RDC : Delly Sesanga qualifie les huit années de Félix Tshisekedi de “chaos” pour le pays

« Huit ans après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, le débat sur son bilan s’intensifie. Pour Delly Sesanga, le constat est alarmant : le pays serait plongé dans un “chaos” généralisé. »

Dans le paysage politique de la République Démocratique du Congo (RDC), les voix discordantes se font de plus en plus fortes à mesure que les défis nationaux s’accumulent.

Parmi elles, celle de Delly Sesanga, leader du parti politique Envol et figure emblématique de l’opposition, résonne avec une virulence particulière. Récemment,  Lors d’une récente intervention médiatique à Kinshasa, Delly Sesanga a vivement critiqué , l’ancien candidat à la présidence a dressé un portrait sombre, presque apocalyptique, des huit années de pouvoir du Président Félix-Antoine Tshisekedi. Pour Sesanga, le constat est sans appel : la gestion actuelle est un « chaos » qui mène le pays droit dans le mur.

Un constat d’échec social et économique

Le premier pilier de la critique de Delly Sesanga repose sur le vécu quotidien des Congolais. Pour l’opposant, le « peuple d’abord », slogan phare de la campagne de l’UDPS (le parti présidentiel), est devenu un lointain souvenir, voire une amère ironie.
Le français simple permet de décrire une réalité brutale : le panier de la ménagère est vide. Sous la présidence de Félix Tshisekedi, la monnaie nationale, le Franc Congolais, a subi une dépréciation constante face au dollar américain. Cette chute de la monnaie a un impact direct et immédiat sur le prix du pain, du riz, de l’huile et du transport. Pour Delly Sesanga, ce n’est pas seulement une question de chiffres économiques, c’est une faillite morale. Il estime que le gouvernement a été incapable de stabiliser les prix, laissant les familles les plus pauvres dans une détresse absolue.

L’opposant pointe également du doigt la gestion des finances publiques. Il dénonce une « gabegie financière », un terme qui signifie que l’argent de l’État est dépensé sans compter, souvent pour le train de vie des institutions plutôt que pour des projets de développement concrets. Les voyages officiels coûteux et les salaires élevés des politiciens contrastent violemment avec la misère des fonctionnaires, des enseignants et des médecins qui peinent à toucher un salaire décent et régulier.

L’insécurité à l’Est : La plaie ouverte de la République

On ne peut pas parler de la RDC sans évoquer la tragédie qui se joue dans sa partie orientale. C’est ici que le terme de « chaos » utilisé par Delly Sesanga prend tout son sens. Après huit ans au pouvoir, le Président Tshisekedi n’a pas réussi à ramener la paix promise lors de son accession au fauteuil présidentiel.

Delly Sesanga critique sévèrement l’efficacité de l’état de siège, cette mesure exceptionnelle qui a placé les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu sous administration militaire. Selon lui, cette stratégie n’a pas produit les résultats escomptés. Au contraire, les groupes armés, notamment le M23 soutenu par le Rwanda, ont gagné du terrain, occupant des localités entières et provoquant le déplacement de millions de citoyens congolais.

Pour l’opposant, la diplomatie congolaise a été hésitante. Il reproche au pouvoir d’avoir multiplié les accords sans vision claire, passant de la force régionale de l’EAC (Communauté d’Afrique de l’Est) à la mission de la SADC (SAMIDRC), sans que la situation sécuritaire ne s’améliore durablement sur le terrain. Le chaos, selon Sesanga, c’est cette incapacité de l’État à protéger ses frontières et ses citoyens, laissant des pans entiers du territoire national entre les mains de forces rebelles.

La dérive des institutions et de la démocratie

Un autre point crucial du réquisitoire de Delly Sesanga concerne la santé de la démocratie en RDC. L’opposant s’inquiète de ce qu’il appelle un recul des libertés individuelles et une instrumentalisation de la justice.
Il dénonce une justice « à double vitesse », où les opposants sont traqués tandis que les proches du pouvoir jouissent d’une certaine impunité malgré les scandales de corruption qui éclatent régulièrement. Pour le leader d’Envol, les institutions qui devraient être les garants de la neutralité, comme la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) ou la Cour Constitutionnelle, sont sous l’influence directe de la présidence.

Le « chaos » administratif et politique se manifeste également, selon lui, par le débat actuel sur le changement ou la révision de la Constitution. Delly Sesanga y voit une manœuvre dangereuse pour permettre au régime de se maintenir au pouvoir au-delà des limites légales. Pour lui, toucher à la loi fondamentale dans un pays déjà instable est une recette pour déclencher des tensions civiles majeures.

Les promesses non tenues et les chantiers inachevés

Si l’on regarde les grands projets lancés durant ces huit années, le bilan est mitigé. Certes, le programme de gratuité de l’enseignement primaire est souvent cité par le gouvernement comme une réussite majeure. Cependant, Sesanga tempère cet enthousiasme. Il souligne que si l’accès à l’école est désormais gratuit, la qualité de l’enseignement s’est effondrée. Les salles de classe sont surchargées, les enseignants sont mal payés et les infrastructures scolaires tombent en ruine.

Il en va de même pour le projet des 145 territoires, censé désenclaver l’intérieur du pays. Delly Sesanga estime que ce projet, bien que louable sur le papier, souffre d’un manque de transparence et de lenteurs bureaucratiques qui empêchent les populations rurales de voir un réel changement dans leur vie quotidienne. Le manque de routes, d’électricité et d’eau potable reste la norme pour la majorité des Congolais, huit ans après le début du mandat de Félix Tshisekedi.

Quel avenir pour la RDC ?

Face à ce tableau qu’il peint en noir, Delly Sesanga appelle à un « sursaut patriotique ». Il ne se contente pas de critiquer ; il demande une refondation totale de l’État. Pour lui, la RDC a besoin d’un leadership qui ne se contente pas de slogans, mais qui agit avec rigueur, transparence et patriotisme.

L’opposition, bien que divisée, semble s’accorder sur un point : le pays traverse une crise de confiance profonde. Les propos de Sesanga reflètent le sentiment d’une partie de la population qui se sent abandonnée par ses dirigeants. Le mot « chaos » est fort, mais il est utilisé ici pour réveiller les consciences et appeler à un changement de cap radical.

Un débat nécessaire pour la nation

En conclusion, l’analyse de Delly Sesanga sur les huit années de Félix Tshisekedi met en lumière les fragilités persistantes de la RDC. Entre crise économique, guerre à l’Est et tensions politiques, le chemin vers l’émergence semble encore long et semé d’embûches.

Le gouvernement, de son côté, rejette ces accusations, les qualifiant de « populisme » et de « sabotage politique ». La majorité présidentielle insiste sur le fait que le Président Tshisekedi a hérité d’un pays en lambeaux et que la reconstruction prend du temps. Elle appelle à la patience et à l’unité nationale derrière le Chef de l’État.

Cependant, dans une démocratie, la critique de l’opposition est essentielle. Le regard de Delly Sesanga, bien que sévère, oblige le pouvoir en place à se confronter à ses propres manquements. Pour le peuple congolais, l’enjeu reste le même : la quête de la paix, du pain et de la dignité.

Esaïe Vumi objectif DK TV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *