de ses ambitions économiques, réclame désormais un partenariat basé sur le transfert de technologies, la diversification économique, la création d’emplois et l’accès équitable aux marchés mondiaux. L’Europe, pour sa part, cherche à consolider sa présence économique et géopolitique sur un continent devenu central dans les équilibres globaux, notamment à cause de la concurrence accrue d’autres puissances émergentes.
Ainsi, les discussions de Luanda s’articuleront autour de plusieurs axes majeurs :
La transition écologique, avec un accent particulier sur les investissements verts, les énergies renouvelables et la lutte contre les effets du changement climatique.
La transformation numérique, qui inclut le développement des infrastructures digitales, la formation de la jeunesse africaine et la promotion de l’innovation.
L’intégration économique, visant à renforcer les chaînes de valeur régionales, stimuler le commerce intercontinental et soutenir la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF).
Le rôle croissant de l’Afrique sur la scène internationale, notamment dans les débats sur la sécurité mondiale, la gouvernance et les migrations.
Sur le plan économique, le Sommet de Luanda se concentre sur plusieurs enjeux techniques majeurs qui orienteront la coopération Afrique–Europe pour les années à venir. Au cœur des discussions figurent la consolidation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), l’amélioration des chaînes de valeur régionales et le financement des infrastructures stratégiques, notamment dans les secteurs du transport, de l’énergie et du numérique. L’Union européenne entend renforcer ses investissements dans les énergies renouvelables — solaire, hydroélectrique et hydrogène vert — dans le cadre de son programme Global Gateway, tandis que l’Union africaine met l’accent sur la nécessité d’un transfert technologique réel pour soutenir l’industrialisation locale. Les débats porteront également sur la sécurisation de l’approvisionnement européen en minerais critiques issus d’Afrique, ainsi que sur la création de partenariats transparents visant à transformer davantage de matières premières sur le continent. Enfin, les discussions techniques aborderont la modernisation des systèmes éducatifs et numériques, afin de préparer la jeunesse africaine aux métiers du futur et de réduire la fracture technologique entre les deux continents.
Le Sommet doit se conclure par l’adoption d’une « Déclaration de Luanda », un document politique majeur qui renouvellera les engagements des deux blocs. Les experts s’attendent à ce que cette Déclaration réaffirme les principes fondamentaux du droit international, dont la souveraineté des États, l’intégrité territoriale, la non-ingérence et le respect des lois multilatérales.
Cette Déclaration devra aussi intégrer des engagements fermes en matière de coopération économique durable, d’investissements sécurisés, de protection des droits humains, de gestion coordonnée des flux migratoires et de lutte commune contre toutes les formes d’extrémisme violent.
Pour la République démocratique du Congo, les retombées attendues de ce 7ᵉ Sommet UA–UE sont multiples et stratégiques. Sur le plan sécuritaire, Kinshasa espère obtenir un engagement international plus ferme en faveur de la stabilisation de l’Est du pays, ainsi qu’un soutien renforcé aux initiatives régionales de lutte contre les groupes armés. Sur le plan économique, la RDC vise à conclure des partenariats plus équilibrés sur les minerais stratégiques, afin de favoriser la transformation locale du cobalt, du cuivre et du lithium, tout en garantissant des investissements axés sur la transparence et la valeur ajoutée nationale. Le pays attend également un appui concret pour développer les infrastructures énergétiques et numériques, indispensables à son industrialisation. Enfin, la RDC compte sur des avancées significatives en matière de financement des projets d’énergies renouvelables, de digitalisation de l’administration et de création d’emplois pour la jeunesse, afin d’accélérer sa marche vers un développement durable et inclusif.
Un sommet stratégique pour l’avenir
Au-delà des discours officiels, le 7ᵉ Sommet UA–UE de Luanda représente une étape cruciale dans la refondation des relations entre l’Afrique et l’Europe à un moment où le monde se transforme à grande vitesse. Les enjeux économiques, sécuritaires, environnementaux et géopolitiques obligent les deux continents à aller au-delà des promesses pour poser les jalons d’un partenariat réellement équilibré.
La présence active du Président Félix Antoine Tshisekedi s’inscrit dans cette dynamique. En faisant entendre la voix de la RDC sur la sécurité régionale, le développement durable et le multilatéralisme, il rappelle que l’Afrique n’est plus simplement un partenaire, mais un acteur stratégique incontournable dans la gouvernance mondiale.
Ce sommet, qui se déroule à une date symbolique et dans un contexte international exigeant, pourrait bien ouvrir une nouvelle page de la coopération Afrique–Europe, plus ambitieuse, plus mature et plus tournée vers les défis de l’avenir.
Esaïe Vumi objectif DK TV