
Le Président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a effectué ce lundi 12 janvier 2026 une visite de travail à Lomé, capitale de la République togolaise, à l’invitation du Président du Conseil du Togo, Faure Essozimna Gnassingbé, également médiateur désigné par l’Union africaine (UA) dans la crise sécuritaire et diplomatique opposant la République démocratique du Congo au Rwanda.
Cette visite, annoncée comme brève mais stratégique, s’inscrit dans le cadre des efforts diplomatiques régionaux et continentaux visant à trouver une solution durable à l’instabilité persistante dans l’Est de la RDC, une région en proie depuis plusieurs années à des violences armées, des déplacements massifs de populations civiles et de graves violations des droits humains.
Un déplacement placé sous le sceau de la médiation africaine
À son arrivée à Lomé, le chef de l’État congolais a été accueilli par les autorités togolaises avant de se rendre au lieu des entretiens officiels avec son hôte. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du mandat confié à Faure Gnassingbé par l’Union africaine, qui l’a désigné médiateur dans la crise entre Kinshasa et Kigali, marquée par de vives tensions diplomatiques et sécuritaires.
Depuis plusieurs mois, la RDC accuse le Rwanda de soutenir activement le mouvement rebelle du M23, actif dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Kigali, de son côté, rejette ces accusations, tandis que plusieurs rapports d’experts internationaux, notamment des Nations unies, ont mis en lumière l’implication présumée de forces étrangères dans le conflit.
La situation sécuritaire à l’Est au cœur des échanges
Selon des sources officielles proches de la présidence congolaise, l’entretien entre Félix Tshisekedi et Faure Gnassingbé a porté essentiellement sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, caractérisée par la recrudescence des affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les groupes armés, en particulier le M23.
Le Président Tshisekedi a exposé à son interlocuteur les préoccupations majeures de Kinshasa, notamment :
la poursuite des violences contre les populations civiles,
l’occupation de certaines localités stratégiques par des groupes armés,
l’exploitation illégale des ressources naturelles,
et l’impact humanitaire dramatique du conflit, avec des centaines de milliers de déplacés internes.
Le chef de l’État congolais a réaffirmé la position constante de la RDC, qui privilégie les solutions diplomatiques et africaines, tout en insistant sur le respect de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du pays.
Faure Gnassingbé, un médiateur au cœur des équilibres régionaux
En tant que médiateur de l’Union africaine, Faure Gnassingbé joue un rôle central dans la recherche d’un compromis entre Kinshasa et Kigali. Le président togolais s’est engagé, depuis sa désignation, à multiplier les consultations bilatérales avec les parties concernées, ainsi qu’avec les organisations régionales telles que la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Au cours des échanges avec Félix Tshisekedi, le médiateur togolais aurait insisté sur la nécessité de maintenir le dialogue, de renforcer les mécanismes de confiance et de soutenir les initiatives de paix déjà en cours, notamment les processus de Nairobi et de Luanda, qui peinent toutefois à produire des résultats concrets sur le terrain.
Une diplomatie congolaise active sur tous les fronts
Cette visite à Lomé s’inscrit dans une offensive diplomatique plus large menée par le Président Tshisekedi depuis plusieurs mois. Kinshasa multiplie les contacts avec ses partenaires africains et internationaux afin de mobiliser un soutien politique et diplomatique accru face à ce qu’elle considère comme une agression extérieure.
Au-delà des initiatives africaines, la RDC plaide également pour un renforcement des sanctions internationales contre les acteurs impliqués dans le soutien aux groupes armés, ainsi qu’un appui plus robuste aux forces régulières congolaises engagées dans la sécurisation de l’Est du pays.
Un contexte humanitaire toujours alarmant
Sur le terrain, la situation demeure préoccupante. Les affrontements armés ont provoqué une grave crise humanitaire, avec des millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, vivant souvent dans des conditions précaires. Les organisations humanitaires alertent régulièrement sur le manque d’accès à l’aide, l’insécurité persistante et les risques sanitaires.
Lors de son échange avec le médiateur de l’Union africaine, le Président Tshisekedi aurait également évoqué la nécessité d’une réponse humanitaire coordonnée, appelant à une mobilisation accrue de la communauté internationale pour venir en aide aux populations affectées.
Quelles perspectives après Lomé ?
Si aucun communiqué conjoint détaillé n’a été rendu public à l’issue de la rencontre, cette visite de travail est perçue comme une étape importante dans le processus de médiation. Elle permet de maintenir le canal de dialogue ouvert et de préparer d’éventuelles rencontres futures entre les parties concernées.
Pour les observateurs, le succès de la médiation dépendra de la volonté réelle des acteurs régionaux à respecter leurs engagements, à mettre fin aux soutiens aux groupes armés et à privilégier une solution politique durable, centrée sur la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs.
Un enjeu majeur pour la stabilité régionale
La crise sécuritaire dans l’Est de la RDC dépasse largement les frontières congolaises. Elle constitue un enjeu majeur pour la stabilité de toute l’Afrique centrale et orientale, tant sur le plan sécuritaire qu’économique et humanitaire.
En se rendant à Lomé ce 12 janvier 2026, le Président Félix Tshisekedi réaffirme la volonté de la RDC de s’inscrire pleinement dans une démarche africaine de résolution des conflits, tout en défendant fermement les intérêts et la souveraineté de son pays.
La médiation conduite par Faure Gnassingbé reste désormais attendue au tournant, dans l’espoir de voir émerger des avancées concrètes capables de ramener une paix durable dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Esaïe Vumi objectif DK TV