Dérapage budgétaire en RDC : les dépenses du gouvernement dépassent largement les recettes au premier trimestre

Les finances publiques de la République démocratique du Congo continuent de refléter une forte pression budgétaire. Selon les données publiées par des sources économiques, notamment Deskeco, le gouvernement congolais a exécuté des dépenses estimées à 2 599,8 milliards de francs congolais (CDF) à la fin du mois de mars 2026, tandis que les régies financières n’ont mobilisé que 1 605,2 milliards de CDF de recettes.

Cet écart, avoisinant les 994,6 milliards de CDF, confirme la persistance d’un déficit budgétaire structurel observé depuis le début de l’année, dans un contexte marqué par des besoins croissants de financement et une pression accrue sur les dépenses publiques.

Une tendance déficitaire persistante depuis janvier 2026

Les données de mars 2026 s’inscrivent dans une continuité. Déjà en janvier et février, les finances publiques congolaises affichaient des déséquilibres significatifs entre les recettes et les dépenses.

Selon les statistiques de la Banque centrale du Congo (BCC), relayées par plusieurs médias économiques, le mois de février 2026 avait enregistré 1 649 milliards de CDF de recettes contre 1 998,9 milliards de CDF de dépenses, soit un déficit mensuel notable.

De même, à la mi-février, les dépenses publiques s’élevaient à plus de 812,4 milliards de CDF, dépassant déjà les recettes mobilisées à cette période.

Ces chiffres confirment une dynamique préoccupante : l’État congolais dépense systématiquement plus qu’il ne collecte, aggravant les tensions sur la trésorerie publique.

À la même période en 2025, le déficit était moins important, ce qui montre une aggravation progressive de la situation budgétaire.

Le rôle central des régies financières

Les recettes publiques en RDC reposent principalement sur trois régies financières :

La Direction générale des impôts (DGI), spécialisée dans les impôts directs et indirects ;

La Direction générale des douanes et accises (DGDA), qui mobilise les recettes douanières ;

La Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participation (DGRAD), en charge des recettes non fiscales.

À titre illustratif, en février 2026, la DGI avait généré 792,3 milliards de CDF, la DGDA 590,9 milliards, et la DGRAD 265,9 milliards, constituant l’essentiel des ressources de l’État.

Malgré ces performances, la mobilisation des recettes reste insuffisante pour couvrir les charges de l’État, notamment en raison de l’étroitesse de l’assiette fiscale et des difficultés structurelles liées à la collecte.

Des dépenses publiques dominées par la masse salariale

L’analyse de la structure des dépenses révèle que la masse salariale constitue le principal poste budgétaire. En février 2026, plus de 1 075,7 milliards de CDF ont été consacrés au paiement des agents et fonctionnaires de l’État.

À cela s’ajoutent :

Les frais de fonctionnement des institutions ;

Les dépenses sécuritaires, dans un contexte marqué par les tensions à l’Est du pays ;

Les charges liées au service de la dette publique ;

Les dépenses exceptionnelles à caractère diplomatique et humanitaire.

Cette structure rigide des dépenses limite fortement les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement.

Des prévisions budgétaires déjà déficitaires

Les projections du plan de trésorerie pour le mois de mars 2026 anticipaient déjà un déficit. L’État prévoyait de mobiliser environ 2 281,2 milliards de CDF de recettes contre des dépenses estimées à plus de 2 600 milliards de CDF, voire davantage selon certaines sources.

Les chiffres réels enregistrés à fin mars — 1 605,2 milliards de recettes pour 2 599,8 milliards de dépenses — confirment non seulement ce déficit, mais aussi une sous-performance dans la mobilisation des recettes par rapport aux prévisions.

Le recours accru à l’endettement intérieur

Face à ce déséquilibre, le gouvernement congolais a intensifié son recours aux instruments de financement interne, notamment :

Les émissions de bons et obligations du Trésor ;

Les avances de trésorerie ;

L’utilisation des marges financières antérieures.

L’encours des titres publics a ainsi atteint plus de 5 500 milliards de CDF au début du mois de mars 2026, traduisant une dépendance croissante à l’endettement domestique.

Cette stratégie permet de couvrir les besoins immédiats de financement, mais elle pose la question de la soutenabilité de la dette à moyen terme.

Les alertes sur les risques macroéconomiques

Plusieurs institutions, dont le Fonds monétaire international (FMI), ont déjà alerté sur les risques liés à la dérive des finances publiques en RDC.

Parmi les principales préoccupations figurent :

L’explosion de la masse salariale ;

L’augmentation du déficit budgétaire ;

Les pressions inflationnistes ;

Le risque de dépréciation du franc congolais.

En janvier 2026, le déficit de trésorerie avait déjà dépassé 1 000 milliards de CDF, illustrant la fragilité des équilibres macroéconomiques.

Les défis structurels de la mobilisation des recettes

Au-delà des chiffres, la situation met en lumière plusieurs défis structurels :

  1. Faible pression fiscale : une grande partie de l’économie reste informelle ;
  2. Fraude et évasion fiscale : elles réduisent les recettes effectives ;
  3. Capacités administratives limitées : les régies financières font face à des contraintes techniques et logistiques ;
  4. Corruption et mauvaise gouvernance : malgré les efforts de l’Inspection générale des finances (IGF), des pertes importantes persistent.

Ces facteurs expliquent en partie l’écart chronique entre les prévisions budgétaires et les réalisations.

Vers une nécessaire réforme des finances publiques

Face à cette situation, plusieurs pistes de réformes sont régulièrement évoquées :

L’élargissement de l’assiette fiscale ;

La digitalisation des régies financières ;

La maîtrise de la masse salariale ;

Le renforcement du contrôle des dépenses publiques ;

L’amélioration de la gouvernance budgétaire.

Le ministère du Budget, chargé de l’élaboration et du suivi de l’exécution budgétaire, joue un rôle central dans ces réformes visant à rétablir l’équilibre des finances publiques.

Cette situation pourrait entraîner des retards de paiement, une pression fiscale accrue ou encore une hausse des prix sur le marché intérieur.

Une équation budgétaire encore fragile

En définitive, les chiffres de fin mars 2026 confirment une réalité persistante : l’État congolais fait face à une équation budgétaire délicate, caractérisée par des recettes insuffisantes face à des dépenses élevées et souvent incompressibles.

L’écart de près de 1 000 milliards de CDF enregistré à la fin du premier trimestre illustre l’ampleur du défi. Si les autorités congolaises continuent de mobiliser des ressources pour financer les besoins de l’État, la question de la soutenabilité budgétaire reste posée.

Dans un contexte marqué par des impératifs sécuritaires, sociaux et économiques, la capacité du gouvernement à maîtriser ses dépenses tout en augmentant ses recettes constituera un enjeu majeur pour la stabilité économique du pays au cours des prochains mois.

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la capacité du gouvernement à inverser cette tendance, alors que les partenaires internationaux restent attentifs à la discipline budgétaire du pays.

Esaïe Vumi objectif DK TV

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